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Dans la mire pour 2015.

 

Mes oreilles baignent depuis déjà plusieurs années dans l’océan sonore du rock alternatif, toujours prêtes à plonger dans de nouveaux courants musicaux. Lorsqu’on m’a proposé de prendre part à la traversée de la régate de CORRESPONDANCESblog, j’ai sauté sur l’occasion de mettre à contribution mon bagage de matelot afin de lui permettre de dériver plus profond encore dans les méandres de la musique émergente et de découvrir encore davantage d’Eldorados mélodiques. Voici l’heure pour moi de lever l’ancre et d’embarquer dans l’aventure avec une première chronique, et j’ai décidé, d’emblée, de mettre le cap sur 2015 et ses promesses en musique. De nombreuses sorties d’albums ont déjà été annoncées et laissent présager une année faste pour les mélomanes. Si certains artistes laissent filtrer les détails de leurs projets au compte-goutte, en partageant des tweets cryptés ou des photos mystérieuses, d’autres nous mettent déjà l’eau à la bouche en dévoilant de nouvelles pièces dans leurs spectacles ou sur le web. Les techniques publicitaires n’auront jamais été aussi variées et inventives, et pourtant, l’actualité musicale est tellement foisonnante qu’on en perd rapidement le fil. C’est devant ce brouillard à l’horizon que j’ai choisi de dresser mon phare aujourd’hui, en inventoriant les sorties d’albums que j’attends le plus dans la prochaine année.

 

Radiohead

radiohead

Depuis la sortie de The King of Limbs en 2011 et la tournée qui en a découlé, les membres de Radiohead sont restés discrets sur les projets futurs du groupe. Si l’éventualité d’une suite est restée sur la glace, les cinq artistes de la bande n’ont pas pour autant chômé, mettant chacun de l’avant divers projets parallèles. D’abord, le chanteur Thom Yorke s’est entouré du bassiste Flea des Red Hot Chili Peppers et du réalisateur de Radiohead Nigel Godrich pour donner naissance à Atoms For Peace, un projet électro aux rythmes nerveux et disparates, bercés par la voix hypnotique de Yorke. Johnny Greenwood, de son côté, s’est affairé à la réalisation de trames sonores, composant entre autres la partition du film de Paul Thomas Anderson Inherent Vice et une suite à la trame sonore qu’il avait composée pour There Will Be Blood, du même réalisateur. Il a également performé avec divers orchestres tels que le prestigieux London Contemporary Orchestra.

C’est le bassiste Colin Greenwood qui a laissé entrevoir en premier la possibilité d’un neuvième album studio du groupe, en février dernier. «Thom vient juste de rentrer de sa tournée avec Atoms For Peace, et il a un peu de temps. Je suis désolé d’être vague… mais tout ce que je peux vous dire c’est que nous sommes heureux, positifs, et dans l’attente d’une prochaine aventure.» Deux mois plus tard, Le guitariste Johnny Greenwood, lors d’une entrevue avec le magazine britannique NME, annonçait : « nous nous rassemblerons à la fin de l’été et nous nous organiserons. Mais, vous savez, nous avons toujours été un animal qui se déplace lentement. J’imagine que c’est là que nous déciderons ce que nous ferons. » Les promesses se sont concrétisées lorsque le producteur du band a «tweeté» en septembre une photo de Thom Yorke et de Johnny Greenwood en studio, expérimentant avec des synthés modulaires, ce qui laisse présager un retour aux sonorités plus électroniques des Amnesiac et Kid A du début de la décade précédente. Fidèle à son habitude, le groupe demeure avare de commentaires dans les médias et laisse planer le doute complet sur la date de sortie de l’opus. Il serait sage de ne pas s’attendre à une campagne conventionnelle de promotion pour cet album, considérant les antécédents idiosyncratiques du groupe sur le plan marketing. On se souvient qu’ils auront été les premiers à distribuer un album à grande échelle au moyen de la vente à prix volontaire avec In Rainbows en 2007 et qu’ils ont, dans la même veine, mis à profit les cybertechnologies dans les années suivantes en téléversant leurs productions sur leur propre site web.

En attendant plus de détails, les aficionados de la formation mythique peuvent boire à la coupe des tout récents albums solos de Yorke et du batteur Philip Selway, deux parutions très respectables. Tomorrow’s Modern Boxes constitue l’offrande la plus électro de la discographie de Yorke, alors que Selway nous dévoile dans Weatherhouse son talent d’auteur-compositeur avec ses ballades folk organiques et résolument contemplatives.

 

Half Moon Run

half moon

Le groupe indie-folk québécois de l’heure nous a donné un avant-goût de leur «sophomore» lors de sa tournée estivale en jouant plusieurs des pièces qui s’y retrouveront. Le test du deuxième album est reconnu pour être critique dans la carrière d’un artiste et les Montréalais d’adoption en semblent bien conscients, vu le temps et l’application qu’ils mettent à élaborer leur album. Entrés en studio au début de l’automne, ils gardent le silence radio depuis et la date d’accouchement de leur opus demeure matière à spéculation. Les extraits de l’été nous rassurent cependant sur la qualité de ce qu’ils nous livreront.

 

James Blake – Radio Silence

james blake

Si son dernier LP, Overgrown, remonte au printemps 2013, l’année 2014 n’en aura pas été pour autant une d’oisiveté pour James Blake. D’abord, ses apparitions radiophoniques presque mensuelles à la BBC Radio 1 comme DJ maison de l’émission Residency, couplées aux nouveaux singles qu’il a partagé en primeur par le biais du programme, suffisent à contraster avec le titre du troisième album qu’il fera paraître au printemps prochain, Radio Silence. D’autre part, Blake nous a livré en décembre dernier 200 Press, un maxi plus expérimental et abstrait que ses précédents albums, qui confronte les samples R&B et les rythmes dubstep dans une atmosphère saturée. L’artiste nous a révélé que le prochain disque était déjà réalisé à 50% et qu’il serait plus agressif et plus «clubby». Également, on peut s’attendre à la présence du polyvalent Justin Vernon de Bon Iver ainsi qu’à celle du polémique Kanye West sur l’album, sans compter le troisième collaborateur dont Blake tait encore le nom et pour lequel il se dit très enthousiaste.

 

Tame Impala

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Les ambassadeurs australiens du rock psychédélique nous reviendront en force avec une nouvelle offrande en 2015, à en croire les dires de Spinning Top, la société de gestion du groupe. On ne connaît pas encore le moment de publication, mais le claviériste Jay Watson a piqué notre curiosité en avançant que l’album serait moins rock et plus électronique que les précédentes parutions. Une direction artistique qui intrigue, mais qui promet, considérant les projets avec lesquels s’est occupé Kevin Parker, le chanteur de la troupe, depuis l’acclamé Lonerism. Parmi ceux-ci, notons la participation aux formations Pond, Kevin Spacey et Mink Mussel Creek. On a pu l’entendre explorer plusieurs horizons artistiques, allant du space rock au funk, en passant par le dance. Parker a également prêté sa voix sur le single Daffodils du producteur Mark Ronson, deuxième extrait à avoir été divulgué de son opus qui a paru en janvier dernier.

 

PJ Harvey

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Polly Jean Harvey cumule plus de vingt ans dans le monde de la musique et le succès critique qui l’entoure n’a jamais dérougi depuis. L’artiste anglaise demeure la seule double récipiendaire de l’histoire du prestigieux Mercury Prize, avec Stories from the City, Stories from the Sea en 2000 et Let England Shake en 2011. Cette distinction, homologue du prix Polaris canardien, récompense le meilleur album britannique de l’année. La parution d’un album de l’auteur-compositrice est donc un événement très attendu par l’industrie de la musique. PJ Harvey nous ouvre les portes de son univers en nous permettant d’assister en direct à l’enregistrement de son album, dans un studio vitré aménagé à la Somerset House de Londres. L’exposition se veut une fenêtre sur le processus créatif d’enregistrement pour le public, mais pour l’artiste, il s’agit aussi d’une manière de stimuler ce processus, puisque les musiciens contempleront en continu les groupes de visiteurs de l’autre côté du vitrage à la manière d’un film anthropologique.

 

Louis-Jean Cormier (24 mars)

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Depuis la sortie de son premier effort solo, Le treizième étage, la carrière de Louis-Jean a connu un essor remarquable. Si son travail avec Karkwa lui avait un valu le respect des critiques et un succès notable auprès des auditeurs plus alternatifs, son parcours en solitaire le place désormais au rang d’artiste grand public. Les deux dernières années auront été bien remplies pour Cormier, avec le passage à La Voix, la tournée à travers le Québec, les concerts avec l’Orchestre Symphonique de Québec, le triplé de Félix au Gala de l’ADISQ 2013 et Les douze hommes rapaillés. Pour son prochain album, qui arrivera dans les bacs le 24 mars, Louis-Jean devra adresser une nouvelle fois un défi qu’il a relevé avec brio avec son premier disque, celui de rallier les deux solitudes, à savoir de présenter un produit qui saura plaire encore une fois aux larges audiences, sans décevoir aux mélomanes des premières notes de Karkwa.

 

Father John Misty – I Love You, Honey Bear

father john misty

Josh Tillman nous balance le 10 février prochain son second album solo, I Love You, Honey Bear. L’ex batteur de la formation folk Fleet Foxes nous prévient que le résultat sonnera plus soul que son précédent effort, Fear Fun, et qu’il sera également plus ambitieux dans les arrangements. Au menu, un mélange éclectique de cordes, de mariachis et de solos de batterie électronique. Tillman a en a surpris plusieurs en livrant son album en streaming il y a quelques semaines, mais sous un format audio MIDI, satire intelligente de la culture de streaming qui a transformé les habitudes de consommation de la musique. Il présente ironiquement SAP, un nouveau système «par lequel des albums populaires sont extraits (anglais sapped) de leurs performances, de leurs voix, de leur atmosphère et d’autres distractions afin que le consommateur puisse décider rapidement et efficacement s’ils aiment une composition musicale ou non».

On a pu l’entendre livrer un premier extrait en performance au programme de fin de soirée Letterman avec un ensemble de cordes complet de 22 personnes. L’amour, le narcissisme, l’ennui et le rire constituent les principaux thèmes abordés par l’opus.

Father John Misty a annoncé une tournée nord-américaine dans les mois à venir et s’arrêtera au Théâtre Corona de Montréal le 16 février prochain.

 

Beach House

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Le lancement d’un nouvel album en 2015 est encore au stade de rumeur, mais le duo dream-pop a offert une nouvelle chanson aux fans de Montréal lors de sa tournée Northern Exposure en 2014, une série de spectacles intimistes dans des villes nordiques du Canada et de l’Alaska, incluant les grands centres, mais également des endroits aussi inusités que Nelson, BC et Thunderbay, ON. La chanteuse Victoria Legrand, dont la grand-mère était québécoise et qui démontre bien son attachement à ses racines lors de ses passages dans la belle province en s’adressant à la foule en français, aurait d’ailleurs discuté avec des fans lors de la tournée et aurait mentionné que la formation était en enregistrement.

 

Mikal Cronin – MCIII (4 mai)

mikal cronin

Fort du succès de MCII, son dernier album applaudi par les journalistes et particulièrement par le polémique média Pitchfork, Mikal Cronin renoue avec les disquaires avec une offrande de 11 pièces qui tombera dans les mains de l’auditeur le 5 mai. L’intégralité des instruments sur les pistes, incluant du cor français, du saxophone, de la trompette et même du tzoura (sorte de luth traditionnel grec) sera jouée, à peu d’exceptions près, par le multi-instrumentiste. Conjointement à l’annonce du nouvel album, Cronin a dévoilé un premier extrait, Made Up My Mind, un morceau assez fidèle aux compositions qu’on lui connaît : une garage pop fédératrice menée par des guitares mélodiques et un piano désinvolte.

 

Le Nautonier

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Elephant Stone : le psychédélique oriental à son meilleur.

Comme mon collaborateur sur Correspondances j’ai décidé de me prêter au jeu de rédiger une critique durant l’écoute de l’album, à frette, comme dirait l’autre.

J’ai déjà entendu le groupe Elephant Stone l’an dernier lorsque j’avais fait l’écoute de leur album éponyme paru en 2013, qui était lui-même précédé de The Seven Seas (2009). J’ai ensuite eu la surprise de pouvoir entendre un solo de sitar de Rishi Dhir, chanteur, bassiste et sitariste du groupe durant le spectacle des Temples au cabaret du Mile-End l’automne dernier. Grâce à Poulet Neige, The Three Poisons, plus récent opus du groupe montréalais fait maintenant partie de ma bibliothèque musicale Itunes. Je m’attaque donc à une critique spontanée de celui-ci.

Elephant-Stone

Première pièce qui nous introduit au son du groupe, tout basé sur le sitar de Rishi, Motherless Child (Love’s not for war), ne peut en aucun cas m’empêcher de penser à George Harisson. Tant dans la construction de textes ésotériques que dans le pop-psychédélique de la pièce, il est possible de déceler que c’est dans le même mouvement musical que la période Revolver des Beatles que vient s’inscrire cette pièce. Le tout est cependant maîtrisé avec une oreille moderne qui nous permet d’oublier, surtout lorsqu’on a entendu les autres albums du groupe, que le sitar ne fait pas que rappeler Harisson, mais qu’il est plutôt un instrument à l’histoire bien plus profonde.

Knock You Fron Yr Mountain débute ensuite dans une ambiance bien différente de la première chanson. Si la voix de Rishi reste la même, l’esssence de la chanson puise davantage dans le blues et dans le Rock n’ Roll tout en baignant dans un psychédélisme qu’il est impossible de dénier chez Elephant Stone. Pour ne pas parler que du sitar, instrument que j’affectionne particulièrement, je dirai plutôt que ce sont les vois féminines sur cette pièce qui viennent soutenir et donner le sens à cette pièce et aux très efficaces « Yeah » de Rishi lors du refrain. L’assise principale de la chanson se constitue à travers la solide basse accompagnée d’un fuzz directement sortie des 70’s.

Les premiers accords de All is Burning annoncent, suivis d’accrocheuses lignes vocales un chanson qui, sans faire dans le pastiche, me rappelle les mélodies de Temples dont j’ai parlé plus tôt. À la moitié du morceau, on semble cependant creuser plus profondément dans le psych et c’est finalement l’héritage de Syd Barett qui transparaît à travers une langueur quant à elle bien propre au son d’Elephant Stone.

Un vrai salut pour les claviers planants et bien vintage en ce qui attrait à Worlds dont’ Begin and End with You nous réserve un morceau teinté d’une pop extrêmement efficace. Un refrain romantique bien travaillé comme nous les aimons nous laisse sur une impression de légèreté loin d’être désagréable. Si ce n’était du peu d’intérêt que portent les radios aux groupes émergents, il est certain que ce morceau pourrait se retrouver au top des listes. Les dissonances parfois apportées par la guitare et les synthétiseurs suffisent à nous convaincre que la pop n’a aucun besoin d’être polie pour convaincre.

Arrivé à Wayward Son, je ne peux qu’être déjà convaincu du reste de l’album. Les morceaux sont jusqu’à présent écrits pour être réécoutés. L’expérience de Rishi auprès de grosses pointures comme Beck ou encore Brian Jonestown Massacre prend tout son sens dans la forte cohésion d’accroche de The Three Poisons. Wayward Son est une ballade légère et agréable qui souffle un vent frais d’été d’une oreille à l’autre et nous porte du début à la fin presque trop rapidement à mon goût.

Ensuite, coups de théâtre, Intermediate State nous sort de la légèreté occidentale de la pièce qui précédait pour nous transporter vers Child Of Nature (Om Namah Shivaya). D’un rock psychédélique bien dur au tourment d’une lourdeur très pertinente, cette pièce vient équilibrer l’album par rapport à ce qui y avait été inséré auparavant et nous ramène aux ascendances musicales du groupe.

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Je suis un fan de Tame Impala, et cette autre pièce qui se présente à mes oreilles, intitulée Living For Something ne peut que venir faire un petit clin à cet amour que j’ai pour les rois du psychédélique australien. Je m’imagine déjà Elephant Stone sous un soleil d’été dans un festival tel qu’Osheaga porter doucement le public avec cette chansons aux paroles dignes de Lennon, dont la voix de Rishi, je dois le mentionner, ne peut s’éloigner. Voilà, c’est fait, j’ai déjà trop parlé des Beatles.

Mes tergiversations continuent à mesure qu’avance l’album avec la pièce titre Three Poisons. La guitare électrique fait ici le travail du sitar. L’apport des pédales tend à moderniser cette tradition de la musique orientale qu’exploite à fond le groupe depuis ses débuts. Les textes, dotés d’une captivité vaporeuse, chantés à la manière de Rishi, ont sur moi l’effet d’une espèce de long mantra. De toute évidence, Elephant Stone ne laisse pas de côté ses textes au profit de la musique. Chaque petit détail est, non pas réfléchi, mais senti par chaque membre du groupe.

Couplet pop et accrocheurs, les refrains d’Echo & the Machine laisse place à un refrain travaillé avec un son psychédélique bien classique. Avec un clavier qui me rappelle Tom Sawyer de Rush, cette avant-dernier morceau de l’album est l’un de deux qui m’accrochèrent le plus tout au long de l’écoute. Cette pièce invente un The Tea Party plus moderne. On réalise dès lors que parmi les groupes qui travaillent les gammes orientales, c’est l’éclatement, avec des incroyables talents comme ceux d’Elephant Stone et Temples, on sait que ce type de musique possède une relève.

The Three Poisons se conclut avec Between the Lines. La première minute nous fait planer jusqu’à la batterie qui nous offre un rythme bien simple qui vient soutenir la philosophie que chante Rishi. Cet au revoir nous laisse sur des questions par rapport à notre place en tant qu’humains et me laisse avec cette impression que malgré la courte durée de l’album (environ 34min), il était maintenant temps de terminer ce premier voyage avec Elephant Stone. Il va cependant de soi que cet album viendra prendre une place de choix parmi mes autres possessions en psychédélique. Malgré le modernisme d’Elephant Stone, c’est en vinyle que je me procurerai leur plus récente parution, car il me semble que le cachet vintage du groupe s’y accole beaucoup mieux.

D’un point de vue davantage personnel, The Three Poisons constitue jusqu’à présent une de mes découvertes favorites de la liste Poulet Neige que j’ai eu l’occasion de commencer à écouter au début du mois de janvier. Bonne écoute à tous!

LE PARLEUR

Chocolat au Zénob de Trois-Rivières; pour l’amour de la musique.

La sloche recommence à joncher les rues, le stress du temps des fêtes se fait sentir sur le visage des passants, mais ce soir là, on s’en fout. À quelques jours du spectacle, on avait vu passer sur la page facebook du Zénob l’annonce d’une veillée en compagnie de Chocolat. Si le nom vous sonne une cloche, c’est sans doute que vous vous êtes intéressés à Jimmy Hunt dans les dernières années.

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Une fois bien assis à une table un peu en retrait, on attend tranquillement, en sirotant une bière ou deux, ou trois… que commence Corridor, qui lancent le bal avant Chocolat. Dès les quelques minutes de tests de son, on remarque que Corridor fait dans un type de musique qui s’apprécie très bien dans la salle de spectacle qui n’en est pas une du Zénob. Particulièrement axée sur la relation entre les deux guitares, la musique de Corridor a tout pour ne jamais passer à la radio, mais n’est-il pas agréable de tomber en décalage quelques fois? Déjantée, leur performance de l’intégrale de l’album Un magicien en toi est davantage parvenue à m’accrocher à sa deuxième moitié. Était-ce par l’accoutumance de mon oreille à ce son hors de l’ordinaire ou parce que la progression de l’album se constitue de manière à laisser un souvenir plus prenant sur leur musique? Dur à dire. Reste cependant que Corridor est un groupe qui fait dans la différence et qu’on aime ça ainsi.

Après une période d’attente très raisonnable, Chocolat entre en scène d’une manière des plus intéressantes. En effet, aucune arrivée officielle du band ne peut créer de surprise quand, quelques minutes avant le spectacle, le groupe est au bar à deux mètres de tout le monde dans la salle vu la taille de celle-ci. Ainsi, un dernier test de son, finissant par se transformer en jam se métamorphose devant nous en l’introduction sans présentation à un spectacle où rien d’autre ne sera important que la musique.

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J’avais déjà fait à plusieurs reprises l’écoute du dernier album de Chocolat. Tss Tss, m’avait laissé sur une émotion très positive. Le rock psych-prog-glauque, sur album ne venait pas s’éloigner de la touche magique de Jimmy Hunt, mais s’affirmait malgré tout comme pourvu d’une grande liberté d’expression sonore. En spectacle, il est clair que cette volonté d’émancipation musicale est assumée à 110% par Hunt et ses comparses. Très souvent instrumentales, les musiques seront construites autour de chacun des musiciens de sorte que l’on puisse sentir émaner de l’ensemble rythmique le plaisir et la cohésion de musiciens honnêtes avec eux-mêmes. Intéressant d’ailleurs de voir Hunt prendre le lead à la guitare lorsque nous sommes pourtant habitués d’écouter Emmanuel Ethier, le guitariste à qui on doit le travail de six cordes sur Maladie d’Amour, nous impressionner avec sa Rickenbacker noire. Ysaël Pépin, c’est le nom d’un bassiste qui, pour se spectacle était tout sauf le cliché du bassiste en retrait. Bien plus que sur l’album l’accent est mis sur la basse à l’avantage du groove et du rythme.

Rapidement, on se met à oublier l’album, on assiste à une sorte de gros jam qui ne s’arrête plus de gagner en intensité. La structure est dans la symbiose musicale entre les membres de Chocolat, si forte que j’en oublie mon verre de bière, tous mes autres sens sont engourdis au profit de mon ouïe qui jubile de plaisir d’entendre un spectacle qui surpasse mes attentes. L’ambiance underground de la musique se prête bien à la renommée Zénob. Corridor et Chocolat ne sont pas les premiers représentants de la contre-culture à y mettre les pieds. À deux reprises, on a droit à une grotesque scène de bodysurf par Jimmy Hunt lui-même, qui supporté par une foule de parterre d’une dizaine de personne, montre qu’il n’en a absolument rien à foutre des grandes salles et de ses deux Félix qu’il a gagné à l’Autre gala de l’Adisq. D’ailleurs, quelle meilleure manière de se balancer des conventions que de partir en tournée avec un groupe comme Chocolat quand il serait de toute évidence possible pour le gentleman rockeur de continuer de mousser les ventes de Maladie d’Amour avec une autre tournée solo.

C’est pour le plaisir d’une musique sans compromis que je vous suggère fortement d’aller assister à une performance de Chocolat s’ils passent par chez vous.

LE PARLEUR

https://www.facebook.com/pages/Chocolat/10242781415?fref=ts

http://chocolatmtl.bandcamp.com/

Temples au Cabaret du Mile-End : Symbiose et Mélodies

Temples mile end

Plusieurs longues semaines d’attente s’étaient maintenant écoulées depuis la date d’achat des billets pour Temples au Cabaret du Mile-End et la soirée fatidique était enfin arrivée. C’est un peu à l’avance, comme à chaque soir de spectacle, que nous avons pu tâter le pouls du Mile-End, mes amis et moi.

Une bonne heure avant l’entrée en scène de la première partie The Districts, on entendait déjà quelques admirateurs de Temples siffloter The Golden Throne devant des portes toujours verrouillées. Il plait toujours de constater cette connexion entre des gens qui ne se connaissent même pas, mais qui savent communier entre eux grâce à ce fabuleux intermédiaire qu’est la musique. Le genre importe peu, l’endroit importe peu. Ce soir là, c’était simplement la musique et le plaisir qui importaient et on pouvait le sentir.

Le Mile-End était assez vide à l’approche du spectacle. Cependant, c’est lorsque The Districts sont montés sur scène qu’on a rapidement pu constater que la salle se remplissait de plus en plus rapidement.

The Districts, c’est un groupe de Lititz en Pennsylvanie qui s’est avéré, pour ma part, une découverte certes positive. La performance qui nous fut offerte par ce groupe émergent était à la fois empreinte d’une énergie mélancolique très bien travaillée par les chansons, que d’une bonne dose d’adrénaline apportée par la présence scénique des musiciens, et plus particulièrement du chanteur. On sent que ce groupe se construit autour de chansons sensibles elles-mêmes élaborées dans un style qui mélange à merveille blues, grunge, folk et shoegaze avec une naïveté qui n’est pas du toute désagréable.

Puis, après une attente plus longue que les minutes elles-mêmes, par cette froide soirée qui berçait les rues de Montréal, c’est sans introduction que sont entrés les quatre britanniques de Temples. En ce 22 octobre, nous étions chanceux, car nous avons eu droit à deux pièces qui ne se trouvent pas sur leur premier album Sun Structures, c’est-à-dire Prisms et Ankh, respectivements B-Sides de Shelter Song ainsi que de Colours to Life. Il est agréable d’aller voir de bons groupes avant que ceux-ci ne soient significativement connus par ici puisque c’est ce qui nous permet d’avoir droit à un spectacle plus intime, mais aussi à des chansons que nous n’aurons peut être plus la chance d’entendre dans le futur, mais ça, personne ne peut le savoir.

Sur scène, les membres de Temples nous exécutent leurs chansons avec un professionnalisme renversant. Il est clair, dès les premiers résonnements de leurs guitares Fender et Grestch, que les musiciens devant nous sont des compositeurs et interprètes d’un talent remarquable. Le leader James Bagshaw honore tout de Sun Structures avec sa voix haut perchée et cristalline. Cependant, je ne pouvais écrire cet article sans glisser un mot sur les harmonies vocales époustouflantes de Thomas Edison Warmsley à la basse et d’Adam Smith, quand à lui claviériste et deuxième guitariste du groupe.

Au-delà de l’aspect accrocheur et bien écrit des chansons, on sent une symbiose musicale se produire entre les membres du groupe qui amènent, chacun à sa manière, une touche unique au son de ce groupe également assez unique. La batterie assez jazzée de Sam Toms vient avec brio se mélanger au travail de basse à la fois rythmé, mélodique et complexe de Thomas Edison Warmsley.

Écouter Temples sur disque et les voir en spectacle nous plonge dans un univers assez similaire, mais il reste cependant qu’en spectacle, on plonge bien plus profondément dans l’onirisme et la spiritualité de cette musique enivrante. Ce que j’ai apprécié avant tout, c’est la lourdeur de ce rock psychédélique que la bande de Bagshaw parvient à mettre de l’avant en live sans pour autant dénaturer quoi que ce soit de leur son très travaillé.

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D’un point de vue davantage esthétique, on sent également une forte cohésion dans le choix des costumes. Véritables personnages, les membres de Temples sont tous vêtus d’une manière très britannique et arborent des vêtements de friperies sortis d’une autre époque, le tout à une sauce extrêmement moderne. De plus, le look androgyne des clairement assumé chez certains membres du groupe, autant dans leurs vêtements que leur aise à porter du maquillage et des bijoux féminins. De ce côté, c’est Adam Smith qui fut le plus intéressant à regarder sur une scène. Son attitude désinvolte presque malaisée nous démontre que c’est avant tout la musique qui siège en maîtresse en lui. Cet excellent musicien est, je vous l’assure, assez fascinant à regarder aller sur une scène.

Le spectacle va donc bon train et nous mène à son point culminant plus rapidement qu’on ne l’aurait souhaité. Après de longues minutes d’attente durant lesquelles Temples se laissent désirer (ils n’avaient pas encore joué leurs hits Shelter Song et Sun Structures), les quatre musiciens finissent par remonter sur scène pour le bon plaisir des spectateurs.

Coup de théâtre et moment clou du spectacle, un joueur de Sitar monte sur la scène pour interpréter avec le groupe la très orientale Sun Structures. Le morceau fut d’ailleurs allongé de bien des mesures pour nous laisser apprécier ce mythique instrument que le rock s’approprie parfois si bien.

La tête pleine de musique, je suis sorti du Cabaret du Mile-End satisfait d’un spectacle qui s’apprécie magnifiquement dans ce genre de petites salles. Je suis d’autant plus content d’avoir été de ceux qui virent Temples ce soir là au Mile-End, car c’est certainement dans une plus grande salle que nous aurons l’occasion de les revoir au Québec.

LE PARLEUR

PS: Je vous laisse ici avec une performance de Prims qui ne provient pas su spectacle du Mile-End.