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Jessica Pratt – On Your Own Love Again

En janvier dernier, Jessica Pratt nous livrait son deuxième effort, titré On Your Own Love Again. L’artiste américaine y présente de nouveau un folk honnête et contemplatif dans une formule épurée dont la voix et la guitare tiennent les rênes. L’ensemble est coiffé de délicates touches de synthétiseur en arrière-plan, qui viennent nourrir le caractère onirique et atemporel de l’album.

Dès les premières notes, l’artiste nous confine dans un havre de quiétude et de solitude. Wrong Hand ouvre le bal avec une ligne de guitare hypnotique, itérative sur laquelle la chanteuse perche une mélodie galopante. Le doux picking de Pratt se rapproche de la harpe par sa délicatesse.

C’est sur Game That I Play qu’on voit toute l’habilité de Pratt à reproduire une atmosphère. L’inquiétude et le réconfort s’y côtoient joliment avec une alternance perpétuelle. Le fredonnement qui constelle la pièce fait naître les notes d’angoisse, alors qu’on est bercé lors des paroles par la voix sereine et pincée de la chanteuse. La pièce se conclut sur un passage psychédélique dont le tempo croissant fait honneur à l’étiquette freak folk qu’on acolle parfois à l’artiste.

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Sur Strange Melody, Pratt parvient à bâtir une tension croissante, tension qu’elle entrecoupe de revirements mélodiques évoquant l’espoir. La facilité avec laquelle la mélodie est transformée au cours de la pièce à coup de cassures contribue à lui donner un fort caractère narratif. Même l’harmonie de superposition de voix turlutantes semble avoir quelque chose à raconter. Les paroles sont chargées d’émotion ; des vers comme «Were you coming to me to tell me you’re a man?» ou «But I see that you’re leaving, what can I say?» montrent la force de l’ébranlement qui est retenue dans la voix sereine et confiante de l’artiste.

Le morceau qui enchaîne constitue un moment fort de l’opus. Greycedes est plus entraînante que les pièces précédentes, par son rythme et par la présence de deux guitares. Ces dernières sont légèrement décalées l’une de l’autre et aussi des paroles à leur commencement, ce qui crée un bel effet.

Moon Dude, qui suit, est une pièce plus posée, mais non moins émotive. Pratt y étale toutes les qualités de sa voix, que ce soit son registre étendu, son suave trémolo ou son nasillement délicat. L’auteure parvient encore un fois à nous faire vivre une palette d’émotions tout en demeurant dans le cadre restreint de la douceur et du dépouillement.

La façon dont l’artiste fait fausser sa guitare vers la fin de Jacquelyn in the Background vient dévoiler une autre facette de l’œuvre de Pratt, à savoir son âpreté. L’album est parsemé de ces petits moments d’inharmonie qui lui donnent de la rugosité. On retrouve aussi ce genre d’accroc à l’aube de I’ve Got a Feeling, qui se construit sur une ligne de guitare discordante et sèche. La conclusion de cette piste, comme certains autres passages, n’est pas sans rappeler également les constructions mélodiques de Genesis à ces débuts, comme dans la pièce Supper’s Ready. L’analogie s’arrête là toutefois; l’ambiance et le style qui caractérisent la musique de Pratt se détachent totalement du rock progressif de Peter Gabriel et de ses acolytes.

Back Baby est probablement la pièce la plus accessible du lot. Son climat est en continuité avec le reste des morceaux, mais la guitare y est plus rythmée, la voix plus résolue, la mélodie plus rapide. La pièce définitive est pour moi la principale déception de l’opus. Il s’agit d’une balade d’une minute et demi sans véritable saveur et qui jure avec le climat mélancolique et introspectif précédemment installé.

En conclusion, Jessica Pratt nous démontre sur cet opus qu’elle connaît ses qualités et sait bien les exploiter. Même si les critiques la rapprochent des grandes dames du folk comme Joni Mitchell et Joan Baez ou établissent une parenté entre son univers lyrique et celui du groupe Fleet Foxes, Pratt réussit avec On Your Own Love Again à asseoir les frontières de son propre style. Si le caractère répétitif et uniforme des chansons peut sembler une faiblesse sur cet album, il constitue également sa grande force, puisqu’il lui donne sa cohésion et vient étoffer son atmosphère. Quand on apprend que Pratt a composé les neuf pistes en confinement dans son appartement, simplement outillée de sa guitare, d’un magnétoscope et d’un peu de re-recording, on comprend d’abord le sentiment d’exil et d’introspection qui s’en dégage, mais on constate surtout que la simplicité, par le défi de la restriction, permet parfois de dévoiler encore plus tout le talent de composition et d’interprétation d’une artiste.

Le Nautonier

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Mon buzz 2014? Broken Bells.

L’année tire déjà à sa fin, on en vient a se poser plusieurs questions et même pour certain a planifier de futures résolutions, celles passés étant déjà passé dans l’oubli.  Pour ma part, je ne me rappel même plus si j’en avais prises!  On retrouve par les temps qui court plusieurs top10 des meilleurs albums de l’année, ou les meilleurs albums à venir en 2015.  Une chose est sur, on a été royalement servie en 2014 et la prochaine année s’annonce assez lucrative.  Pour ma part je ne tenterai pas de déterminer quels albums mériteraient d’être dans une tel liste.  Plusieurs albums furent joué sur repeat dans mon lecteur, au grand malheur de ma copine qui a parfois voulu m’arracher la tête à force d’entendre souvent les mêmes chansons…  Un album en particulier marqua plusieurs grands moments de mon année 2014, After The Disco du groupe Californien Broken Bells.

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Des moments triste de l’année aux bons moments, c’est assurément le seul album qui s’avéra m’accompagner tout au long de mes aventures (et mésaventures…).  Je les ai découvert beaucoup trop tard a mon goût, peu après la sortie de leur second album en Février passé.  Composé du producteur Brian Burton, plus connu sous le nom de Danger Mouse (U2, The Black Keys, Sparklehorse) et du chanteur du groupe The Shins, James Mercer, Broken Bells est selon moi difficilement classable dans une catégorie précise.  À la fois très indie rock, la touche expérimentale du groupe a quelque chose de peu commune, joignant facilement l’électronique à une guitare sèche très simpliste.  Grossièrement, ce duo très profond livre une ambiance qu’on retrouve dans peu d’autres projets.

Dès les premières minutes de l’album, Perfect World nous annonce assez bien ce à quoi on aura droit.  C’est la voix très monotone de James Mercer qui donne le ton à cet album, accompagné des rythmes de Danger Mouse, cette monotonie se transforme alors en une énergie saisissante.  C’est néanmoins dans la pièce After The Disco qu’on comprend tout le sens de ce mix inhabituel.  Lorsque James Mercer montre tout le registre de voix qu’il possède, encore une fois on ne décroche pas de ces rythmes qui restent encrés dans notre tête.  L’une des pièces fortes de l’album, Leave It Alone, un hymne émotionnel captivant à souhait, sans contredits l’une des meilleurs compositions du duo.

Broken-Bells

On ressent énormément la vibe de Danger Mouse sur After The Disco, tel qu’on a pu le sentir également sur Turn Blue, le plus récent opus des Black Keys ou sur la dernière parution de U2, Songs of Innocence.  C’est le son typique du producteur, poussé à son maximum, démontrant très clairement ce qu’il a amené dans ses collaborations avec des groupes très imposants.

‘’Give it up, give it up, you lost control

Cause nothing stays around too long’’

Ce qui me fascine le plus de Broken Bells c’est sans doute leur capacité à créer des rythmes qui accompagnent parfaitement les thèmes abordés, on peut facilement comprendre ce qu’ils ressentaient en enregistrant la pièce.  La pièce Control reflète parfaitement cette capacité que les deux musiciens exploitent tout au long de l’oeuvre.  Le même principe se retrouvera sur la fin d’un album qu’on apprend à découvrir à chaque nouvelle écoute.  Les pistes The Angel And The Fool et The Remains Of Rock & Roll concluent à merveille cette épopée d’un groupe qu’on entendra assurément davantage parler dans les prochaines années.  J’attends déjà avec impatience leur prochain album, moi qui doit avoir écouter After The Disco une bonne centaine de fois cette année!

Je profites de ces quelques lignes de probablement ma dernière publication de l’année (peut-être l’avant-dernière…) pour vous inviter à nous transmettre vos buzz de l’année, la musique qui vous a fait tripper plus que tout!  Mais principalement, faites-nous découvrir des choses!  Qu’est-ce qui attends correspondancesblog en 2015?  On espère plusieurs articles, encore davantage de critique Live, peut-être de nouveaux collaborateurs?  On a énormément de plaisir à écrire et avons plusieurs projets en tête pour la suite!

LE FRÈRE

 

The Beaches.

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S’il y a un band Canadien qui selon moi a le potentiel de devenir un phénomène indie d’ampleur dans le futur, c’est bien le quatuor féminin The Beaches.  Je m’attarderai aujourd’hui à la critique de leur premier mini-album éponyme paru en 2013 et produit par nul autre que Raine Maida.  The Beaches fait parti du grand mouvement Indie Rock qui s’est emparé de nos oreilles il y a déjà plusieurs années et qui ne cesse depuis de prendre une importance inévitable.

Dès le début de l’album, c’est la pièce Loner qui a la tâche d’attirer notre attention, tâche très importante lorsqu’il s’agit d’un premier album.  La première pièce sera décisive à savoir si les gens retiendront le nom du groupe ou non.  Un son très lourd porté par la voix de Jordan Miller, ce qui apporte un contraste très intéressant, une marque bien particulière qu’on voit trop peu souvent.  Les mêmes sonorités suivent sur Absolutely Nothing, accompagné de back vocals très féminins et entraînants.  The Beaches offre un son contenant beaucoup d’influences blues utilisé de manière très rock n’ roll, voire même quelques influences hard rock très intéressantes.

C’est en créant un son propre à elles que le quatuor féminin réussit à se démarquer sur le marché.  Bien que leurs influences plongent énormément dans un son plutôt lourd et pesant, elles amènent le tout de manière très structurée, ce qui permet de faire ressortir le vocal au premier plan.  Comme on peut le voir sur Boy Wonder, les back vocals amenés par les musiciennes sont toujours très entraînants et importants.

C’est la pièce Youth Lament qui retient mon attention particulière.  Son côté simpliste permet de savourer le chant de Jordan Miller à son meilleur.  L’album se conclue sur les pièces Kids et Wanna Know, deux pièces très vivantes qui nous font découvrir un autre genre de son qui pourra nous être offert dans le future par The Beaches.  À ce moment on comprend encore mieux la pertinence de Youth Lament à la mi-album, créant le pont parfait entre deux genres de pièces qui peuvent maintenant se retrouver à la perfection.

Prenez note que The Beaches seront de passage à Montréal le 4 Décembre prochain au Divan Orange dans le cadre d’une tournée Canadienne en compagnie du groupe The Mohrs, également un groupe Canadien qui est représenté par une voix féminine.  Vous verrez probablement la critique de ce spectacle paraître sur le blog en début Décembre!

LE FRÈRE

http://www.thebeachesband.com/