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Elephant Stone : le psychédélique oriental à son meilleur.

Comme mon collaborateur sur Correspondances j’ai décidé de me prêter au jeu de rédiger une critique durant l’écoute de l’album, à frette, comme dirait l’autre.

J’ai déjà entendu le groupe Elephant Stone l’an dernier lorsque j’avais fait l’écoute de leur album éponyme paru en 2013, qui était lui-même précédé de The Seven Seas (2009). J’ai ensuite eu la surprise de pouvoir entendre un solo de sitar de Rishi Dhir, chanteur, bassiste et sitariste du groupe durant le spectacle des Temples au cabaret du Mile-End l’automne dernier. Grâce à Poulet Neige, The Three Poisons, plus récent opus du groupe montréalais fait maintenant partie de ma bibliothèque musicale Itunes. Je m’attaque donc à une critique spontanée de celui-ci.

Elephant-Stone

Première pièce qui nous introduit au son du groupe, tout basé sur le sitar de Rishi, Motherless Child (Love’s not for war), ne peut en aucun cas m’empêcher de penser à George Harisson. Tant dans la construction de textes ésotériques que dans le pop-psychédélique de la pièce, il est possible de déceler que c’est dans le même mouvement musical que la période Revolver des Beatles que vient s’inscrire cette pièce. Le tout est cependant maîtrisé avec une oreille moderne qui nous permet d’oublier, surtout lorsqu’on a entendu les autres albums du groupe, que le sitar ne fait pas que rappeler Harisson, mais qu’il est plutôt un instrument à l’histoire bien plus profonde.

Knock You Fron Yr Mountain débute ensuite dans une ambiance bien différente de la première chanson. Si la voix de Rishi reste la même, l’esssence de la chanson puise davantage dans le blues et dans le Rock n’ Roll tout en baignant dans un psychédélisme qu’il est impossible de dénier chez Elephant Stone. Pour ne pas parler que du sitar, instrument que j’affectionne particulièrement, je dirai plutôt que ce sont les vois féminines sur cette pièce qui viennent soutenir et donner le sens à cette pièce et aux très efficaces « Yeah » de Rishi lors du refrain. L’assise principale de la chanson se constitue à travers la solide basse accompagnée d’un fuzz directement sortie des 70’s.

Les premiers accords de All is Burning annoncent, suivis d’accrocheuses lignes vocales un chanson qui, sans faire dans le pastiche, me rappelle les mélodies de Temples dont j’ai parlé plus tôt. À la moitié du morceau, on semble cependant creuser plus profondément dans le psych et c’est finalement l’héritage de Syd Barett qui transparaît à travers une langueur quant à elle bien propre au son d’Elephant Stone.

Un vrai salut pour les claviers planants et bien vintage en ce qui attrait à Worlds dont’ Begin and End with You nous réserve un morceau teinté d’une pop extrêmement efficace. Un refrain romantique bien travaillé comme nous les aimons nous laisse sur une impression de légèreté loin d’être désagréable. Si ce n’était du peu d’intérêt que portent les radios aux groupes émergents, il est certain que ce morceau pourrait se retrouver au top des listes. Les dissonances parfois apportées par la guitare et les synthétiseurs suffisent à nous convaincre que la pop n’a aucun besoin d’être polie pour convaincre.

Arrivé à Wayward Son, je ne peux qu’être déjà convaincu du reste de l’album. Les morceaux sont jusqu’à présent écrits pour être réécoutés. L’expérience de Rishi auprès de grosses pointures comme Beck ou encore Brian Jonestown Massacre prend tout son sens dans la forte cohésion d’accroche de The Three Poisons. Wayward Son est une ballade légère et agréable qui souffle un vent frais d’été d’une oreille à l’autre et nous porte du début à la fin presque trop rapidement à mon goût.

Ensuite, coups de théâtre, Intermediate State nous sort de la légèreté occidentale de la pièce qui précédait pour nous transporter vers Child Of Nature (Om Namah Shivaya). D’un rock psychédélique bien dur au tourment d’une lourdeur très pertinente, cette pièce vient équilibrer l’album par rapport à ce qui y avait été inséré auparavant et nous ramène aux ascendances musicales du groupe.

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Je suis un fan de Tame Impala, et cette autre pièce qui se présente à mes oreilles, intitulée Living For Something ne peut que venir faire un petit clin à cet amour que j’ai pour les rois du psychédélique australien. Je m’imagine déjà Elephant Stone sous un soleil d’été dans un festival tel qu’Osheaga porter doucement le public avec cette chansons aux paroles dignes de Lennon, dont la voix de Rishi, je dois le mentionner, ne peut s’éloigner. Voilà, c’est fait, j’ai déjà trop parlé des Beatles.

Mes tergiversations continuent à mesure qu’avance l’album avec la pièce titre Three Poisons. La guitare électrique fait ici le travail du sitar. L’apport des pédales tend à moderniser cette tradition de la musique orientale qu’exploite à fond le groupe depuis ses débuts. Les textes, dotés d’une captivité vaporeuse, chantés à la manière de Rishi, ont sur moi l’effet d’une espèce de long mantra. De toute évidence, Elephant Stone ne laisse pas de côté ses textes au profit de la musique. Chaque petit détail est, non pas réfléchi, mais senti par chaque membre du groupe.

Couplet pop et accrocheurs, les refrains d’Echo & the Machine laisse place à un refrain travaillé avec un son psychédélique bien classique. Avec un clavier qui me rappelle Tom Sawyer de Rush, cette avant-dernier morceau de l’album est l’un de deux qui m’accrochèrent le plus tout au long de l’écoute. Cette pièce invente un The Tea Party plus moderne. On réalise dès lors que parmi les groupes qui travaillent les gammes orientales, c’est l’éclatement, avec des incroyables talents comme ceux d’Elephant Stone et Temples, on sait que ce type de musique possède une relève.

The Three Poisons se conclut avec Between the Lines. La première minute nous fait planer jusqu’à la batterie qui nous offre un rythme bien simple qui vient soutenir la philosophie que chante Rishi. Cet au revoir nous laisse sur des questions par rapport à notre place en tant qu’humains et me laisse avec cette impression que malgré la courte durée de l’album (environ 34min), il était maintenant temps de terminer ce premier voyage avec Elephant Stone. Il va cependant de soi que cet album viendra prendre une place de choix parmi mes autres possessions en psychédélique. Malgré le modernisme d’Elephant Stone, c’est en vinyle que je me procurerai leur plus récente parution, car il me semble que le cachet vintage du groupe s’y accole beaucoup mieux.

D’un point de vue davantage personnel, The Three Poisons constitue jusqu’à présent une de mes découvertes favorites de la liste Poulet Neige que j’ai eu l’occasion de commencer à écouter au début du mois de janvier. Bonne écoute à tous!

LE PARLEUR

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Temples au Cabaret du Mile-End : Symbiose et Mélodies

Temples mile end

Plusieurs longues semaines d’attente s’étaient maintenant écoulées depuis la date d’achat des billets pour Temples au Cabaret du Mile-End et la soirée fatidique était enfin arrivée. C’est un peu à l’avance, comme à chaque soir de spectacle, que nous avons pu tâter le pouls du Mile-End, mes amis et moi.

Une bonne heure avant l’entrée en scène de la première partie The Districts, on entendait déjà quelques admirateurs de Temples siffloter The Golden Throne devant des portes toujours verrouillées. Il plait toujours de constater cette connexion entre des gens qui ne se connaissent même pas, mais qui savent communier entre eux grâce à ce fabuleux intermédiaire qu’est la musique. Le genre importe peu, l’endroit importe peu. Ce soir là, c’était simplement la musique et le plaisir qui importaient et on pouvait le sentir.

Le Mile-End était assez vide à l’approche du spectacle. Cependant, c’est lorsque The Districts sont montés sur scène qu’on a rapidement pu constater que la salle se remplissait de plus en plus rapidement.

The Districts, c’est un groupe de Lititz en Pennsylvanie qui s’est avéré, pour ma part, une découverte certes positive. La performance qui nous fut offerte par ce groupe émergent était à la fois empreinte d’une énergie mélancolique très bien travaillée par les chansons, que d’une bonne dose d’adrénaline apportée par la présence scénique des musiciens, et plus particulièrement du chanteur. On sent que ce groupe se construit autour de chansons sensibles elles-mêmes élaborées dans un style qui mélange à merveille blues, grunge, folk et shoegaze avec une naïveté qui n’est pas du toute désagréable.

Puis, après une attente plus longue que les minutes elles-mêmes, par cette froide soirée qui berçait les rues de Montréal, c’est sans introduction que sont entrés les quatre britanniques de Temples. En ce 22 octobre, nous étions chanceux, car nous avons eu droit à deux pièces qui ne se trouvent pas sur leur premier album Sun Structures, c’est-à-dire Prisms et Ankh, respectivements B-Sides de Shelter Song ainsi que de Colours to Life. Il est agréable d’aller voir de bons groupes avant que ceux-ci ne soient significativement connus par ici puisque c’est ce qui nous permet d’avoir droit à un spectacle plus intime, mais aussi à des chansons que nous n’aurons peut être plus la chance d’entendre dans le futur, mais ça, personne ne peut le savoir.

Sur scène, les membres de Temples nous exécutent leurs chansons avec un professionnalisme renversant. Il est clair, dès les premiers résonnements de leurs guitares Fender et Grestch, que les musiciens devant nous sont des compositeurs et interprètes d’un talent remarquable. Le leader James Bagshaw honore tout de Sun Structures avec sa voix haut perchée et cristalline. Cependant, je ne pouvais écrire cet article sans glisser un mot sur les harmonies vocales époustouflantes de Thomas Edison Warmsley à la basse et d’Adam Smith, quand à lui claviériste et deuxième guitariste du groupe.

Au-delà de l’aspect accrocheur et bien écrit des chansons, on sent une symbiose musicale se produire entre les membres du groupe qui amènent, chacun à sa manière, une touche unique au son de ce groupe également assez unique. La batterie assez jazzée de Sam Toms vient avec brio se mélanger au travail de basse à la fois rythmé, mélodique et complexe de Thomas Edison Warmsley.

Écouter Temples sur disque et les voir en spectacle nous plonge dans un univers assez similaire, mais il reste cependant qu’en spectacle, on plonge bien plus profondément dans l’onirisme et la spiritualité de cette musique enivrante. Ce que j’ai apprécié avant tout, c’est la lourdeur de ce rock psychédélique que la bande de Bagshaw parvient à mettre de l’avant en live sans pour autant dénaturer quoi que ce soit de leur son très travaillé.

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D’un point de vue davantage esthétique, on sent également une forte cohésion dans le choix des costumes. Véritables personnages, les membres de Temples sont tous vêtus d’une manière très britannique et arborent des vêtements de friperies sortis d’une autre époque, le tout à une sauce extrêmement moderne. De plus, le look androgyne des clairement assumé chez certains membres du groupe, autant dans leurs vêtements que leur aise à porter du maquillage et des bijoux féminins. De ce côté, c’est Adam Smith qui fut le plus intéressant à regarder sur une scène. Son attitude désinvolte presque malaisée nous démontre que c’est avant tout la musique qui siège en maîtresse en lui. Cet excellent musicien est, je vous l’assure, assez fascinant à regarder aller sur une scène.

Le spectacle va donc bon train et nous mène à son point culminant plus rapidement qu’on ne l’aurait souhaité. Après de longues minutes d’attente durant lesquelles Temples se laissent désirer (ils n’avaient pas encore joué leurs hits Shelter Song et Sun Structures), les quatre musiciens finissent par remonter sur scène pour le bon plaisir des spectateurs.

Coup de théâtre et moment clou du spectacle, un joueur de Sitar monte sur la scène pour interpréter avec le groupe la très orientale Sun Structures. Le morceau fut d’ailleurs allongé de bien des mesures pour nous laisser apprécier ce mythique instrument que le rock s’approprie parfois si bien.

La tête pleine de musique, je suis sorti du Cabaret du Mile-End satisfait d’un spectacle qui s’apprécie magnifiquement dans ce genre de petites salles. Je suis d’autant plus content d’avoir été de ceux qui virent Temples ce soir là au Mile-End, car c’est certainement dans une plus grande salle que nous aurons l’occasion de les revoir au Québec.

LE PARLEUR

PS: Je vous laisse ici avec une performance de Prims qui ne provient pas su spectacle du Mile-End.

The Tea Party, The Ocean at the End : une voyage sonore qui continue.

Ocean at the End

The Ocean at the End, c’est finalement le titre d’album qui fut choisi par les membres du groupe canadien The Tea Party pour leur album/come back. Ce premier album studio en plus d’une décennie était certes attendu avec une brique et un fanal par nombre de mélomanes.

Des chimistes des sons.

J’ai découvert The Tea Party il y a déjà de ça bien des années, en voiture, vers un centre de ski dans un hiver trop froid, par un mois de février un peu gris. La musique de ce groupe, pour ceux qui ne connaissent pas déjà, a l’impressionnante qualité de nous offrir un rock bien honnête comme le fait si bien Led Zeppelin tout en nous faisant voyager au Maroc, en Égypte ou encore dans plusieurs pays de l’Orient grâce à des explorations musicales bien audacieuses. The Tea Party, c’est un peu mélanger Led Zeppelin à la passion qu’avait George Harisson des Beatles pour le sitar, le tout agrémenté d’un frontman qui s’assume comme un genre de sorcier de la musique moderne. Au final, on en vient à respecter le groupe pour son aspect unique qui assume malgré tout diverses influences assez évidentes.

Ainsi, j’attendais avec impatience la sortie d’Ocean at the End, paru le 8 septembre. La sortie d’une captation live à Sydney en Australie l’an dernier avait d’ailleurs brillamment su m’accrocher à nouveau à ce groupe qui fait voyager mes oreilles à chaque écoute. D’ailleurs, si vous êtes du genre à apprécier le confort de votre salon pour regarder un bon concert à HD, Live in Australia est un achat que vous ne regretterez certainement pas. Venons en donc à The Ocean at the End.

tea party

The Ocean at the End

Les premières notes de The L.o.C nous amènent directement à l’âme de Tea Party, on n’est pas dépaysés avec cette chanson. En fait, on ne l’est pas avec l’album en entier non plus. Dans une autre critique, il aurait pu sembler négatif de commencer à parler disque de cette manière. Par contre, avec The Ocean at the End, je suis plutôt content de voir que The Tea Party est encore une fois parvenu à explorer un son bien unique à lui-même sans pour autant nous donner l’impression d’être un groupe qui travaille les gammes orientales et qui finit par toujours sonner de la même manière.

Les chansons The Black Sea et Cypher nous montrent d’ailleurs ce qu’est la quintessence d’un rock à la sauce Tea Party. Dès la première écoute des trois premières chansons, j’étais donc relativement satisfait de ce que j’entendais. L’album, à sa quatrième chanson nous mène à The Maker, écrite par Daniel Lanois, producteur renommé à ami du groupe, il avait déjà laissé la bande de Jeff Martin interpréter à leur manière The Messenger qui, à mon humble avis, restera dans les mémoires davantage que The Maker. Il reste cependant que la ligne de basse de Stuart Chatwood dans cette pièce est tout sauf déplaisante. Le travail de claviers et de basse sur cet album démontre tout le talent de ce musicien qui, à mon avis, apporte une cohésion indispensable à ce trio qui sonne parfois comme dix.

Après The Maker, on en arrive à Black Roses, une pièce qui laisse une bonne impression dans les couplets et les pré-refrains, mais pour nous mener à un refrain un peu désagréable à la longue. La chanson reste malgré tout fort bien travaillée, comme tout le reste de l’album d’ailleurs, produit par Jeff Martin lui-même.

Je ne continuerai pas à parler chanson par chanson de l’autre moitié l’album, mais je tiens cependant à dire qu’Ocean at the End saura vous réserver quelques bonnes surprises si vous n’êtes pas déjà fan de The Tea Party. Encore une fois, ils parviennent à bien mélanger blues, rock et musique orientale à la perfection. Cependant, c’est pour les fans purs et durs du groupe que la chose peut venir se gâter un peu. On constate un album certes honnête, mais qui, malheureusement, nous pousse davantage à vouloir réécouter The Bazaar, Halcyon Days, Sister Awake, ou The River. Il ne faut par contre pas tomber dans la haine, car il est dur d’imaginer un autre Edges of Twilight pour un groupe qui s’était, avec cet album, tracé une ligne dans la grande histoire de la musique.

Tea party live

Naviguer d’un espace musical à l’autre

Finalement, c’est après maintes et maintes écoutes que je réalise que The Ocean at the End est un album qui s’écoute du début à la fin comme une véritable expérience d’écoute. Sincèrement, l’album gagne sur bien des points à être écouté comme si on se faisait le film de chaque chanson dans notre tête. Il en ressort de magnifiques impressions qui nous font parfois même oublier les moments plus faibles de l’album lorsque ceux-ci sont pris seuls. De cette façon, Water’s on fire, que je détestais, prend tout son sens au moment où elle s’introduit à mes oreilles dans l’album.

D’un point de vue davantage imagé, et c’est là-dessus que je terminerai cet exhaustif article, l’expérience d’écoute qui me fut offerte par The Ocean at the End s’installe dans mon esprit comme le film musical d’une flotte de bateaux qui partirait de l’Espagne pour traverser la Méditerranée jusqu’au Moyen-Orient en passant par eaux calmes et tempêtes ainsi que par naufrages et espérances. La fin de l’écoute de l’album avec Into the Unkwown nous mène finalement à bon port et nous fait comprendre que ce n’est qu’une petite partie du voyage qui se termine avec cet album qui, en fin de compte, se veut assez inspirant et fidèle à ce que peut nous offrir The Tea Party.

LE PARLEUR