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À Paradis City en toute honnêteté avec Jean Leloup.

Un peu plus d’une semaine, c’est ce qu’il me fallait pour prendre un peu de recul et pouvoir poser un regard critique sur À Paradis City, le plus récent album de Jean Leloup. Il est de ces artistes qui, avant même d’avoir présenté du nouveau matériel, semblent déjà convaincre leur auditoire de la qualité de la chose. Pour ma part, il va de soi que le Wolf s’immisce dans cette catégorie. Ainsi, je me dois, avant de me prononcer, de mettre de côté mes émotions et de m’imposer un regard comparatif face à cette nouvelle œuvre de cette figure de proue de la chanson québécoise.

Leloup

Avec À Paradis City, il me semble, malgré l’orientation quelque peu mélancolique et nihiliste que peuvent prendre certains textes, particulièrement celui de Willie, que se présente devant nous un Jean Leloup à l’esprit bien plus éclairé que celui qui nous avait présenté Mille excuses Milady en 2009. Ce dernier, qui s’est installé comme un de mes favoris dans l’œuvre de Leloup, m’apparaît malgré tout comme un flot de boucane continue. Sur Mille excuses, l’art contrôle l’artiste tandis que sur Paradis City, l’auteur-compositeur-interprète contrôle son art et l’éclatement psychique qui fait de lui ce qu’il est.

Ce qui est intéressant avec ce dernier disque, c’est que Jean Leloup revient aux sources de sa composition. Il teinte ses textes de sa propre philosophie plus pure qu’elle ne le fut présentée auparavant. Également, il parvient à épurer les arrangements de sorte que l’on puisse se concentrer sur les textes sans pour autant en venir à oublier la musique qui les porte. Nous le savons, par le passé, Leloup, entre autres sous le pseudonyme de Johnny Guitare, était parvenu à nous démontrer quel excellent guitariste il est. Cependant, c’est sans dentelle et sans ornement qu’il concentre cette fois À Paradis City sur la force de ses compositions plutôt que sur les prouesses guitaristiques. Il est aussi important de noter que l’album n’a pas été conçu dans cette optique. Tout d’abord, les chansons avaient été arrangées d’un son plus contemporain, un son électronique. Puis, Leloup l’expliquait en entrevue, c’est à partir de ces arrangements que l’album fut retravaillé avec des musiciens pour en venir à ne garder que le nécessaire des arrangements électroniques. Par le nécessaire j’entends ici cette petite touche qui donne son unicité à l’album, je pense par exemple à la chanson Petit Papillon et à la présence dans celle-ci de claviers qui sonnent comme une voix distortionnée et qui ne peuvent que soutenir à merveille la triste histoire que nous raconte Jean Leloup.

À Paradis City est à mon avis un amalgame de chansons toutes plus appréciables les unes que les autres. Pour ma part, j’ai adoré Les Flamant Roses, mais c’est avec un sourire que j’ai particulièrement arrêté mon attention sur Voyageur. Ceux qui auront assisté au spectacle La Nuit des Confettis en 2013 s’en souviendront peut-être, Leloup agrémentait entre quelques chansons une ligne qui m’était restée longtemps dans la tête après ce spectacle : « Sombre est ta solitude voyageur/ pauvre guerrier sans pleur » Ces vers semblent s’être transformés peu à peu pour s’introduire magnifiquement vers la fin de Paradis City.

Je lève également mon chapeau à l’idée de Leloup d’ajouter à l’intérieur du cahier de textes de son album chacun des accords utilisés pour interpréter toutes les pièces de ce dernier opus. Peut-être cette tentative aura-t-elle déjà fait ses preuves chez d’autres artistes, c’est néanmoins la première fois que je peux en faire la constatation à l’achat d’une copie physique. Qu’il est agréable d’entendre le Wolf dire en entrevue qu’il préfère croire que les gens joueront ses chansons plutôt que de les écouter. S’il en est un qui a compris quelque chose à son art et qui nous l’offre chaque fois avec l’honnêteté d’être celui qu’il est, c’est bien Jean Leloup.

Bonne écoute!

LE PARLEUR

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Dans la mire pour 2015.

 

Mes oreilles baignent depuis déjà plusieurs années dans l’océan sonore du rock alternatif, toujours prêtes à plonger dans de nouveaux courants musicaux. Lorsqu’on m’a proposé de prendre part à la traversée de la régate de CORRESPONDANCESblog, j’ai sauté sur l’occasion de mettre à contribution mon bagage de matelot afin de lui permettre de dériver plus profond encore dans les méandres de la musique émergente et de découvrir encore davantage d’Eldorados mélodiques. Voici l’heure pour moi de lever l’ancre et d’embarquer dans l’aventure avec une première chronique, et j’ai décidé, d’emblée, de mettre le cap sur 2015 et ses promesses en musique. De nombreuses sorties d’albums ont déjà été annoncées et laissent présager une année faste pour les mélomanes. Si certains artistes laissent filtrer les détails de leurs projets au compte-goutte, en partageant des tweets cryptés ou des photos mystérieuses, d’autres nous mettent déjà l’eau à la bouche en dévoilant de nouvelles pièces dans leurs spectacles ou sur le web. Les techniques publicitaires n’auront jamais été aussi variées et inventives, et pourtant, l’actualité musicale est tellement foisonnante qu’on en perd rapidement le fil. C’est devant ce brouillard à l’horizon que j’ai choisi de dresser mon phare aujourd’hui, en inventoriant les sorties d’albums que j’attends le plus dans la prochaine année.

 

Radiohead

radiohead

Depuis la sortie de The King of Limbs en 2011 et la tournée qui en a découlé, les membres de Radiohead sont restés discrets sur les projets futurs du groupe. Si l’éventualité d’une suite est restée sur la glace, les cinq artistes de la bande n’ont pas pour autant chômé, mettant chacun de l’avant divers projets parallèles. D’abord, le chanteur Thom Yorke s’est entouré du bassiste Flea des Red Hot Chili Peppers et du réalisateur de Radiohead Nigel Godrich pour donner naissance à Atoms For Peace, un projet électro aux rythmes nerveux et disparates, bercés par la voix hypnotique de Yorke. Johnny Greenwood, de son côté, s’est affairé à la réalisation de trames sonores, composant entre autres la partition du film de Paul Thomas Anderson Inherent Vice et une suite à la trame sonore qu’il avait composée pour There Will Be Blood, du même réalisateur. Il a également performé avec divers orchestres tels que le prestigieux London Contemporary Orchestra.

C’est le bassiste Colin Greenwood qui a laissé entrevoir en premier la possibilité d’un neuvième album studio du groupe, en février dernier. «Thom vient juste de rentrer de sa tournée avec Atoms For Peace, et il a un peu de temps. Je suis désolé d’être vague… mais tout ce que je peux vous dire c’est que nous sommes heureux, positifs, et dans l’attente d’une prochaine aventure.» Deux mois plus tard, Le guitariste Johnny Greenwood, lors d’une entrevue avec le magazine britannique NME, annonçait : « nous nous rassemblerons à la fin de l’été et nous nous organiserons. Mais, vous savez, nous avons toujours été un animal qui se déplace lentement. J’imagine que c’est là que nous déciderons ce que nous ferons. » Les promesses se sont concrétisées lorsque le producteur du band a «tweeté» en septembre une photo de Thom Yorke et de Johnny Greenwood en studio, expérimentant avec des synthés modulaires, ce qui laisse présager un retour aux sonorités plus électroniques des Amnesiac et Kid A du début de la décade précédente. Fidèle à son habitude, le groupe demeure avare de commentaires dans les médias et laisse planer le doute complet sur la date de sortie de l’opus. Il serait sage de ne pas s’attendre à une campagne conventionnelle de promotion pour cet album, considérant les antécédents idiosyncratiques du groupe sur le plan marketing. On se souvient qu’ils auront été les premiers à distribuer un album à grande échelle au moyen de la vente à prix volontaire avec In Rainbows en 2007 et qu’ils ont, dans la même veine, mis à profit les cybertechnologies dans les années suivantes en téléversant leurs productions sur leur propre site web.

En attendant plus de détails, les aficionados de la formation mythique peuvent boire à la coupe des tout récents albums solos de Yorke et du batteur Philip Selway, deux parutions très respectables. Tomorrow’s Modern Boxes constitue l’offrande la plus électro de la discographie de Yorke, alors que Selway nous dévoile dans Weatherhouse son talent d’auteur-compositeur avec ses ballades folk organiques et résolument contemplatives.

 

Half Moon Run

half moon

Le groupe indie-folk québécois de l’heure nous a donné un avant-goût de leur «sophomore» lors de sa tournée estivale en jouant plusieurs des pièces qui s’y retrouveront. Le test du deuxième album est reconnu pour être critique dans la carrière d’un artiste et les Montréalais d’adoption en semblent bien conscients, vu le temps et l’application qu’ils mettent à élaborer leur album. Entrés en studio au début de l’automne, ils gardent le silence radio depuis et la date d’accouchement de leur opus demeure matière à spéculation. Les extraits de l’été nous rassurent cependant sur la qualité de ce qu’ils nous livreront.

 

James Blake – Radio Silence

james blake

Si son dernier LP, Overgrown, remonte au printemps 2013, l’année 2014 n’en aura pas été pour autant une d’oisiveté pour James Blake. D’abord, ses apparitions radiophoniques presque mensuelles à la BBC Radio 1 comme DJ maison de l’émission Residency, couplées aux nouveaux singles qu’il a partagé en primeur par le biais du programme, suffisent à contraster avec le titre du troisième album qu’il fera paraître au printemps prochain, Radio Silence. D’autre part, Blake nous a livré en décembre dernier 200 Press, un maxi plus expérimental et abstrait que ses précédents albums, qui confronte les samples R&B et les rythmes dubstep dans une atmosphère saturée. L’artiste nous a révélé que le prochain disque était déjà réalisé à 50% et qu’il serait plus agressif et plus «clubby». Également, on peut s’attendre à la présence du polyvalent Justin Vernon de Bon Iver ainsi qu’à celle du polémique Kanye West sur l’album, sans compter le troisième collaborateur dont Blake tait encore le nom et pour lequel il se dit très enthousiaste.

 

Tame Impala

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Les ambassadeurs australiens du rock psychédélique nous reviendront en force avec une nouvelle offrande en 2015, à en croire les dires de Spinning Top, la société de gestion du groupe. On ne connaît pas encore le moment de publication, mais le claviériste Jay Watson a piqué notre curiosité en avançant que l’album serait moins rock et plus électronique que les précédentes parutions. Une direction artistique qui intrigue, mais qui promet, considérant les projets avec lesquels s’est occupé Kevin Parker, le chanteur de la troupe, depuis l’acclamé Lonerism. Parmi ceux-ci, notons la participation aux formations Pond, Kevin Spacey et Mink Mussel Creek. On a pu l’entendre explorer plusieurs horizons artistiques, allant du space rock au funk, en passant par le dance. Parker a également prêté sa voix sur le single Daffodils du producteur Mark Ronson, deuxième extrait à avoir été divulgué de son opus qui a paru en janvier dernier.

 

PJ Harvey

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Polly Jean Harvey cumule plus de vingt ans dans le monde de la musique et le succès critique qui l’entoure n’a jamais dérougi depuis. L’artiste anglaise demeure la seule double récipiendaire de l’histoire du prestigieux Mercury Prize, avec Stories from the City, Stories from the Sea en 2000 et Let England Shake en 2011. Cette distinction, homologue du prix Polaris canardien, récompense le meilleur album britannique de l’année. La parution d’un album de l’auteur-compositrice est donc un événement très attendu par l’industrie de la musique. PJ Harvey nous ouvre les portes de son univers en nous permettant d’assister en direct à l’enregistrement de son album, dans un studio vitré aménagé à la Somerset House de Londres. L’exposition se veut une fenêtre sur le processus créatif d’enregistrement pour le public, mais pour l’artiste, il s’agit aussi d’une manière de stimuler ce processus, puisque les musiciens contempleront en continu les groupes de visiteurs de l’autre côté du vitrage à la manière d’un film anthropologique.

 

Louis-Jean Cormier (24 mars)

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Depuis la sortie de son premier effort solo, Le treizième étage, la carrière de Louis-Jean a connu un essor remarquable. Si son travail avec Karkwa lui avait un valu le respect des critiques et un succès notable auprès des auditeurs plus alternatifs, son parcours en solitaire le place désormais au rang d’artiste grand public. Les deux dernières années auront été bien remplies pour Cormier, avec le passage à La Voix, la tournée à travers le Québec, les concerts avec l’Orchestre Symphonique de Québec, le triplé de Félix au Gala de l’ADISQ 2013 et Les douze hommes rapaillés. Pour son prochain album, qui arrivera dans les bacs le 24 mars, Louis-Jean devra adresser une nouvelle fois un défi qu’il a relevé avec brio avec son premier disque, celui de rallier les deux solitudes, à savoir de présenter un produit qui saura plaire encore une fois aux larges audiences, sans décevoir aux mélomanes des premières notes de Karkwa.

 

Father John Misty – I Love You, Honey Bear

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Josh Tillman nous balance le 10 février prochain son second album solo, I Love You, Honey Bear. L’ex batteur de la formation folk Fleet Foxes nous prévient que le résultat sonnera plus soul que son précédent effort, Fear Fun, et qu’il sera également plus ambitieux dans les arrangements. Au menu, un mélange éclectique de cordes, de mariachis et de solos de batterie électronique. Tillman a en a surpris plusieurs en livrant son album en streaming il y a quelques semaines, mais sous un format audio MIDI, satire intelligente de la culture de streaming qui a transformé les habitudes de consommation de la musique. Il présente ironiquement SAP, un nouveau système «par lequel des albums populaires sont extraits (anglais sapped) de leurs performances, de leurs voix, de leur atmosphère et d’autres distractions afin que le consommateur puisse décider rapidement et efficacement s’ils aiment une composition musicale ou non».

On a pu l’entendre livrer un premier extrait en performance au programme de fin de soirée Letterman avec un ensemble de cordes complet de 22 personnes. L’amour, le narcissisme, l’ennui et le rire constituent les principaux thèmes abordés par l’opus.

Father John Misty a annoncé une tournée nord-américaine dans les mois à venir et s’arrêtera au Théâtre Corona de Montréal le 16 février prochain.

 

Beach House

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Le lancement d’un nouvel album en 2015 est encore au stade de rumeur, mais le duo dream-pop a offert une nouvelle chanson aux fans de Montréal lors de sa tournée Northern Exposure en 2014, une série de spectacles intimistes dans des villes nordiques du Canada et de l’Alaska, incluant les grands centres, mais également des endroits aussi inusités que Nelson, BC et Thunderbay, ON. La chanteuse Victoria Legrand, dont la grand-mère était québécoise et qui démontre bien son attachement à ses racines lors de ses passages dans la belle province en s’adressant à la foule en français, aurait d’ailleurs discuté avec des fans lors de la tournée et aurait mentionné que la formation était en enregistrement.

 

Mikal Cronin – MCIII (4 mai)

mikal cronin

Fort du succès de MCII, son dernier album applaudi par les journalistes et particulièrement par le polémique média Pitchfork, Mikal Cronin renoue avec les disquaires avec une offrande de 11 pièces qui tombera dans les mains de l’auditeur le 5 mai. L’intégralité des instruments sur les pistes, incluant du cor français, du saxophone, de la trompette et même du tzoura (sorte de luth traditionnel grec) sera jouée, à peu d’exceptions près, par le multi-instrumentiste. Conjointement à l’annonce du nouvel album, Cronin a dévoilé un premier extrait, Made Up My Mind, un morceau assez fidèle aux compositions qu’on lui connaît : une garage pop fédératrice menée par des guitares mélodiques et un piano désinvolte.

 

Le Nautonier

Fiori : l’album québécois de l’année?

 

Vais-je choisir un album que j’ai préféré parmi tous ceux qui me sont passés par la tête depuis les douze derniers mois? En fait, je ne sais pas encore parce que, pour l’instant, je n’ai pas encore fait le tri dans mon esprit à savoir si une découverte ou une sortie était plus encline qu’une autre à triompher sur le podium de mes intérêts. Par contre, j’en suis venu à réfléchir à ce dont je n’ai pas encore parlé et qui, pourtant, a fait jaser pas mal sur la scène québécoise cette dernière année. Le premier nom qui m’est venu à l’esprit, Serge Fiori.

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Son nouvel album, qui porte son nom, s’annonçait comme un souffle de cor dans l’industrie nationale du disque. Les mêmes questions désagréables sont revenues : Y aurait-il un retour d’Harmonium? Fiori va-t-il faire une tournée? À ce genre de questions, il va de soi qu’on connaît déjà la réponse. Non et… non. Il est plutôt de mon avis qu’il faut savoir apprécier ce que ce grand artisan de la musique a su nous offrir depuis sa très longue absence. Cependant, Fiori est cité à quelques endroits comme album de l’année. Claude Rajotte, qu’on connaît comme un critique assez sévère, lui a même offert un 11/10 lorsqu’il détruit en ondes des groupes émergents. Vendu d’avance monsieurs Rajotte? Nous savons que l’animateur de Musiqueplus était critique de disques à CHOM fm dans les années 70 et qu’il fut un des premiers à donner sa chance à Harmonium. Doit-on néanmoins mettre le Fiori d’aujourd’hui dans le même panier que l’Harmonium d’antan? Je parle ici de ce même Harmonium qui encore aujourd’hui, ne peut que nous revenir dans les oreilles, tout l’temps.

Il est en effet assez difficile de dissocier l’un de l’autre, vu l’apport créatif de Fiori au groupe dont il fut de leader il y a de ça déjà bien des années. Cette touche Harmoniumesque, Marc Pérusse, l’homme derrière la console de mixage, est parvenu à la manier en maître. Ainsi, on retrouve sur le nouvel album du chanteur et adepte de la douze cordes ce qui nous plait le plus de l’époque de Si on avait besoin d’une cinquième saison sans pour autant qu’on en remâche les idées.

Comme Fiori l’avait mentionné en 2006 lors d’une longue entrevue accordé aux Francs-Tireurs, il avait la volonté de faire un album plus blues. 2014 arrivé, il tient sa promesse et vient nous présenter des pièces francophones à un blues bien récupéré dans son propre style. Zéro à dix constitue un bon exemple de cette influence sur l’album. Il en va de même pour la satirique Crampe au cerveau, qui énonce, sous une musique fort agréable, la haine de l’auteur-compositeur pour le gouvernement Harper. Ce qui choque davantage, ce sont certains textes sur l’album. Les deux chansons précédemment mentionnées, et je présente ici un avis purement personnel, sont abordées sur un degré tellement primaire qu’on ne peut plus reconnaître la force poétique de Fiori, celle qui nous faisait décoller la conscience à des miles en l’air avec Harmonium ou Fiori Séguin. Déçu, je l’ai aussi été par le texte de Le Monde est Virtuel, single de l’album. Comment est-ce que l’auteur d’un chef-d’œuvre comme l’Exil peut-il se contenter de faire rimer twitter avec toaster? La musique du single reste malgré tout fort bien écrite et m’a permis d’apprécier la pièce pour ce qu’elle est : un single radiophonique qui assume clairement ses idées (légèrement dépassées d’ailleurs).

Heureusement, Fiori est aussi un album convaincant qui affiche fièrement des pièces comme Le chat de gouttière, Démanché ou l’Heptadesque Si Bien. Mes principaux coups de cœur se sont formés dès la première écoute de l’album, le jour de sa sortie, à travers l’excellente Jamais où Fiori est accompagné de son ancienne collègue d’Harmonium Monique Fauteux. Encore une fois, ils prouvent que leurs voix peuvent se marier à une perfection qui n’est, à mon avis, égalée que de peu de chanteur au Québec. Le sanskrit de Laisse-moi partir et de Seule ne laisse aucun doute quant au génie de Fiori de pouvoir mélanger spiritualité et musique. Il l’avait d’ailleurs brillamment démontré avec ses albums de mantras il y a quelques années.

fiori photo

Ce qui rassure, c’est que les textes des trois dernières chansons mentionnées permettent de comprendre que Serge Fiori n’a rien perdu de sa plume. Si l’humour un peu facile de certaines autres chansons ne me plait pas, il peut cependant venir rejoindre un autre public. J’aime profondément la musique de cet auteur-compositeur en grande partie pour ses textes et leur manière d’être chantés.

Au final, c’est d’ailleurs pourquoi je ne décrocherai jamais vraiment des trois albums studio d’Harmonium. Que l’on passe par Si doucement qui chante le moment présent, Depuis l’automne, élégie socio-politique ou que l’on passe par Lumières de Vie qui raconte l’éclipse à travers la conscience humaine, il n’est aucune raison sur terre de ne pas donner d’attention au travail de Serge Fiori. Son album, je l’ai acheté, je l’ai aimé, mais j’essaie malgré tout de rester critique quant à son importance en 2014. Les Québécois sont un peuple émotif, l’album s’est vendu sur de la nostalgie, mais heureusement, il reste un album de qualité. Est-ce qu’il vient révolutionner l’année 2014 en musique? La question est peut-être trop grande pour y répondre. Fiori vient-il révolutionner VOTRE année 2014 en musique? Il n’appartient qu’à vous de trouver la réponse.

LE PARLEUR

Chocolat au Zénob de Trois-Rivières; pour l’amour de la musique.

La sloche recommence à joncher les rues, le stress du temps des fêtes se fait sentir sur le visage des passants, mais ce soir là, on s’en fout. À quelques jours du spectacle, on avait vu passer sur la page facebook du Zénob l’annonce d’une veillée en compagnie de Chocolat. Si le nom vous sonne une cloche, c’est sans doute que vous vous êtes intéressés à Jimmy Hunt dans les dernières années.

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Une fois bien assis à une table un peu en retrait, on attend tranquillement, en sirotant une bière ou deux, ou trois… que commence Corridor, qui lancent le bal avant Chocolat. Dès les quelques minutes de tests de son, on remarque que Corridor fait dans un type de musique qui s’apprécie très bien dans la salle de spectacle qui n’en est pas une du Zénob. Particulièrement axée sur la relation entre les deux guitares, la musique de Corridor a tout pour ne jamais passer à la radio, mais n’est-il pas agréable de tomber en décalage quelques fois? Déjantée, leur performance de l’intégrale de l’album Un magicien en toi est davantage parvenue à m’accrocher à sa deuxième moitié. Était-ce par l’accoutumance de mon oreille à ce son hors de l’ordinaire ou parce que la progression de l’album se constitue de manière à laisser un souvenir plus prenant sur leur musique? Dur à dire. Reste cependant que Corridor est un groupe qui fait dans la différence et qu’on aime ça ainsi.

Après une période d’attente très raisonnable, Chocolat entre en scène d’une manière des plus intéressantes. En effet, aucune arrivée officielle du band ne peut créer de surprise quand, quelques minutes avant le spectacle, le groupe est au bar à deux mètres de tout le monde dans la salle vu la taille de celle-ci. Ainsi, un dernier test de son, finissant par se transformer en jam se métamorphose devant nous en l’introduction sans présentation à un spectacle où rien d’autre ne sera important que la musique.

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J’avais déjà fait à plusieurs reprises l’écoute du dernier album de Chocolat. Tss Tss, m’avait laissé sur une émotion très positive. Le rock psych-prog-glauque, sur album ne venait pas s’éloigner de la touche magique de Jimmy Hunt, mais s’affirmait malgré tout comme pourvu d’une grande liberté d’expression sonore. En spectacle, il est clair que cette volonté d’émancipation musicale est assumée à 110% par Hunt et ses comparses. Très souvent instrumentales, les musiques seront construites autour de chacun des musiciens de sorte que l’on puisse sentir émaner de l’ensemble rythmique le plaisir et la cohésion de musiciens honnêtes avec eux-mêmes. Intéressant d’ailleurs de voir Hunt prendre le lead à la guitare lorsque nous sommes pourtant habitués d’écouter Emmanuel Ethier, le guitariste à qui on doit le travail de six cordes sur Maladie d’Amour, nous impressionner avec sa Rickenbacker noire. Ysaël Pépin, c’est le nom d’un bassiste qui, pour se spectacle était tout sauf le cliché du bassiste en retrait. Bien plus que sur l’album l’accent est mis sur la basse à l’avantage du groove et du rythme.

Rapidement, on se met à oublier l’album, on assiste à une sorte de gros jam qui ne s’arrête plus de gagner en intensité. La structure est dans la symbiose musicale entre les membres de Chocolat, si forte que j’en oublie mon verre de bière, tous mes autres sens sont engourdis au profit de mon ouïe qui jubile de plaisir d’entendre un spectacle qui surpasse mes attentes. L’ambiance underground de la musique se prête bien à la renommée Zénob. Corridor et Chocolat ne sont pas les premiers représentants de la contre-culture à y mettre les pieds. À deux reprises, on a droit à une grotesque scène de bodysurf par Jimmy Hunt lui-même, qui supporté par une foule de parterre d’une dizaine de personne, montre qu’il n’en a absolument rien à foutre des grandes salles et de ses deux Félix qu’il a gagné à l’Autre gala de l’Adisq. D’ailleurs, quelle meilleure manière de se balancer des conventions que de partir en tournée avec un groupe comme Chocolat quand il serait de toute évidence possible pour le gentleman rockeur de continuer de mousser les ventes de Maladie d’Amour avec une autre tournée solo.

C’est pour le plaisir d’une musique sans compromis que je vous suggère fortement d’aller assister à une performance de Chocolat s’ils passent par chez vous.

LE PARLEUR

https://www.facebook.com/pages/Chocolat/10242781415?fref=ts

http://chocolatmtl.bandcamp.com/

Quelle est la pertinence d’un nouvel album de Pink Floyd en 2014?

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Petite mise en contexte

On peut déjà les entendre, les puristes comme ceux qu’on nomme les haters, se délecter de la récente sortie du dernier album studio de Pink Floyd, The Endless River, pour lancer sur les réseaux sociaux leurs opinions au sujet de cette parution. Comme j’en avais parlé dans un article précédent, je crois que l’on devait s’attendre à ce genre de commentaires. Les raisons sont simples. D’un côté, on a les puristes qui croient que Pink Floyd n’existait déjà plus après la sortie de Piper at the Gates of Dawn. Sous un autre angle, on retrouve des mélomanes qui, sans renier le reste de l’œuvre de Pink Floyd, ne l’ont jamais tant approfondie et rangent le nouvel opus du groupe dans le même tiroir que les comebacks de groupes tels que Kiss ou Aerosmith qui malheureusement, ne se sont pas tellement renouvelés avec leurs nouveaux albums studio.

Cependant, il ne faut surtout pas oublier que The Endless River reste assez inclassable puisque les enregistrements, particulièrement ceux des claviers, datent des sessions de l’album Division Bell, c’est donc de dire que l’écoute ne peut se faire dans la même optique que celle d’un comeback. De plus, David Gilmour et Nick Mason ont été limpides à ce sujet, il n’y aura pas de tournée pour cet opus. Gilmour a d’ailleurs mentionné qu’il n’avait pas de temps pour ramener Pink Floyd dans sa vie.

The Endless River, est un album en majeure partie instrumental qui se propose à nous comme une expérience d’écoute qui poursuit la ligné de Momentary Lapse of Reason et de Division Bell. De ce fait, il n’est donc pas étonnant d’entendre les fortes influences de cette phase de Pink Floyd lorsqu’on en fait l’écoute. Bien sur, on ne retrouvera pas de chansons légendaires telles que Breathe, Comfortably Numb ou encore Echoes sur cet album, car là n’était pas le but. Nous savons que le claviériste Richard Wright est décédé en 2008. The Endless River, c’est un dernier hommage à ce membre pilier du groupe britannique.

Un brin d’histoire

Pink Floyd, à travers les années, se constitue à mon avis de phase que l’on peut distinguer selon les albums. On retrouve tout d’abord la phase déterminante à l’avenir du groupe, celle qui va définir jusqu’à Wish you Were Here en 1975, l’inspiration principale du groupe. Cette phase, aussi courte fut-elle, c’est celle de Syd Barrett. Elle se forme majoritairement autour des origines jusqu’au départ officiel de Barrett au moment de l’album Saucerful of Secrets sur lequel il n’interprète qu’une seule chanson Jugband Blues dont les paroles signent sont départ.

Ensuite, c’est la période de recherche pour Pink Floyd. Cette recherche sonore nous offrira des albums que j’apprécie particulièrement pour leur importance dans ce qui définira la suite. Ainsi, on peut retrouver dans cette deuxième phase la bande sonore du film More, l’album aux arrangements classiques et audadieux Atom Heart Mother, ou encore le très expérimental Ummagumma. Plus difficiles d’écoute, ces albums représentent malgré tout à mon avis un point tournant important dans la carrière du groupe.

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Puis, on entre dans ce que je nommerai ici la phase de symbiose sonore, celle où les membres de Pink Floyd, et ils l’admettent eux-mêmes, sont sur une longueur d’onde similaire. Chacun fait ce qu’il a à faire du mieux qu’il le peut. Ainsi, Gilmour aux guitares et au chant, assume complètement son importance dans le groupe. Roger Waters se découvre comme un parolier d’exception. Les claviers de Rick Wright gagnent en importance et la batterie de Mason gronde comme jamais auparavant. Cette symbiose parait à prime abord sous le nom de Meddle. C’est cet album qui contient la mythique Echoes, morceau inoubliable qui est encore à ce jour encensé dans le monde culturel. Cette phase comprend également le tournage du fantomatique film Live at Pompeii, un immanquable pour les vrais fans du groupe. Ce moment d’unicité que connaît Pink Floyd prend sa catharsis avec l’album Dark Side of the Moon, dont je n’ai certainement pas besoin de faire l’éloge ici. Je tiens malgré tout à vous rappeler que ce long-jeu à la pochette si efficace est resté au billboard durant les 14 ans qui suivirent ça sortie.

Suite à Dark Side of the Moon, on commence à sentir certains conflits au sein du groupe, qui malgré tout, nous offriront Wish You Were Here, un album qui cautérise la plaie qu’avait laissée ouverte Barrett lors de son départ plusieurs années auparavant. L’album, construit autour de ce membre initial de Pink Floyd se veut, autant dans sa musique que dans ses textes, émotionnellement très rattaché au « diamant fou » que représente Syd pour le quatuor. Suite à la parution de Wish You Were Here, on entre dans la grande épopée de la phase Roger Waters qui nous offrira plus particulièrement les très intéressants Animals et The Wall. Ils restent à ce jour très haut placés sur mes étagères de disques. The Wall devient à cette époque la quintessence de l’album concept. Malgré tout, c’est dans cette phase que s’établiront les plus fortes tensions au sein du groupe. Mason et Gilmour n’ont plus de plaisir à jouer avec Waters, qu’ils considèrent un peu trop tyrannique. L’âge d’or de Pink Floyd s’émoussera donc tranquillement jusqu’à la sortie de The Final Cut, le douzième album du groupe en 1983.

Quatre ans plus tard, Pink Floyd remet ses pendules à l’heure, malheureusement sans Roger Waters pour offrir à son public le très différent Momentary Lapse of Reason. Avec cet album qui redonne une raison d’être au groupe, on entre dans la phase David Gilmour. Cette phase s’ancre profondément dans le son lui-même des albums Momentary Lapse of Reason et Division Bell qui se concentrent majoritairement vers un rock ambiant, certes progressif à sa façon où les voix de Wright et de Gilmour son mises de l’avant tout comme leurs instruments respectifs. À cette mêmme époque, Pink Floyd filme un spectacle au Earl’s Court de Londres ainsi qu’à Venise sur une scène flottante. À nouveau, le monde se focalise un peu plus sur cette musique intemporelle.

Pourquoi The Endless River?

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Vous remarquerez que ce bref résumé historique n’inclut aucune phase associée à Richard Wright en soi. Il est de mon avis que la raison principale de cette exclusion est due au fait que l’importance du claviériste s’est faite sentir autant lord de Piper at the Gates of Dawn que lors de la tournée The Wall, durant laquelle celui-ci n’était, fait plutôt cocasse, pourtant qu’un pigiste. Comme les membres du groupe, les véritables admirateurs de Pink Floyd savent malgré tout reconnaître l’importance capitale de l’apport de Wright au son du groupe. Ses claviers éthérés apportent cette cohésion qui n’aurait peut-être jamais été présente sans le silencieux musicien. Ainsi, sans pour autant venir critiquer The Endless River dans une formule classique, je souhaite simplement mentionner qu’il peut constituer un hommage posthume à l’importance de Wright. Par le grand respect que portent Mason et Gilmour à leur défunt collègue, il était capital de boucler la boucle de manière à comprendre que la phase Richard Wright s’est étendue de 1967 jusqu’à aujourd’hui pour continuer de couler comme une rivière sans fin plus forte que les mots.

« It’s louder than words

This thing that we do »

LE PARLEUR

Daniel Boucher, Toutte est temporaire.

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Six ans se sont maintenant écoulés depuis la parution de l’album Le Soleil est sorti de l’auteur-compositeur-interprète Daniel Boucher. Il faut s’avouer que bien des artistes nous habituent à des sorties d’albums bien régulières. Les projets se succèdent malgré tout pour le Gaspésien d’adoption, on a d’ailleurs pu le voir dans les comédies musicales Dracula et Les filles de Caleb ces dernières années. Il continuait aussi d’enchaîner quelques spectacles malgré l’absence d’album récent. J’avais eu l’occasion d’assister à un spectacle intime au théâtre de l’Anglicane de Lévis il y a deux ans. Aussi intéressants que furent ses projets, je n’en suis pas du moins content d’enfin pouvoir faire l’écoute de son plus récent projet Toutte est temporaire.

J’ai découvert Daniel Boucher il y a de ça bien des années, au temps de Dix Mille Matins, un album qui, malgré mon jeune âge de l’époque, conserve encore aujourd’hui une valeur émotionnelle importante en mon fort intérieur. Ainsi, c’est Dix mille matin qui est parvenu à me donner la piqure pour la musique qui se produit ici en français, trêve de légiférassions, venons en à Toutte est temporaire.

Honnête envers lui-même, Daniel Boucher ne s’est encore une fois pas pressé pour présenter à son public un album qui, tout en se collant solidement au bloc cohésif du reste de son œuvre, ne cherche pas non plus à reproduire la même formule indéfiniment. Générique n’est de toute évidence pas un qualificatif que l’on peut associer au compositeur de la presque légendaire Désise. Dans cette optique de ne pas presser la production d’un nouvel album, le mélodiste arrive à se réinventer dans une musique bien plus minimaliste que celle de l’exotique et psychédélique album La Patente. Malgré tout, certains morceaux conservent la lourdeur que possédaient des morceaux comme Silcone ou encore Ma croûte. Cette lourdeur se teinte particulièrement dans À ma place, un morceau qui tout en nous faisant hocher vigoureusement la tête, nous laisse réfléchir sur un texte qui soulève bien des questionnements. Toutte est temporaire m’a plongé dans une image de moi-même enfermé dans un chalet dépourvu d’électricité en plein hiver.

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On a souvent accordé à Daniel Boucher le prestigieux titre de chansonnier. Au Québec, être un vrai chansonnier, c’est de porter sur ses épaules l’héritage des Félix Leclerc et Gilles Vigneault de ce monde. Depuis les quinze dernières années, il est évident que Daniel Boucher a convaincu le public de ce côté. La chanson Mont-Louis s’inscrit dans cette manière de manier la chanson pour en faire ressortir d’uniques histoires. Mont-Louis va nous remettre à l’esprit que l’amour et ses déboires peuvent encore être présentés avec originalité. On a droit à une ballade décalée de son cadre qui, à mon avis, nous montre que Boucher a appris de ses expériences en comédies musicales. Le morceau Granby s’introduit à nos oreilles dans cette même optique et constitue, à mon avis, une annonce très positive pour le futur de cet artiste déjà respecté qui va, j’en suis sur, rappeler au grand public la grande qualité de son travail sur son prochain album.

Le chanteur et guitariste va utiliser l’échantillonnage sur deux morceaux de Toutte est temporaire : La Langue et le simple Embarques-tu. La Langue réutilise un discours nationaliste d’Yvon Deschamps sur la francophonie. Ce morceau, interprété à la fête de la Saint-Jean-Baptiste du Parc Maisonneuve l’été dernier explicite de manière limpide les allégeances sociopolitiques de Boucher, qui ne s’est jamais caché pour parler de souveraineté. La chanson Embarques-tu utilise l’échantillonnage à la façon plus moderne. À l’aide d’un morceau des Karrick intitulé Je n’ai as de rose pour ta fête, Boucher parvient à recréer une chanson originale qui laisse en bouche un goût de la crème glacée molle présentée sur la pochette de l’album. Embarques-tu, c’est le kitsch et la réutilisation du vintage sonore à son meilleur.

À l’aise comme musicien autant que comme poète, Daniel Boucher a encore une fois su me convaincre de rester accroché à toute son œuvre avec ce nouvel album. Cependant, je reste malgré tout conscient que, comme Le Soleil est sorti, Toutte est temporaire n’est pas un nouveau Dix Mille Matins pour Boucher. Ses deux premiers albums restent ceux que j’utilise pour faire découvrir cet artiste à mon entourage.

Après quelques écoutes, c’est Salon Magique qui s’est avéré comme le meilleur souvenir auditif de Toutte est temporaire. Histoire racontée tout en blues, Salon magique explore l’onirisme et les expériences intérieures avec une musique d’une fluidité de rivière accompagné un texte qui touche autant au psychédélisme qu’à l’absurde.

Pour une quatrième fois, Daniel Boucher est parvenu à me faire réfléchir à l’aide de textes forts qui ne pourraient être écrits par un autre. Les musiques de l’album nous remettent en mémoire que Boucher est un musicien aux multiples talents qui, l’oreille audacieuse toujours à l’écoute des instrumentations, éprouve un grand plaisir à simplement jouer de la guitare. On retire de Toutte est temporaire (l’album comme la chanson), une volonté de vivre le moment présent bien plus en profondeur qu’avec l’éphémère devise yolo.

P.S. Ayant réussi à terminer mon article par yolo, je vous souhaite maintenant une bonne écoute!

LE PARLEUR

La fuite : un premier album pour Simon Lacas.

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La Fuite de l’auteur-compositeur-interprète Simon Lacas est un album que j’attendais par ma curiosité d’en entendre plus de la part d’un artiste émergent qui avait su surprendre aux Francofolies de Montréal, gagnant du prix de l’Étoile montante.

Avant la sortie de La Fuite, j’avais pu faire l’écoute des pièces Lotus et Encore qui m’avaient ensembles montré ce que le son de Lacas semblait bien reconnaissable d’une chanson à l’autre. Pour un artiste émergent, il est, je crois, important de savoir faire preuve de cohésion et le jeune musicien de Terrebonne nous convainc sur ce point.

Aussitôt que l’occasion se présente à moi, je fais donc l’écoute de ce premier album d’un bout à l’autre, casque d’écoute aux oreilles. La Fuite gagne d’ailleurs à être écouté de cette manière. Très introspectif, ce projet est doté d’arrangements léchés qui se transportent d’une oreille à l’autre et qui méritent d’être appréciés dans sa bulle. La première chanson, Érotomanie, nous introduit à l’univers de Lacas en progressant vers une entrée en voix qui donne le ton au reste de l’album : mélancolie et langueur sont au rendez-vous.

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Tout au long de l’écoute, il est possible de déceler des mélodies très bien travaillées qui, à mon avis constituent une des grandes forces de solidité sur La Fuite. Par contre, ces mélodies fort bien amenées aux airs accrocheurs qui dénotent d’une pop de qualité sont agrémentées de cassures musicales psychédéliques, progressives ou rock qui ne vont certainement pas déplaire aux mélomanes. On sent que Simon Lacas est un auteur-compositeur honnête qui n’écrit pas uniquement pour le bon plaisir d’obtenir la reconnaissance du grand public. Il est bon de voir et d’entendre des artistes qui ne font pas de compromis.

Les thématiques reliées aux textes telles que les dépendances, la folie ou l’anxiété ont tout pour tomber dans le cliché, ce n’est cependant pas le cas du tout. Il reste cependant que la naïveté de ceux-ci mène parfois à des tournures un peu disloquées qui, sans en devenir déplaisantes, sauront sans aucun doute prendre de la maturité sur un souhaitable deuxième album.

Il est intéressant d’entendre se mélanger les diverses influences de Lacas qui passent autant par la pop francophone moderne bien québécoise ainsi que par la musique britannique telle qu’on aime tellement l’entendre pour ses qualités mélodiques. Le tout est agrémenté, comme dans Encore, de solos de guitare qui vont replonger l’auditeur dans un rock progressif qui semble sortir d’outre-tombe. Cependant, on vient à quelques moments perdre Lacas dans ces multiples influences qui, à certains moments, sont un peu trop tangibles. On sent que Daniel Bélanger, Radiohead ou encore Karkwa ne sont pas très loin derrière ce qui constitue l’album. On ose espérer que ce travail de synthétisation des influences se poursuivra sur un deuxième album où le son de Lacas, qu’on reconnaît quand même tout au long de La Fuite, mènera l’artiste à assumer davantage sa personnalité musicale qui de toute évidence vaut la peine d’être considérée dans le monde de la culture québécoise.

Les Voix constitue à mon avis, avec Lotus, Encore et la finale Elle, un moment fort de l’album où les arrangements minimalistes prennent une tournure d’une lourdeur extrêmement intéressante à la fin qui dénote justement cette volonté de l’artiste de ne pas faire de compromis.

Je vous laisse donc ici en vous encourageant fortement à écouter La Fuite de Simon Lacas avec attention, car c’est un auteur-compositeur dont nous entendrons certainement parler dans le futur. Du moins, ce serait à l’avantage de l’artiste comme du public, de laisser entrer encore plus de ce type de musique très inspirée dans notre culture populaire. Et il faut avouer qu’il est toujours bon d’entendre un chanteur oser bien à l’aise des notes en voix de tête qui tiennent de flambeau des Thom Yorke et Fiori de ce monde!

LE PARLEUR

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