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Fred Pellerin : de Peigne et de Misère en Mauricie.

DE PEIGNE ET DE MISERE (Fred Pellerin 2013)

La qualité de son oeuvre est depuis bien des années indiscutable. L’aspect unique de son art recyclant les plus vieilles traditions québécoises et l’imaginaire collectif vient s’imprégner en nous et nous buvons gaiement ses paroles pour décrocher allégrement de notre réalité.

C’est avec de hautes attentes que je savais comblées d’avance que je me rendais, le 29 octobre, à la salle J.A. Thompson pour assister à une des nombreuses représentations du spectacle De peigne et de misère du conteur/poète/musicien Fred Pellerin.

Sans cérémonie, le résident le plus connu de Saint-Élie-de-Caxton s’est avancé sur la scène pour s’asseoir sur une vieille chaise en bois qui constitue, entourée de sa guitare et de son accordéon, tout le matériel dont il a besoin pour nous présenter son spectacle. Dès lors, on pouvait sentir que le public était déjà conquis par un conte qu’il saurait des plus divertissants. Après une brève introduction, le conteur nous pousse déjà la chansonnette avec Au Commencement du Monde, une interprétation d’une pièce de David Portelance. Ce morceau, réapproprié par Pellerin, dresse le ton principal du conte, qui commence à la création elle-même pour se terminer le soir de la fin du monde. Cette fin du monde, le conteur nous l’expose dans le monde clos du Saint-Élie de ses légendes. De toute évidence, Pellerin aime l’hyperbole. C’est d’ailleurs ce qui impressionne chez-lui : l’apport de grandiose aux petites choses qui font du Québec ce qu’il est; la grande histoire des petites histoires.

Comme on peut s’y attendre, la poésie orale de Pellerin nous transporte avec allégresse à l’intérieur de « sous-contes » qui tous se relient au canevas initial. On explore une fois de plus la version imaginaire de ce village où résident les maintenant légendaires personnages tels que le Forgeron Riopelle, le vendeur de bière su’a slide Toussaint Brodeur ou encore, le principal concerner dans De Peigne et de Misère, Méo le coiffeur.

accordeon

C’est en jouant brillamment avec les mots et en improvisant à maints moments du spectacle que Fred Pellerin traite de sujets tels que l’amour, la mort, l’environnement ou encore la vie en société et ce, toujours en humour. En fait, il est bien des spectacles d’humour auxquels j’ai assisté qui ne parvenaient pas à soulever autant de rires que ceux que le conteur parvient à recueillir grâce à sa manière certes intelligente et inusitée de jouer avec les mots. Pellerin parvient également à jouer avec les émotions des spectateurs dans un rythme absolument renversant de justesse. Ainsi, on peut rire à un moment, puis écouter sans dire mot à un autre pour ensuite presque pleurer à la fin du spectacle, lorsqu’il introduit la mélancolique Nous Aurons de Richard Desjardins, qu’il interprète à l’accordéon.

Au point final du spectacle, il est inévitable de ne pas s’incliner devant les talents de conteurs de Fred Pellerin. Sa manière de jouer avec la langue impressionne à chaque fois. Cependant, on réalise en spectacle que ses interprétations musicales, insérées à des moments clés de la représentation, nous permettent de reconnaître en Pellerin un musicien de tradition québécoise d’un talent certains. Je vous invite d’ailleurs à écouter ses albums, mais également d’écouter l’album réalisé par Jeannot Lemieux où Fred et Nicolas Pellerin revisitent d’excellents morceaux de la tradition québécoise.

Fred Pellerin parvient à nous faire sentir, à la sortie de la salle de spectacle, fiers de nos origines. Je crois d’ailleurs que c’est l’un des points les plus importants que va nous amener le souvenir d’un spectacle de cet artiste. Tout son art est lié, comme je l’ai mentionné plus haut, aux racines de ce qui nous constitue comme peuple et c’est là, le génie d’un conteur qui a de toute évidence à cœur la fierté nationale et la mémoire collective.

LE PARLEUR

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Folk : des racines traditionnelles à la diffusion moderniste.

keaton-henson-session

Dans les topos précédents, j’ai fait quelques courtes allusions à la diffusion du folk par internet et j’ai à un moment parlé des sessions d’enregistrement qu’on peut visionner directement sur youtube.

Ces sessions sont en effet de plus en plus populaires comme médiums de diffusion d’une musique qui ne demande pas trop d’équipement pour la reproduire. Ainsi, souvent on peut visionner de très talentueux artistes folk interpréter une ou plusieurs de leurs compositions dans la forêt, dans un parc ou encore dans un champ. Parfois, certaines session sont même filmées en plein milieu de la ville et les micros utilisés laissent passer le boucan de la ville. Dans certains cas, on peut se dire que c’est désagréable, mais souvent, le caractère humain de la performance en ressort grandi, ce qui est tout à l’avantage de certaines chansons. L’idée est en fait intéressante lorsque l’équipe de production choisit un endroit qui sied parfaitement à l’artiste.

Il me serait ici impossible de rendre compte de toutes ces sessions filmées, puis diffusées sur internet. Il y a de quoi s’y perdre! Ainsi, il est plutôt intéressant d’aborder le concept en général. De toute évidence, l’idée de base est de permettre aux internautes de découvrir des artistes qui ont peut être parfois un peu de difficulté à s’illustrer hors de leur milieu d’origine. Ici, je pense par exemple à Tom Klose, un auteur-compositeur-interprète allemand d’un talent indéniable qui joue un folk bien senti qui se fait héritage de Bob Dylan. Pour ma part, j’ai découvert Tom Klose grâce aux Berlin Sessions, des sessions d’enregistrement et de tournage qui ne font plus dans l’amateur; on est ici dans la quintessence de ce type de productions. J’utilise ici en exemple Tom Klose, mais grâce à ce canal youtube, j’ai également découvert d’autres groupes ou artistes qui pour certains, font maintenant partie de ma bibliothèque musicale.

Ce qui est aussi agréable à voir, c’est qu’une fois qu’un canal youtube de ce genre gagne en popularité, il utilise cette notoriété pour aller chercher des artistes un peu plus connus. Ceci qui leur permet d’augmenter significativement leur nombre de clics et ensuite permettre à encore plus de gens de découvrir des artistes émergents qui peut-être, sans ces sessions d’enregistrement, ne seraient pas parvenus à percer ailleurs que dans leur pays.

Certains canaux youtube comme celui des Berlin Session ou encore des Cardinal Sessions, étant donné leurs moyens clairement plus significatifs, sont également dotés d’un site web ou on peut aussi lire l’actualité musicale des artistes qui passent sous l’objectif de leurs caméras et on peut y lire des bloggeurs qui s’intéressent aux genres diffusés par chacun des canaux pour lesquels ils écrivent. D’un point de vue qualité, c’est extrêmement encourageant de voir que ce genre de site spécialisé existe, car le tri n’est même pas nécessaire, on saisit rapidement la touche unique de chacun de ces canaux de sessions pour décider de suivre un tel ou tel autre.

Il reste cependant que le meilleur moyen de faire des découvertes et de suivre un canal qui nous ressemble, c’est d’en explorer quelques uns. Je vous laisse donc ici avec quelques liens de performances que j’affectionne particulièrement, vous pourrez ainsi vous faire une idée de la chose. Bonne écoute!

LE PARLEUR

Cardinal Sessions

Enregistrées en Europe, les Cardinal Sessions font pas mal promener l’équipe de tournage puisque les points d’enregistrements sont souvent assez variés. C’est une maison de production qui se veut assez populaire dans ce genre de réalisations. Le folk est bien sur sa spécialité. Les Cardinal Sessions nous offrent de très bons rendus techniques qui nous permettent de coller une ambiance visuelle assez agréable à des musiques qui le sont tout autant.

Ici, vous pouvez écouter et regarder une performance extrêmement sensible de Keaton Henson qui nous interprète 10 am Gare du Nord de manière très épurée sur une magnifique guitare Guild à douze cordes :

Mahogany Sessions

Sur ce canal, on a droit à énormément de variété. Les sessions ne se concentrent pas uniquement sur le folk, mais sur les performances acoustiques en général. Une bonne occasion d’assister à des versions épurées de vos artistes favoris, puisque des gros noms tel que Passenger passent parfois par les Mahogany sessions.

Une de mes découvertes de l’année 2014, Rachel Sermanni. Merci aux Mahogany Sessions qui m’ont permis d’entendre cette auteure-compositrice écossaise qui se veut à la fois une excellente parolière et une guitariste au talent évident :

Berlin Sessions

On a ici droit à des productions allemandes de qualité qui nous montrent que les Allemands sont fiers du folk qui se fait chez eux. On peut aussi visionner des captations live d’artistes qui passent par Berlin. Par contre, c’est vraiment pour découvrir ce qui se fait en Allemagne que je vous suggère ce canal.

Les Berlin Sessions m’ont permis de découvrir énormément d’artistes, j’ai plus tôt parlé de Tom Klose, mais je vous laisse ici le lien vers une performance d’un groupe de folk assez traditionnel, Ewert and the Two Dragons :

 

Gondola Sessions

Un concept à coup sur unique. Chaque performance filmée sur ce canal se veut réalisée dans une cabine de téléphérique. Des artistes d’un peu partout, bien des styles de folk. Je vous laisse ici avec James Bay, qui sait bien mélanger folk, blues et country :

Tabarnakoustic

En terminant, des sessions bien d’ici pour des artistes également d’ici, on ne peut donc pas trop en envier aux Européens, puisqu’on a également notre médium de découvertes musicales de ce genre ici, au Québec!

Folk : mémoire, racines et traditions.

 

vent du nord

Au fondement de tout, je crois cependant avec fermeté que ce qui tient le folk encore aussi vivant en 2014 réside dans ses racines.

En effet, comme le blues constitue l’origine même du rock, le folk quant à lui va chercher son essence dans la musique traditionnelle. Par musique traditionnelle, on entend bien sur une musique se voulant ancrée profondément dans la mémoire collective d’un peuple donné. Ainsi, il est fort probable que le son d’un artiste ou d’un groupe folk sera influencé par l’endroit d’où il provient. De ce fait, le folk écossais ira chercher ses sources de construction musicale dans une tradition purement écossaise comme le fera le folk américain ou encore le folk allemand (pays où on peut d’ailleurs remarquer une scène folk extrêmement importante à travers les maintes sessions internet provenant de là-bas, mais nous y reviendrons plus tard). Les racines sont donc sans aucun doute importantes pour le folk, ce qui mène (cause à effet ici) rapidement à constater que la musique folk moderne et la musique traditionnelle de bien des pays parviennent à vivre en symbiose et harmonie, à la joie de bien des amateurs d’une musique « faite comme dans l’temps ». Est-ce que ce processus est fait consciemment? Je ne crois pas. Mon opinion se dirige plutôt dans un sens différent. La musique folk est à mon avis plutôt produite par des artistes qui ne pensent pas trop à ce qu’ils font, mais qui le font tout simplement et ce, de manière très honnête. Une bonne chanson folk peut se résumer à une structure musicale simple, facteur directement relié à la musique traditionnelle, et s’attacher à un texte bien senti. Ainsi, on a devant nous l’artiste, sa guitare, sa voix et ses mots, il ne suffit de rien d’autre pour savoir apprécier ce genre musical, et c’est ce qui le rend merveilleux.

Dans cet ouragan de guitares acoustiques et de voix nasillardes, il est plutôt intéressant de se pencher sur le cas du Québec. Effectivement, encore un fois, on ressort du lot ici. Selon certains ce pourrait être pour le mieux, mais selon d’autres, et j’en fais partie, c’est plutôt en mal. M’intéressant au folk, mon esprit mélomane n’a pu s’empêcher de creuser jusque dans la tradition musicale de bien des pays, dont font partie l’Écosse (dans mon cœur c’est un pays bon), l’Irlande et bien sur notre magnifique Québec. Ce qui est troublant au Québec, c’est que la musique traditionnelle est relayée au second plan de la culture populaire. L’esprit du québécois moyen lorsqu’il pense à musique traditionnelle fera une analogie douteuse entre celle-ci et le reel de violon de cabane à sucre. Ce sont effectivement tous des facteurs entre lesquels il semble évident d’établir un réseau. Cependant, la musique traditionnelle bien d’ici a pourtant tellement plus à offrir ; de la sensibilité, de la lenteur, de magnifiques histoires chantées ainsi qu’un pied dans une histoire qu’on tend malheureusement parfois à trop oublier. Je ne changerai par contre pas le monde dans cet article. Ainsi, je vous laisse sur cette pensée en vous encourageant à continuer de faire vivre folk et trad. pour le meilleur des artistes, de leurs chansons et de la musique elle-même.

LE PARLEUR

27 fois l’aurore : une évolution en beauté pour Salomé Leclerc

Salomé

Salomé Leclerc avait déjà su imposer un son bien unique à elle en 2011 avec Sous les arbres. Elle nous relance aujourd’hui avec 27 fois l’aurore dans la chaleur tourmenteuse d’un album qui nous montre que l’art d’écrire des chansons, c’est aussi l’art de savoir évoluer avec élégance.

Cette dernière parution de Salomé Leclerc, vient pour moi s’enraciner bien profondément dans la définition ce que qui se fait de mieux ici. Autant elle arrive à aller chercher avec la portion folk de sa musique quelque ressemblance avec le vétéran respecté de tous Daniel Bélanger, autant elle parvient à s’illustrer avec un son bien moderne qui saura plaire aux fans de Jimmy Hunt ou encore aux nostalgiques d’un Karkwa qui nous a quitté en beauté.

Arlon, le single sur 27 fois l’aurore, nous expose rapidement à ce qu’a tenté d’explorer Salomé Leclerc sur ce deuxième album. Lorsque Sous les arbres nous faisait se pencher plus près d’un folk langoureux, on se laisse cette fois-ci tomber jusqu’à s’en échapper l’âme dans des arrangements électroniques minimalistes qui viennent élargir la voix rauque de l’auteure-compositrice jusqu’à des démesures toutes en finesse.

Il reste assez limpide que Leclerc aime travailler des textes bien léchés qui pourraient, à mon avis bien personnel, se lire dans un recueil de poésie auquel on aurait retiré toute musique. Par contre, et c’est là que cette artiste vient prendre sa place sur la scène québécoise (et francophone en général), les textes vaporeux ne viennent pas prendre la place de la musique, et la musique ne vient pas non plus prendre la place des textes. En fait, ces musiques forts bien écrites et les mélodies de 27 fois l’aurore semblent d’elles-mêmes venir se coller à la poésie enveloppante de tout l’album. Personnellement, il me semble que la chanson Devant les canons s’affirme comme un des meilleurs exemples de ce mélange entre une poésie pure, moderne et audacieuse, et une musique où les arrangements léchés viennent accompagner celle-ci à la perfection. Pour les arrangements, on remercie d’ailleurs le très productif Philippe Brault (Random Recipe, Pierre Lapointe) d’avoir accompagnée la chanteuse dans la réalisation de ce deuxième album. Tout est extrêmement bien équilibré, même dans les déséquilibres.

27 fois l’aurore est un album que j’attendais depuis un moment, et je dois avouer qu’il représente déjà pour moi toutes ces musiques qui viennent si bien nous convaincre que les textes de chanson se font parfois véritable littérature. L’album prend place sur mon étagère entre Karkwa et Douze Hommes Rapaillés sans trop s’éloigner de Jimmy Hunt et de Martin Léon, c’est donc dire que Salomé Leclerc écrit une musique qui s’accole bien à la liste de celles qui me rendent fier de ce qui se fait ici.

Merci pour le bel album d’automne.

P.S. La chanson Arlon se retrouve également sur la compilation Trente d’Audiogram, l’interprétation en vaut le détour!

LE PARLEUR

Folk : une musique profondément humaine.

folk music

Dans un monde où la technologie vient toujours nous submerger un peu plus, il est inévitable de ne pas se servir d’elle dans la production et la diffusion de la culture, c’est d’ailleurs grâce à celle-ci qu’il nous fut possible de mettre au point ce blogue en quelques clics. La musique n’échappe pas aux avancées technologiques elle non plus, et nous pouvons nous compter chanceux de cette tournure événementielle, puisqu’elle nous permet de constater qu’à peu près tous les genres musicaux s’épanouissent grâce à celle-ci. Bien évidemment, l’accessibilité à la création musicale et à l’enregistrement de cette forme d’art amène avec elle un flot continu de musique pour notre bon plaisir. Il faut donc l’accepter et savoir bien trier pour pouvoir apprécier le meilleur de ce qui se fait dans tel ou tel type de projet selon nos goûts personnels. La musique électronique est, à mon avis, une de celles dont les sous-genres bénéficient le plus de cette ouverture massive au monde que nous permet l’internet.

Dans un autre ordre d’idées, je tenais ici à vous parler du phénomène opposé qui prend forme depuis quelques années à mesure que les musiques dites technologiques prennent de l’ampleur; ce phénomène qui trouve sa voie sous la bannière respectable de la musique Folk.

En effet, c’est grâce aux internets, mais bien avant tout à leur talent qu’une quantité phénoménale de gratteux de guitare parviennent à se bâtir une notoriété tout en nous proposant des chansons qui auraient bien pu être écrites à une autre époque que la nôtre. Avant tout, voici que je me pose cette question : qu’est-ce qui produit ce phénomène d’engouement?

Bien sur, je n’ai pas la réponse à cette question puisque qu’il n’y en n’a pas vraiment d’autre que le simple amour d’une bonne chanson aux sonorités organiques. L’humain n’est pas encore un robot. Pour cette raison, il saura toujours apprécier ce folk qui, à mon avis, constitue une musique profondément humaine. De plus, il faut se dire que depuis que les Mitchell, Dylan, Simon & Garfunkel, Havens, Harmonium ou encore Piché de ce monde ont su établir des base solides au folk populaire, il est difficile de venir ensuite lui arracher ses lettres de noblesse. Il reste que malgré tout, celui-ci perdure avec beauté.  Analogie intéressante : on peut d’ailleurs trouver, comme dans la musique électronique, des tonnes de variantes dans ce genre qui; et c’est là ce qui vient créer toutes ces variétés, se veut une projection directe de la création de l’artiste qui performe.

Ce petit topo sur la musique folk s’en suivra dans un autre article sur les racines de ce genre indémodable! En attendant, laissons nous sur un classique d’un auteur-compositeur folk que nous connaissons tous bien.

LE PARLEUR

Jimmy Hunt : l’authenticité d’une musique visionnaire.

Maladie d'amour

 

Encore une fois, un article un peu tardif sur un album déjà paru il y a un moment. Par contre, c’est aussi un album qui vaut la peine qu’on y revienne pour continuer de propager cette bonne nouvelle musicale qui n’arrive pas encore malgré ses nombreuses qualités à venir capter l’attention du grand public; occupé à autre chose il faut croire. Entrons donc dans le vif du sujet.

Maladie d’amour, le dernier projet de Jimmy Hunt se veut un virage logique pour l’auteur-compositeur-interprète de Québec. Celui qui avait commencé sa carrière de musicien au sein du groupe Chocolat poursuit son exploration d’un son mélangeant le rock psychédélique à un folk unique en son genre qu’on retrouve sur son premier album homonyme.

Sur Maladie d’amour, il est évident dès le premier morceau, Antilope, que l’expérience d’écoute qui s’offre à nous n’est en aucun cas comparable à une grande quantité d’artistes francophones québécois, malgré certaines similitudes avec Gros Mené ou encore des envolées rock qui nous donnent l’impression d’écouter du Galaxie plongé dans un endormissement rêvasseur. Accompagné sur cet album d’une petite équipe assez disparate, la réalisation est signée Emmanuel Ethier. Ce qu’on nous offre ici comme album à la pochette audacieuse est une musique élaborée par un musicien et une équipe qui, de toute évidence, affectionnent particulièrement le travail d’arrangements léchés. D’ailleurs, c’est dans ce sens qu’on peut constater que cette musique bien québécoise est construite de manière britannique par ce souci de l’arrangement qui vient enrober magnifiquement des musiques à prime abord assez simples. Ainsi, l’utilisation des synthétiseurs se fait indispensable tout au long de Maladie d’amour et ce sont ceux-ci qui viennent créer, avec les textes, une cohésion extrêmement convaincante qui nous pousse très rapidement, à l’écoute du disque, à vouloir aller vivre l’expérience Jimmy Hunt en spectacle.

D’ailleurs, pour l’avoir expérimenté, il est clair comme du cristal que Maladie d’amour prend tout son sens en spectacle. Majoritairement présenté en petites salles, j’ai cependant eu la chance de constater tout le potentiel de cette musique sur les Plaines d’Abraham cet été en première partie du mémorable spectacle de Louis-Jean Cormier. En concert, j’ai constaté que ceux qui entourent Hunt sont sans l’ombre d’un doute des musiciens de talent. Il était, ce jour là, accompagné aux claviers par François Lafontaine, l’homme derrière les magistraux claviers d’un Karkwa dont il est si facile de s’ennuyer aujourd’hui.

Sur Maladie d’amour, l’auditeur se fait offrir un album aux guitares frôlant le rockabilly, lorsqu’elles ne se font pas elles-mêmes prêtresses d’un psychédélisme très bien maîtrisé. Le tout se veut solidement adossé à une batterie simple, mais très efficace. Ce genre de musique ne semble pas avoir besoin d’un ensemble de batterie à dix mille dollars pour nous convaincre. La basse sur Maladie d’amour se fait quant à elle porteuse d’une nostalgie new wave typiquement issue des années 80 tout en se faisant bien langoureuse pour rester connectée aux paroles vaporeuses et originales de Jimmy Hunt.

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                En effet, pour trouver une idée de vapeur dans un texte musical, on ne peut passer à côté des textes de Jimmy Hunt. Remplie d’une agréable condescendance et d’un soupçon d’arrogance, la poésie de Jimmy Hunt s’affiche comme hypnotisante par ses répétitions qui tournent en boucle dans des chansons comme Nos Corps, Antilope et Devant chez toi. Malgré l’accent assumé du Québécois, on ne peut pas renier l’aspect très Serge Gainsbourg de l’attitude que l’auteur-compositeur lie à ses texte.

Pour finir, souvenez-vous que Maladie d’amour est un album qui s’écoute avec des écouteurs et qu’il est important d’essayer, après quelques écoutes, de s’attarder aux textes minimalistes et imagés qui viennent justifier en eux-mêmes, toute l’ambiance d’un album solide dont les arrangements sont hors de tout doute un des points forts.

 

LE PARLEUR

Le lyrisme idyllique de Nick Drake.

 

Artiste:Nick Drake

Albums:
– Five Leaves Left
– Bryter Layter
– Pink Moon

Pour découvrir l’artiste :
– Northern Sky
– Things Behind The Sun
– Cello Song
– Pink Moon
– Hazey Jane I & II

Nick Drake livre

C’était l’hiver dernier, quand la folie de la fin de session universitaire commençait trop tôt à s’emparer de moi.
Nonchalamment, comme à chaque moment angoissant de ma vie, j’ai décidé d’aller m’acheter un disque, question de me donner une raison pour m’asseoir et faire mes travaux déjà trop procrastinés. C’est quand t’as pas trop d’argent et que tu veux quand même ramener un disque chez toi que tu décides de fouiller dans le bac de CD’s à 5$. Cette journée là, c’est la rétrospective Way to Blue (an Introduction to Nick Drake). Je n’avais alors strictement aucune idée de ce que je tenais entre mes mains, c’est toujours assez amusant de faire un achat à l’aveugle.

Ainsi, je reviens tout bonnement chez moi ma curiosité déjà éveillée par le nom des chansons que je peux lire derrière la pochette : River Man, Things Behind the Sun ou Pink Moon. Étrangement, ces seuls titres de chansons m’appellent énormément, comme si cette musique, mais lorsqu’elle n’est pas jouée, se voulait entourée de bonnes augures.
Aussitôt arrivé, je déballe le disque et l’insère dans le lecteur. À partir du moment où j’appuie sur play, tout s’explique. Dès les premières notes de Cello Song, je comprends avoir à faire avec un folk unique en son genre. Le jeu de guitare de Drake en open tuning à peu près impossible à déchiffrer sort clairement du cœur et de l’âme d’un artiste qui ne se base que sur lui-même pour écrire des musiques et des textes extrêmement prenants.
L’écoute de la compilation se poursuivit dans le calme et l’étonnement. Impossible pour moi à ce moment de faire quoi que ce soit d’autre que de m’asseoir et profiter de ces précieuses mélodies. La musique de Nick Drake vient mélanger à la perfection folk, jazz, blues et musique classique dans une poésie si mélancolique qu’on se surprend à y ressentir toute la tristesse de son auteur.

Cette tristesse je ne faisais que me la supposer, me figurer une émotion qui semblait transparaître dans cette musique qu’est celle de Nick Drake. Par contre, c’est quand j’ai fait quelques recherches un peu plus tard cette journée que j’ai compris que l’œuvre de Nick Drake est une plonge dans l’intimité même de cet artiste d’exception décédé en 1974.
Drake personnifie effectivement la figure du poète maudit dont l’œuvre se veut le reflet d’une profonde détresse intérieure. J’avais alors l’impression de pouvoir comparer sa tragédie à celle de Jim Morisson, de Kurt Cobain, d’André Fortin, etc. Cependant, ce qui vient éloigner Nick Drake de tous ces héros des temps modernes, c’est l’aspect « notoriété ». Contrairement à bien des « artistes déchus » tels que ceux que je viens de nommer plus haut, Nick Drake n’était en fait pas vraiment connu. Du moins, il ne l’était pas de son vivant.

Premièrement, Drake n’est pas arrivé à faire vendre beaucoup de copies de ses trois albums (Five Leaves Left, Bryter Layter et Pink Moon) pour deux raisons majeures. Nick Drake était un homme dépressif et asocial qui refusait de donner des entrevues et qui ne donnait que très peu de spectacles. Ainsi, il ne put s’attirer les faveurs des médias britanniques de l’époque.

Malgré tout, le temps fait parfois bien les choses et la musique de Nick Drake, décédé en 1974 deux ans après la sortie du maintenant mythique Pink Moon a su garder vivante la légende d’un artiste à la carrière éphémère. Il est d’ailleurs aujourd’hui cité par bien des artistes comme une influence majeure, on peut par exemple nommer ici Peter Buck de R.E.M ou encore Robert Smith de The Cure. Il faut parfois savoir faire la part des choses entre la vie et l’œuvre d’un artiste. Par contre, pour Nick Drake je vous suggère fortement d’aller en lire un peu sur l’homme lui-même, car sa musique, comme je l’ai mentionné plus tôt, se veut d’une profonde intimité et constitue une histoire magnifique d’une profonde tristesse.
Pour ma part, la musique intemporelle de Nick Drake reste aujourd’hui accrochée à moi comme une musique confidente qui s’écoute le matin lorsque tout est encore possible. Autant par journée de pluie que de soleil, les chansons de Nick Drake se justifient d’elles-mêmes par le jeu de guitare et la voix de celui qui les a écrites comme des chansons chantres de la nature et du temps qui, et Nick Drake nous le fait très bien comprendre, bouge parfois peut être un peu trop rapidement.

LE PARLEUR