Tag Archives: folk

À Paradis City en toute honnêteté avec Jean Leloup.

Un peu plus d’une semaine, c’est ce qu’il me fallait pour prendre un peu de recul et pouvoir poser un regard critique sur À Paradis City, le plus récent album de Jean Leloup. Il est de ces artistes qui, avant même d’avoir présenté du nouveau matériel, semblent déjà convaincre leur auditoire de la qualité de la chose. Pour ma part, il va de soi que le Wolf s’immisce dans cette catégorie. Ainsi, je me dois, avant de me prononcer, de mettre de côté mes émotions et de m’imposer un regard comparatif face à cette nouvelle œuvre de cette figure de proue de la chanson québécoise.

Leloup

Avec À Paradis City, il me semble, malgré l’orientation quelque peu mélancolique et nihiliste que peuvent prendre certains textes, particulièrement celui de Willie, que se présente devant nous un Jean Leloup à l’esprit bien plus éclairé que celui qui nous avait présenté Mille excuses Milady en 2009. Ce dernier, qui s’est installé comme un de mes favoris dans l’œuvre de Leloup, m’apparaît malgré tout comme un flot de boucane continue. Sur Mille excuses, l’art contrôle l’artiste tandis que sur Paradis City, l’auteur-compositeur-interprète contrôle son art et l’éclatement psychique qui fait de lui ce qu’il est.

Ce qui est intéressant avec ce dernier disque, c’est que Jean Leloup revient aux sources de sa composition. Il teinte ses textes de sa propre philosophie plus pure qu’elle ne le fut présentée auparavant. Également, il parvient à épurer les arrangements de sorte que l’on puisse se concentrer sur les textes sans pour autant en venir à oublier la musique qui les porte. Nous le savons, par le passé, Leloup, entre autres sous le pseudonyme de Johnny Guitare, était parvenu à nous démontrer quel excellent guitariste il est. Cependant, c’est sans dentelle et sans ornement qu’il concentre cette fois À Paradis City sur la force de ses compositions plutôt que sur les prouesses guitaristiques. Il est aussi important de noter que l’album n’a pas été conçu dans cette optique. Tout d’abord, les chansons avaient été arrangées d’un son plus contemporain, un son électronique. Puis, Leloup l’expliquait en entrevue, c’est à partir de ces arrangements que l’album fut retravaillé avec des musiciens pour en venir à ne garder que le nécessaire des arrangements électroniques. Par le nécessaire j’entends ici cette petite touche qui donne son unicité à l’album, je pense par exemple à la chanson Petit Papillon et à la présence dans celle-ci de claviers qui sonnent comme une voix distortionnée et qui ne peuvent que soutenir à merveille la triste histoire que nous raconte Jean Leloup.

À Paradis City est à mon avis un amalgame de chansons toutes plus appréciables les unes que les autres. Pour ma part, j’ai adoré Les Flamant Roses, mais c’est avec un sourire que j’ai particulièrement arrêté mon attention sur Voyageur. Ceux qui auront assisté au spectacle La Nuit des Confettis en 2013 s’en souviendront peut-être, Leloup agrémentait entre quelques chansons une ligne qui m’était restée longtemps dans la tête après ce spectacle : « Sombre est ta solitude voyageur/ pauvre guerrier sans pleur » Ces vers semblent s’être transformés peu à peu pour s’introduire magnifiquement vers la fin de Paradis City.

Je lève également mon chapeau à l’idée de Leloup d’ajouter à l’intérieur du cahier de textes de son album chacun des accords utilisés pour interpréter toutes les pièces de ce dernier opus. Peut-être cette tentative aura-t-elle déjà fait ses preuves chez d’autres artistes, c’est néanmoins la première fois que je peux en faire la constatation à l’achat d’une copie physique. Qu’il est agréable d’entendre le Wolf dire en entrevue qu’il préfère croire que les gens joueront ses chansons plutôt que de les écouter. S’il en est un qui a compris quelque chose à son art et qui nous l’offre chaque fois avec l’honnêteté d’être celui qu’il est, c’est bien Jean Leloup.

Bonne écoute!

LE PARLEUR

Advertisements

Dumas, éponyme pour une deuxième fois.

Il y a déjà plus de dix ans que l’auteur-compositeur-interprète Dumas a remporté le prix du festival de la chanson de Granby. Depuis, le Victoriavillois est parvenu à se réinventer à chaque parution dans une signature musicale bien à lui.

cover_Dumas

Auparavant, j’avais accordé une attention passagère à Dumas, sans pour autant me plonger dans son œuvre avec la volonté d’approfondir celle-ci. C’est après l’avoir vu en spectacle à la Saint-Jean-Baptiste que je finis par décider de me concentrer un peu plus sur cet artiste déjà depuis longtemps respecté dans le milieu. Convaincu d’avance, je me suis donc procuré il y a quelques semaines, son plus récent album, deuxième parution éponyme pour le chanteur.

Vaudou, c’est ainsi que s’intitule la première pièce de celle album dont la pochette cama à saveur 8bit a tout pour se faire remarquer dans le présentoir à disques. Les musiques qui nous introduisent à ce dernier opus nous montrent que Dumas est en plein dans l’air du temps et parvient à exploiter des sonorités électroniques toutes sauf abusives.

Il va de soi, à l’écoute de l’album, que Dumas, malgré la réputation qu’il a de s’enfermer hermétiquement en studio lorsque vient le temps de réaliser un disque, n’ignore pas ce qui se fait ailleurs qu’au Québec. À mon avis personnel, cet album démontre, d’une autre manière que Jimmy Hunt ou Nevsky, qu’il est possible de faire de la musique en français tout en explorant le style musical qui nous plait. En fait, 2014 en musique au Québec ne peut qu’annoncer cette émancipation que la musique francophone affirmera avec encore plus de force en 2015. Forêt, Hôtel Morphée, Dead Obies, Misteur Valaire et bien d’autres artistes et groupes d’artistes constituent les meilleurs exemples de l’unicité musicale au Québec. Avec plus d’expérience derrière la cravate, Dumas surfe sur cette vague allégrement et cet album s’assume à mon avis comme un album pleinement ancré en 2015 malgré sa date de sortie. Du moins, il ne sortira pas de mes listes de lectures de sitôt.

Enregistré aux Studio B et Studio Victor à Montréal, l’album est fièrement enraciné dans ce milieu culturellement bouillonnant. Néanmoins, c’est dans nulle autre ville que Londres que fut mixé Dumas par Stephen Sedgwick qui a entre autres travaillé avec l’excellent Damon Albarn. à l’écoute de pièce comme Anne Peebles, La nuit (amateur des 80’s, retenez ce titre) ou encore Sa Chambre, on ne peut que confirmer que cet album se devait d’être mixé par un britannique. Les sonorités fortement influencées par la brit-pop officient qu’il est possible de faire une musique bien québécoise tout en pigeant dans un répertoire d’influences international.

Les textes, écrits par Dumas lui-même accompagné d’Alexandre Soublière, vont en concordance avec ce qu’on est habitués d’entendre chez Dumas. Cependant, il me semble, à l’écoute de pièces telle que Silence Radio qu’une nouvelle honnêteté transparaît à travers la voix chanteur qui nous offre quelques lignes léchées toutes en poésie. Autant Dumas a travaillé sa musique de manière minimaliste que les textes peuvent parfois prendre d’étonnantes directions d’une sensibilité renversante qui n’ignorent certes pas certaines traditions de la chanson française.

Au final, c’est donc avec un album tout sauf fermé sur le monde que Dumas repartira en tournée. D’ailleurs, il est de mon impression que grâce à l’attention portée aux claviers sur cette deuxième parution éponyme, certaines chansons se feront très festives lors des spectacles. Bonne écoute, et bonne année 2015!

LE PARLEUR

Daniel Boucher, Toutte est temporaire.

Daniel-Boucher-Pochette-610x320

Six ans se sont maintenant écoulés depuis la parution de l’album Le Soleil est sorti de l’auteur-compositeur-interprète Daniel Boucher. Il faut s’avouer que bien des artistes nous habituent à des sorties d’albums bien régulières. Les projets se succèdent malgré tout pour le Gaspésien d’adoption, on a d’ailleurs pu le voir dans les comédies musicales Dracula et Les filles de Caleb ces dernières années. Il continuait aussi d’enchaîner quelques spectacles malgré l’absence d’album récent. J’avais eu l’occasion d’assister à un spectacle intime au théâtre de l’Anglicane de Lévis il y a deux ans. Aussi intéressants que furent ses projets, je n’en suis pas du moins content d’enfin pouvoir faire l’écoute de son plus récent projet Toutte est temporaire.

J’ai découvert Daniel Boucher il y a de ça bien des années, au temps de Dix Mille Matins, un album qui, malgré mon jeune âge de l’époque, conserve encore aujourd’hui une valeur émotionnelle importante en mon fort intérieur. Ainsi, c’est Dix mille matin qui est parvenu à me donner la piqure pour la musique qui se produit ici en français, trêve de légiférassions, venons en à Toutte est temporaire.

Honnête envers lui-même, Daniel Boucher ne s’est encore une fois pas pressé pour présenter à son public un album qui, tout en se collant solidement au bloc cohésif du reste de son œuvre, ne cherche pas non plus à reproduire la même formule indéfiniment. Générique n’est de toute évidence pas un qualificatif que l’on peut associer au compositeur de la presque légendaire Désise. Dans cette optique de ne pas presser la production d’un nouvel album, le mélodiste arrive à se réinventer dans une musique bien plus minimaliste que celle de l’exotique et psychédélique album La Patente. Malgré tout, certains morceaux conservent la lourdeur que possédaient des morceaux comme Silcone ou encore Ma croûte. Cette lourdeur se teinte particulièrement dans À ma place, un morceau qui tout en nous faisant hocher vigoureusement la tête, nous laisse réfléchir sur un texte qui soulève bien des questionnements. Toutte est temporaire m’a plongé dans une image de moi-même enfermé dans un chalet dépourvu d’électricité en plein hiver.

boucher

On a souvent accordé à Daniel Boucher le prestigieux titre de chansonnier. Au Québec, être un vrai chansonnier, c’est de porter sur ses épaules l’héritage des Félix Leclerc et Gilles Vigneault de ce monde. Depuis les quinze dernières années, il est évident que Daniel Boucher a convaincu le public de ce côté. La chanson Mont-Louis s’inscrit dans cette manière de manier la chanson pour en faire ressortir d’uniques histoires. Mont-Louis va nous remettre à l’esprit que l’amour et ses déboires peuvent encore être présentés avec originalité. On a droit à une ballade décalée de son cadre qui, à mon avis, nous montre que Boucher a appris de ses expériences en comédies musicales. Le morceau Granby s’introduit à nos oreilles dans cette même optique et constitue, à mon avis, une annonce très positive pour le futur de cet artiste déjà respecté qui va, j’en suis sur, rappeler au grand public la grande qualité de son travail sur son prochain album.

Le chanteur et guitariste va utiliser l’échantillonnage sur deux morceaux de Toutte est temporaire : La Langue et le simple Embarques-tu. La Langue réutilise un discours nationaliste d’Yvon Deschamps sur la francophonie. Ce morceau, interprété à la fête de la Saint-Jean-Baptiste du Parc Maisonneuve l’été dernier explicite de manière limpide les allégeances sociopolitiques de Boucher, qui ne s’est jamais caché pour parler de souveraineté. La chanson Embarques-tu utilise l’échantillonnage à la façon plus moderne. À l’aide d’un morceau des Karrick intitulé Je n’ai as de rose pour ta fête, Boucher parvient à recréer une chanson originale qui laisse en bouche un goût de la crème glacée molle présentée sur la pochette de l’album. Embarques-tu, c’est le kitsch et la réutilisation du vintage sonore à son meilleur.

À l’aise comme musicien autant que comme poète, Daniel Boucher a encore une fois su me convaincre de rester accroché à toute son œuvre avec ce nouvel album. Cependant, je reste malgré tout conscient que, comme Le Soleil est sorti, Toutte est temporaire n’est pas un nouveau Dix Mille Matins pour Boucher. Ses deux premiers albums restent ceux que j’utilise pour faire découvrir cet artiste à mon entourage.

Après quelques écoutes, c’est Salon Magique qui s’est avéré comme le meilleur souvenir auditif de Toutte est temporaire. Histoire racontée tout en blues, Salon magique explore l’onirisme et les expériences intérieures avec une musique d’une fluidité de rivière accompagné un texte qui touche autant au psychédélisme qu’à l’absurde.

Pour une quatrième fois, Daniel Boucher est parvenu à me faire réfléchir à l’aide de textes forts qui ne pourraient être écrits par un autre. Les musiques de l’album nous remettent en mémoire que Boucher est un musicien aux multiples talents qui, l’oreille audacieuse toujours à l’écoute des instrumentations, éprouve un grand plaisir à simplement jouer de la guitare. On retire de Toutte est temporaire (l’album comme la chanson), une volonté de vivre le moment présent bien plus en profondeur qu’avec l’éphémère devise yolo.

P.S. Ayant réussi à terminer mon article par yolo, je vous souhaite maintenant une bonne écoute!

LE PARLEUR

Folk : des racines traditionnelles à la diffusion moderniste.

keaton-henson-session

Dans les topos précédents, j’ai fait quelques courtes allusions à la diffusion du folk par internet et j’ai à un moment parlé des sessions d’enregistrement qu’on peut visionner directement sur youtube.

Ces sessions sont en effet de plus en plus populaires comme médiums de diffusion d’une musique qui ne demande pas trop d’équipement pour la reproduire. Ainsi, souvent on peut visionner de très talentueux artistes folk interpréter une ou plusieurs de leurs compositions dans la forêt, dans un parc ou encore dans un champ. Parfois, certaines session sont même filmées en plein milieu de la ville et les micros utilisés laissent passer le boucan de la ville. Dans certains cas, on peut se dire que c’est désagréable, mais souvent, le caractère humain de la performance en ressort grandi, ce qui est tout à l’avantage de certaines chansons. L’idée est en fait intéressante lorsque l’équipe de production choisit un endroit qui sied parfaitement à l’artiste.

Il me serait ici impossible de rendre compte de toutes ces sessions filmées, puis diffusées sur internet. Il y a de quoi s’y perdre! Ainsi, il est plutôt intéressant d’aborder le concept en général. De toute évidence, l’idée de base est de permettre aux internautes de découvrir des artistes qui ont peut être parfois un peu de difficulté à s’illustrer hors de leur milieu d’origine. Ici, je pense par exemple à Tom Klose, un auteur-compositeur-interprète allemand d’un talent indéniable qui joue un folk bien senti qui se fait héritage de Bob Dylan. Pour ma part, j’ai découvert Tom Klose grâce aux Berlin Sessions, des sessions d’enregistrement et de tournage qui ne font plus dans l’amateur; on est ici dans la quintessence de ce type de productions. J’utilise ici en exemple Tom Klose, mais grâce à ce canal youtube, j’ai également découvert d’autres groupes ou artistes qui pour certains, font maintenant partie de ma bibliothèque musicale.

Ce qui est aussi agréable à voir, c’est qu’une fois qu’un canal youtube de ce genre gagne en popularité, il utilise cette notoriété pour aller chercher des artistes un peu plus connus. Ceci qui leur permet d’augmenter significativement leur nombre de clics et ensuite permettre à encore plus de gens de découvrir des artistes émergents qui peut-être, sans ces sessions d’enregistrement, ne seraient pas parvenus à percer ailleurs que dans leur pays.

Certains canaux youtube comme celui des Berlin Session ou encore des Cardinal Sessions, étant donné leurs moyens clairement plus significatifs, sont également dotés d’un site web ou on peut aussi lire l’actualité musicale des artistes qui passent sous l’objectif de leurs caméras et on peut y lire des bloggeurs qui s’intéressent aux genres diffusés par chacun des canaux pour lesquels ils écrivent. D’un point de vue qualité, c’est extrêmement encourageant de voir que ce genre de site spécialisé existe, car le tri n’est même pas nécessaire, on saisit rapidement la touche unique de chacun de ces canaux de sessions pour décider de suivre un tel ou tel autre.

Il reste cependant que le meilleur moyen de faire des découvertes et de suivre un canal qui nous ressemble, c’est d’en explorer quelques uns. Je vous laisse donc ici avec quelques liens de performances que j’affectionne particulièrement, vous pourrez ainsi vous faire une idée de la chose. Bonne écoute!

LE PARLEUR

Cardinal Sessions

Enregistrées en Europe, les Cardinal Sessions font pas mal promener l’équipe de tournage puisque les points d’enregistrements sont souvent assez variés. C’est une maison de production qui se veut assez populaire dans ce genre de réalisations. Le folk est bien sur sa spécialité. Les Cardinal Sessions nous offrent de très bons rendus techniques qui nous permettent de coller une ambiance visuelle assez agréable à des musiques qui le sont tout autant.

Ici, vous pouvez écouter et regarder une performance extrêmement sensible de Keaton Henson qui nous interprète 10 am Gare du Nord de manière très épurée sur une magnifique guitare Guild à douze cordes :

Mahogany Sessions

Sur ce canal, on a droit à énormément de variété. Les sessions ne se concentrent pas uniquement sur le folk, mais sur les performances acoustiques en général. Une bonne occasion d’assister à des versions épurées de vos artistes favoris, puisque des gros noms tel que Passenger passent parfois par les Mahogany sessions.

Une de mes découvertes de l’année 2014, Rachel Sermanni. Merci aux Mahogany Sessions qui m’ont permis d’entendre cette auteure-compositrice écossaise qui se veut à la fois une excellente parolière et une guitariste au talent évident :

Berlin Sessions

On a ici droit à des productions allemandes de qualité qui nous montrent que les Allemands sont fiers du folk qui se fait chez eux. On peut aussi visionner des captations live d’artistes qui passent par Berlin. Par contre, c’est vraiment pour découvrir ce qui se fait en Allemagne que je vous suggère ce canal.

Les Berlin Sessions m’ont permis de découvrir énormément d’artistes, j’ai plus tôt parlé de Tom Klose, mais je vous laisse ici le lien vers une performance d’un groupe de folk assez traditionnel, Ewert and the Two Dragons :

 

Gondola Sessions

Un concept à coup sur unique. Chaque performance filmée sur ce canal se veut réalisée dans une cabine de téléphérique. Des artistes d’un peu partout, bien des styles de folk. Je vous laisse ici avec James Bay, qui sait bien mélanger folk, blues et country :

Tabarnakoustic

En terminant, des sessions bien d’ici pour des artistes également d’ici, on ne peut donc pas trop en envier aux Européens, puisqu’on a également notre médium de découvertes musicales de ce genre ici, au Québec!

Folk : mémoire, racines et traditions.

 

vent du nord

Au fondement de tout, je crois cependant avec fermeté que ce qui tient le folk encore aussi vivant en 2014 réside dans ses racines.

En effet, comme le blues constitue l’origine même du rock, le folk quant à lui va chercher son essence dans la musique traditionnelle. Par musique traditionnelle, on entend bien sur une musique se voulant ancrée profondément dans la mémoire collective d’un peuple donné. Ainsi, il est fort probable que le son d’un artiste ou d’un groupe folk sera influencé par l’endroit d’où il provient. De ce fait, le folk écossais ira chercher ses sources de construction musicale dans une tradition purement écossaise comme le fera le folk américain ou encore le folk allemand (pays où on peut d’ailleurs remarquer une scène folk extrêmement importante à travers les maintes sessions internet provenant de là-bas, mais nous y reviendrons plus tard). Les racines sont donc sans aucun doute importantes pour le folk, ce qui mène (cause à effet ici) rapidement à constater que la musique folk moderne et la musique traditionnelle de bien des pays parviennent à vivre en symbiose et harmonie, à la joie de bien des amateurs d’une musique « faite comme dans l’temps ». Est-ce que ce processus est fait consciemment? Je ne crois pas. Mon opinion se dirige plutôt dans un sens différent. La musique folk est à mon avis plutôt produite par des artistes qui ne pensent pas trop à ce qu’ils font, mais qui le font tout simplement et ce, de manière très honnête. Une bonne chanson folk peut se résumer à une structure musicale simple, facteur directement relié à la musique traditionnelle, et s’attacher à un texte bien senti. Ainsi, on a devant nous l’artiste, sa guitare, sa voix et ses mots, il ne suffit de rien d’autre pour savoir apprécier ce genre musical, et c’est ce qui le rend merveilleux.

Dans cet ouragan de guitares acoustiques et de voix nasillardes, il est plutôt intéressant de se pencher sur le cas du Québec. Effectivement, encore un fois, on ressort du lot ici. Selon certains ce pourrait être pour le mieux, mais selon d’autres, et j’en fais partie, c’est plutôt en mal. M’intéressant au folk, mon esprit mélomane n’a pu s’empêcher de creuser jusque dans la tradition musicale de bien des pays, dont font partie l’Écosse (dans mon cœur c’est un pays bon), l’Irlande et bien sur notre magnifique Québec. Ce qui est troublant au Québec, c’est que la musique traditionnelle est relayée au second plan de la culture populaire. L’esprit du québécois moyen lorsqu’il pense à musique traditionnelle fera une analogie douteuse entre celle-ci et le reel de violon de cabane à sucre. Ce sont effectivement tous des facteurs entre lesquels il semble évident d’établir un réseau. Cependant, la musique traditionnelle bien d’ici a pourtant tellement plus à offrir ; de la sensibilité, de la lenteur, de magnifiques histoires chantées ainsi qu’un pied dans une histoire qu’on tend malheureusement parfois à trop oublier. Je ne changerai par contre pas le monde dans cet article. Ainsi, je vous laisse sur cette pensée en vous encourageant à continuer de faire vivre folk et trad. pour le meilleur des artistes, de leurs chansons et de la musique elle-même.

LE PARLEUR

Un inconnu, une critique.

L’idée c’est de choisir un album qui nous est inconnu.  De l’album qu’on a jamais osé écouter à l’album qu’on a toujours mis de côté en passant par ces EP cachés et groupes inconnus qu’on retrouve sur les internets.  Aujourd’hui c’est le groupe The Urban Indians et leur album éponyme qui remporte le tirage au sort!  Je ne les connais pas, ayant fait l’acquisition de leur album par sélection abusive sur la liste Poulet Neige.   (Une étiquette de disques québécoises qui distribue des cadeaux de noël en musiques d’ici!)  Je le vois traîner depuis longtemps dans ma bibliothèque iTunes.  Une belle pochette, un nom attirant, j’ai tout de suite trouvé le choix idéal pour essayer mon nouveau jeu!  J’écris donc ces lignes pendant ma première écoute de l’album.

a1029518688_2

Déjà je suis surpris au commencement de la première piste, Running Home.  Je m’imagine un groupe à la Keane ou à la Kings of Leon, voir même Interpol.  Le piano est mis en premier plan, un rythme de drum entraînant et une voix mélodique et chaleureuse l’accompagnent.  Cette première piste a réellement ce petit quelque chose qui nous donne envie d’écouter tout ce qui suivra.  Purple, Gold and Green, un second titre intéressant.  Je me mets donc à spéculer sur la provenance du groupe, je vote pour Montréal!  Un style ambiant avec de fortes influences jazz, c’est ce que nous sert le groupe The Urban Indians déjà dans ces trois premières pièces.

Je me permet alors quelques recherches rapides qui m’en apprennent très peu sur le band.  Quatre gars qui forment un groupe de Montréal avec une petite description mélancolique.  Dans la vie comme dans leur musique, The Urban Indians semble être un groupe qui désire faire durer les mystères.  Chaque piste amène sa petite touche à cet album.  5 chansons très différentes mais qui s’assemblent à merveille.  La dernière s’intitule Urban Indian tout simplement, et en effet elle décrit bien la chanson qui représente le plus tout les aspects du groupe.

Je suis très satisfait de la tournure de cette nouvelle idée.  Me forcer à critiquer un album dès sa première écoute et me forcer à écouter quelque chose que je n’osais pas écouter depuis trop longtemps.  The Urban Indians feront certainement partie mes prochains coups de coeur.  Un groupe d’ici très intéressant pour tout amateur de indie ambiant à souhait!  Je retenterai certainement l’expérience de “Un album, Une critique” prochainement!  Nous passons trop souvent à côté de très bons produis d’ici, malheureusement la concurrence mondiale est forte et très accessible.  Mais c’est ce qui fait la beauté de l’industrie de la musique, qui ne cessera d’évoluer avec les années.

LE FRÈRE

Je vous laisse ici le lien vers Poulet Neige: http://pouletneige.com/

Et un autre vers le bandcamp de The Urban Indians: http://theurbanindians.bandcamp.com/

Leur album est disponible en name your price!

27 fois l’aurore : une évolution en beauté pour Salomé Leclerc

Salomé

Salomé Leclerc avait déjà su imposer un son bien unique à elle en 2011 avec Sous les arbres. Elle nous relance aujourd’hui avec 27 fois l’aurore dans la chaleur tourmenteuse d’un album qui nous montre que l’art d’écrire des chansons, c’est aussi l’art de savoir évoluer avec élégance.

Cette dernière parution de Salomé Leclerc, vient pour moi s’enraciner bien profondément dans la définition ce que qui se fait de mieux ici. Autant elle arrive à aller chercher avec la portion folk de sa musique quelque ressemblance avec le vétéran respecté de tous Daniel Bélanger, autant elle parvient à s’illustrer avec un son bien moderne qui saura plaire aux fans de Jimmy Hunt ou encore aux nostalgiques d’un Karkwa qui nous a quitté en beauté.

Arlon, le single sur 27 fois l’aurore, nous expose rapidement à ce qu’a tenté d’explorer Salomé Leclerc sur ce deuxième album. Lorsque Sous les arbres nous faisait se pencher plus près d’un folk langoureux, on se laisse cette fois-ci tomber jusqu’à s’en échapper l’âme dans des arrangements électroniques minimalistes qui viennent élargir la voix rauque de l’auteure-compositrice jusqu’à des démesures toutes en finesse.

Il reste assez limpide que Leclerc aime travailler des textes bien léchés qui pourraient, à mon avis bien personnel, se lire dans un recueil de poésie auquel on aurait retiré toute musique. Par contre, et c’est là que cette artiste vient prendre sa place sur la scène québécoise (et francophone en général), les textes vaporeux ne viennent pas prendre la place de la musique, et la musique ne vient pas non plus prendre la place des textes. En fait, ces musiques forts bien écrites et les mélodies de 27 fois l’aurore semblent d’elles-mêmes venir se coller à la poésie enveloppante de tout l’album. Personnellement, il me semble que la chanson Devant les canons s’affirme comme un des meilleurs exemples de ce mélange entre une poésie pure, moderne et audacieuse, et une musique où les arrangements léchés viennent accompagner celle-ci à la perfection. Pour les arrangements, on remercie d’ailleurs le très productif Philippe Brault (Random Recipe, Pierre Lapointe) d’avoir accompagnée la chanteuse dans la réalisation de ce deuxième album. Tout est extrêmement bien équilibré, même dans les déséquilibres.

27 fois l’aurore est un album que j’attendais depuis un moment, et je dois avouer qu’il représente déjà pour moi toutes ces musiques qui viennent si bien nous convaincre que les textes de chanson se font parfois véritable littérature. L’album prend place sur mon étagère entre Karkwa et Douze Hommes Rapaillés sans trop s’éloigner de Jimmy Hunt et de Martin Léon, c’est donc dire que Salomé Leclerc écrit une musique qui s’accole bien à la liste de celles qui me rendent fier de ce qui se fait ici.

Merci pour le bel album d’automne.

P.S. La chanson Arlon se retrouve également sur la compilation Trente d’Audiogram, l’interprétation en vaut le détour!

LE PARLEUR