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Fred Pellerin : de Peigne et de Misère en Mauricie.

DE PEIGNE ET DE MISERE (Fred Pellerin 2013)

La qualité de son oeuvre est depuis bien des années indiscutable. L’aspect unique de son art recyclant les plus vieilles traditions québécoises et l’imaginaire collectif vient s’imprégner en nous et nous buvons gaiement ses paroles pour décrocher allégrement de notre réalité.

C’est avec de hautes attentes que je savais comblées d’avance que je me rendais, le 29 octobre, à la salle J.A. Thompson pour assister à une des nombreuses représentations du spectacle De peigne et de misère du conteur/poète/musicien Fred Pellerin.

Sans cérémonie, le résident le plus connu de Saint-Élie-de-Caxton s’est avancé sur la scène pour s’asseoir sur une vieille chaise en bois qui constitue, entourée de sa guitare et de son accordéon, tout le matériel dont il a besoin pour nous présenter son spectacle. Dès lors, on pouvait sentir que le public était déjà conquis par un conte qu’il saurait des plus divertissants. Après une brève introduction, le conteur nous pousse déjà la chansonnette avec Au Commencement du Monde, une interprétation d’une pièce de David Portelance. Ce morceau, réapproprié par Pellerin, dresse le ton principal du conte, qui commence à la création elle-même pour se terminer le soir de la fin du monde. Cette fin du monde, le conteur nous l’expose dans le monde clos du Saint-Élie de ses légendes. De toute évidence, Pellerin aime l’hyperbole. C’est d’ailleurs ce qui impressionne chez-lui : l’apport de grandiose aux petites choses qui font du Québec ce qu’il est; la grande histoire des petites histoires.

Comme on peut s’y attendre, la poésie orale de Pellerin nous transporte avec allégresse à l’intérieur de « sous-contes » qui tous se relient au canevas initial. On explore une fois de plus la version imaginaire de ce village où résident les maintenant légendaires personnages tels que le Forgeron Riopelle, le vendeur de bière su’a slide Toussaint Brodeur ou encore, le principal concerner dans De Peigne et de Misère, Méo le coiffeur.

accordeon

C’est en jouant brillamment avec les mots et en improvisant à maints moments du spectacle que Fred Pellerin traite de sujets tels que l’amour, la mort, l’environnement ou encore la vie en société et ce, toujours en humour. En fait, il est bien des spectacles d’humour auxquels j’ai assisté qui ne parvenaient pas à soulever autant de rires que ceux que le conteur parvient à recueillir grâce à sa manière certes intelligente et inusitée de jouer avec les mots. Pellerin parvient également à jouer avec les émotions des spectateurs dans un rythme absolument renversant de justesse. Ainsi, on peut rire à un moment, puis écouter sans dire mot à un autre pour ensuite presque pleurer à la fin du spectacle, lorsqu’il introduit la mélancolique Nous Aurons de Richard Desjardins, qu’il interprète à l’accordéon.

Au point final du spectacle, il est inévitable de ne pas s’incliner devant les talents de conteurs de Fred Pellerin. Sa manière de jouer avec la langue impressionne à chaque fois. Cependant, on réalise en spectacle que ses interprétations musicales, insérées à des moments clés de la représentation, nous permettent de reconnaître en Pellerin un musicien de tradition québécoise d’un talent certains. Je vous invite d’ailleurs à écouter ses albums, mais également d’écouter l’album réalisé par Jeannot Lemieux où Fred et Nicolas Pellerin revisitent d’excellents morceaux de la tradition québécoise.

Fred Pellerin parvient à nous faire sentir, à la sortie de la salle de spectacle, fiers de nos origines. Je crois d’ailleurs que c’est l’un des points les plus importants que va nous amener le souvenir d’un spectacle de cet artiste. Tout son art est lié, comme je l’ai mentionné plus haut, aux racines de ce qui nous constitue comme peuple et c’est là, le génie d’un conteur qui a de toute évidence à cœur la fierté nationale et la mémoire collective.

LE PARLEUR

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Folk : mémoire, racines et traditions.

 

vent du nord

Au fondement de tout, je crois cependant avec fermeté que ce qui tient le folk encore aussi vivant en 2014 réside dans ses racines.

En effet, comme le blues constitue l’origine même du rock, le folk quant à lui va chercher son essence dans la musique traditionnelle. Par musique traditionnelle, on entend bien sur une musique se voulant ancrée profondément dans la mémoire collective d’un peuple donné. Ainsi, il est fort probable que le son d’un artiste ou d’un groupe folk sera influencé par l’endroit d’où il provient. De ce fait, le folk écossais ira chercher ses sources de construction musicale dans une tradition purement écossaise comme le fera le folk américain ou encore le folk allemand (pays où on peut d’ailleurs remarquer une scène folk extrêmement importante à travers les maintes sessions internet provenant de là-bas, mais nous y reviendrons plus tard). Les racines sont donc sans aucun doute importantes pour le folk, ce qui mène (cause à effet ici) rapidement à constater que la musique folk moderne et la musique traditionnelle de bien des pays parviennent à vivre en symbiose et harmonie, à la joie de bien des amateurs d’une musique « faite comme dans l’temps ». Est-ce que ce processus est fait consciemment? Je ne crois pas. Mon opinion se dirige plutôt dans un sens différent. La musique folk est à mon avis plutôt produite par des artistes qui ne pensent pas trop à ce qu’ils font, mais qui le font tout simplement et ce, de manière très honnête. Une bonne chanson folk peut se résumer à une structure musicale simple, facteur directement relié à la musique traditionnelle, et s’attacher à un texte bien senti. Ainsi, on a devant nous l’artiste, sa guitare, sa voix et ses mots, il ne suffit de rien d’autre pour savoir apprécier ce genre musical, et c’est ce qui le rend merveilleux.

Dans cet ouragan de guitares acoustiques et de voix nasillardes, il est plutôt intéressant de se pencher sur le cas du Québec. Effectivement, encore un fois, on ressort du lot ici. Selon certains ce pourrait être pour le mieux, mais selon d’autres, et j’en fais partie, c’est plutôt en mal. M’intéressant au folk, mon esprit mélomane n’a pu s’empêcher de creuser jusque dans la tradition musicale de bien des pays, dont font partie l’Écosse (dans mon cœur c’est un pays bon), l’Irlande et bien sur notre magnifique Québec. Ce qui est troublant au Québec, c’est que la musique traditionnelle est relayée au second plan de la culture populaire. L’esprit du québécois moyen lorsqu’il pense à musique traditionnelle fera une analogie douteuse entre celle-ci et le reel de violon de cabane à sucre. Ce sont effectivement tous des facteurs entre lesquels il semble évident d’établir un réseau. Cependant, la musique traditionnelle bien d’ici a pourtant tellement plus à offrir ; de la sensibilité, de la lenteur, de magnifiques histoires chantées ainsi qu’un pied dans une histoire qu’on tend malheureusement parfois à trop oublier. Je ne changerai par contre pas le monde dans cet article. Ainsi, je vous laisse sur cette pensée en vous encourageant à continuer de faire vivre folk et trad. pour le meilleur des artistes, de leurs chansons et de la musique elle-même.

LE PARLEUR