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Half Moon Run – Sun Leads Me On

C’est avec une grande impatience que j’attendais le retour d’Half Moon Run chez les disquaires, après être tombé sous le charme de leur excellent premier album, Dark Eyes, qui leur a valu une enviable reconnaissance internationale et les a propulsés au titre de groupe chouchou du public alternatif québécois. Après leur sensible et aérienne première parution, le groupe adoptif montréalais nous présente cette fois-ci une mouture plus électronique, plus léchée. L’album voit le groupe prendre plusieurs directions musicales, une approche suggérée par le titre Sun Leads Me On, une référence à la vie de tournée éreintante des dernières années, dont les aventures et contraintes ont orienté la composition intermittente de l’album. Sun Leads Me On est aussi, comme l’indique son titre, une œuvre plus lumineuse, plus limpide, qui dégage l’espoir et l’allégresse. Cet affect jovial s’objective d’entrée de jeu sur Warmest Regards, une ballade folk réconfortante. Si ce trait en fait une œuvre plus accessible, il n’en demeure pas moins qu’on s’ennuie de l’aura ténébreuse et mélancolique qui teintait Dark Eyes. Le chagrin a alimenté les chansons les plus poignantes d’Half Moon Run : Nerve et She Wants to Know, pour en nommer quelques-unes. On retrouve avec soulagement cette atmosphère sur It Works Itself Out, une chanson fébrile, bouillonnante, passionnée, frénétique.

La pièce éponyme de l’album est une autre réussite de l’album. Half Moon Run a un talent fou pour bâtir une ambiance, pour développer progressivement une charge émotive dans une chanson jusqu’à un point culminant. C’est ce qui rend ses spectacles aussi envoûtants.

L’hétérogénéité de l’album fait place à certaines pièces plus faibles. Devil May Care, qui s’inscrit dans la lignée des succès indie-folk en vogue comme Mumford and Sons ou The Lumineers, manque de saveur. Cela contraste avec la pièce suivante, The Debt, qui est celle qui s’écarte le plus des assises du groupe. Explorer de nouveaux horizons est un couteau à double tranchant en musique, mais le coup est ici hautement réussi. La trame de synthétiseur, alternée à la voix, forme une boucle mélodique qui exerce un franc hypnotisme sur l’auditeur. La chanson prend des airs symphoniques jusqu’à un point culminant comme seul Half Moon Run sait les déployer. Ce morceau aurait été, à mon humble avis, une parfaite pièce de conclusion pour l’album, mais la dernière piste est plutôt le simple Trust, première pièce de l’album offerte au public au milieu de l’été. C’est la chanson la plus électronique et la plus accrocheuse de l’album, que j’aime particulièrement pour son côté dansant.

En somme, Sun Leads Me On montre l’ampleur du défi de produire un second album après trois années exténuantes de tournée et des attentes titanesques du public. C’est le reflet d’un groupe qui tangue entre, d’une part, le désir de se réinventer, de fuir la répétition de la formule gagnante et, d’autre part, la crainte d’être en rupture avec son passé et de perdre son public. Rares sont les artistes qui parviennent à égaler l’apogée de leur premier album, et même si ce n’est pas le cas ici, Sun Leads Me On est une offrande respectable qui ne peut qu’ancrer le groupe dans le paysage indie-rock canadien.

Note: 8/10

LE NAUTONIER

À écouter :

 

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Empress Of – Me

Il faut beaucoup d’aplomb pour refuser une bourse d’études dans un sérieux collège de musique afin de se concentrer sur son idéal artistique. C’est ce qu’a fait Lorely Rodriguez (aussi connue comme Empress Of) et à écouter son album, on lui en est reconnaissant. Le web a démontré de nouveau son pouvoir viral en permettant à l’artiste d’obtenir un contrat d’enregistrement après que plusieurs blogs aient partagés ses pièces, contribuant à la faire connaître.

Empress Of nous surprend sur ce premier album avec une pop intelligente et cohésive, dont la production demeure fluide malgré son caractère expérimental. Elle sait exposer le fruit d’une recherche sonore et rythmique sans sacrifier l’accessibilité des morceaux, et c’est sur cette force que repose sa maturité artistique. Malgré les paysages rythmiques froids et mécaniques, la vivacité de la voix parvient à animer l’auditeur et à conférer une certaine gaieté aux compositions, qui autrement seraient bien plus sombres.

Si le raffinement et la propreté de la production rappellent la «future pop» d’AlunaGeorge, l’approche mélodique et le décor ténébreux des chansons évoquent davantage Austra. À son exemple, Empress Of démontre une aisance à créer des mélodies complexes et intriquées qui donnent parfois un caractère incantatoire à ses pièces, mais qui conservent assez de fluidité pour ne pas tomber dans l’irritant. Cette théâtralité se fait particulièrement manifeste sur la piste Water Water. D’autres morceaux ne laissent toutefois paraître aucune trace de cette intrication. Standard, par exemple, est une chanson beaucoup plus relâchée et son dynamisme pourrait en faire un hit pop considérable.

En somme, l’abondance de références sur l’album à d’autres artistes pop émergentes, quoique flatteuses pour son talent, constitue par la même occasion la faiblesse de l’opus. On sent que l’artiste tient un filon, et on entend dans la plupart des pièces quelques échos de cette identité créatrice, mais on a l’impression que la pioche vise parfois un peu en marge du trésor. On espère que l’artiste saura réajuster son tir pour le prochain opus et révéler plus explicitement son individualité musicale.

Il faut tout de même louanger le fait qu’Empress Of ait choisi de produire elle-même son album plutôt que de faire appel à un producteur de renom, une autre preuve flagrante de son audace. Cette force de caractère la rapproche des FKA Twigs et Grimes de ce monde et fera d’elle, à mon avis, une figure féminine prédominante de la pop alternative dans les prochaines années.

Note: 8/10

LE NAUTONIER

À écouter :

L’electro swing de Parov Stelar


maxresdefault Tout découle de l’idée de vouloir surprendre ma soeur en lui offrant un cadeau de Noël dont elle ne s’attendrait guère.  J’ai préparé mon plan quelques semaines en avance, connaissant le penchant musical de ma soeur, l’electro swing, je me mets en quête de lui trouver ce qui serait qualifié du summum de l’electro swing.  J’ai accumulé plusieurs jours de recherche, à parcourir nombreux forums sur le sujet et écouter des dizaines de genre et sous-genre de l’électro-swing.  Les mélomanes du web s’entendaient très bien sur le sujet, chose plutôt rare.  Mon choix s’arrêta donc sur l’autrichien Marcus Füreder, plus connu par son nom de scène Parov Stelar.  Depuis, j’ai du mal à me sortir ce nom de la tête!

Sérieusement, chaque fois qu’on m’avait fait écouter de l’electro swing, jamais ce genre de musique électronique n’avait réussis à me convaincre.  Mais voilà, Parov Stelar fut l’exception, dès la première pièce qui tomba sous mes oreilles, j’eus soudainement envie d’en savoir davantage sur ce genre mystérieux.  Après tout avouons le, on se retrouve plutôt loin de la majorité des choses qu m’on entend un peu partons!  C’est la pièce Baska Brother qui me surpris le plus, le côté entraînant du swing nous fait rapidement donner envie de danser et de se laisser entièrement transporté par la musique.  C’est ensuite que viennent s’entremêler les caractéristiques de l’electro, le meilleur des deux mondes réunis sous une même mélodie.

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Le double album The Princess pourra j’en suis sur vous convertir rapidement à ce genre de musique, du moins se fut le cas pour moi.  L’electro swing offre une sonorité contenant beaucoup de teinte vintage, des mélodies parfois disco, parfois plus pop ou même hip hop.  Le tout toujours accompagné d’une goutte de swing, on en oublie facilement que c’est une musique produite en 2012!  Parov Stelar utilise néanmoins beaucoup de sample du temps où le swing était très populaire, des sample allant même jusqu’aux années trente!  Il est très surprenant de constater à quel point il réussit à faire fusionner toutes ces sonorités très distinctes.

The Vamp, Oh Yeah, Booty Swing et Jimmy’s Gang livrent très bien le genre offert par le DJ Parov Stelar, la manière unique avec laquelle il produit sa musique le fait énormément sortir du lot.  C’est ce genre d’artiste qui me fait beaucoup aimer la musique électronique.  Des artistes tel que Trentemøller, Andy Stott, Disclosure et même Daft Punk, tous offrant d’une manière qui leur est chacun propre, une musique inexplicable, absolument unique.

Enjoy!

LE FRÈRE

Dumas, éponyme pour une deuxième fois.

Il y a déjà plus de dix ans que l’auteur-compositeur-interprète Dumas a remporté le prix du festival de la chanson de Granby. Depuis, le Victoriavillois est parvenu à se réinventer à chaque parution dans une signature musicale bien à lui.

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Auparavant, j’avais accordé une attention passagère à Dumas, sans pour autant me plonger dans son œuvre avec la volonté d’approfondir celle-ci. C’est après l’avoir vu en spectacle à la Saint-Jean-Baptiste que je finis par décider de me concentrer un peu plus sur cet artiste déjà depuis longtemps respecté dans le milieu. Convaincu d’avance, je me suis donc procuré il y a quelques semaines, son plus récent album, deuxième parution éponyme pour le chanteur.

Vaudou, c’est ainsi que s’intitule la première pièce de celle album dont la pochette cama à saveur 8bit a tout pour se faire remarquer dans le présentoir à disques. Les musiques qui nous introduisent à ce dernier opus nous montrent que Dumas est en plein dans l’air du temps et parvient à exploiter des sonorités électroniques toutes sauf abusives.

Il va de soi, à l’écoute de l’album, que Dumas, malgré la réputation qu’il a de s’enfermer hermétiquement en studio lorsque vient le temps de réaliser un disque, n’ignore pas ce qui se fait ailleurs qu’au Québec. À mon avis personnel, cet album démontre, d’une autre manière que Jimmy Hunt ou Nevsky, qu’il est possible de faire de la musique en français tout en explorant le style musical qui nous plait. En fait, 2014 en musique au Québec ne peut qu’annoncer cette émancipation que la musique francophone affirmera avec encore plus de force en 2015. Forêt, Hôtel Morphée, Dead Obies, Misteur Valaire et bien d’autres artistes et groupes d’artistes constituent les meilleurs exemples de l’unicité musicale au Québec. Avec plus d’expérience derrière la cravate, Dumas surfe sur cette vague allégrement et cet album s’assume à mon avis comme un album pleinement ancré en 2015 malgré sa date de sortie. Du moins, il ne sortira pas de mes listes de lectures de sitôt.

Enregistré aux Studio B et Studio Victor à Montréal, l’album est fièrement enraciné dans ce milieu culturellement bouillonnant. Néanmoins, c’est dans nulle autre ville que Londres que fut mixé Dumas par Stephen Sedgwick qui a entre autres travaillé avec l’excellent Damon Albarn. à l’écoute de pièce comme Anne Peebles, La nuit (amateur des 80’s, retenez ce titre) ou encore Sa Chambre, on ne peut que confirmer que cet album se devait d’être mixé par un britannique. Les sonorités fortement influencées par la brit-pop officient qu’il est possible de faire une musique bien québécoise tout en pigeant dans un répertoire d’influences international.

Les textes, écrits par Dumas lui-même accompagné d’Alexandre Soublière, vont en concordance avec ce qu’on est habitués d’entendre chez Dumas. Cependant, il me semble, à l’écoute de pièces telle que Silence Radio qu’une nouvelle honnêteté transparaît à travers la voix chanteur qui nous offre quelques lignes léchées toutes en poésie. Autant Dumas a travaillé sa musique de manière minimaliste que les textes peuvent parfois prendre d’étonnantes directions d’une sensibilité renversante qui n’ignorent certes pas certaines traditions de la chanson française.

Au final, c’est donc avec un album tout sauf fermé sur le monde que Dumas repartira en tournée. D’ailleurs, il est de mon impression que grâce à l’attention portée aux claviers sur cette deuxième parution éponyme, certaines chansons se feront très festives lors des spectacles. Bonne écoute, et bonne année 2015!

LE PARLEUR

Chocolat au Zénob de Trois-Rivières; pour l’amour de la musique.

La sloche recommence à joncher les rues, le stress du temps des fêtes se fait sentir sur le visage des passants, mais ce soir là, on s’en fout. À quelques jours du spectacle, on avait vu passer sur la page facebook du Zénob l’annonce d’une veillée en compagnie de Chocolat. Si le nom vous sonne une cloche, c’est sans doute que vous vous êtes intéressés à Jimmy Hunt dans les dernières années.

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Une fois bien assis à une table un peu en retrait, on attend tranquillement, en sirotant une bière ou deux, ou trois… que commence Corridor, qui lancent le bal avant Chocolat. Dès les quelques minutes de tests de son, on remarque que Corridor fait dans un type de musique qui s’apprécie très bien dans la salle de spectacle qui n’en est pas une du Zénob. Particulièrement axée sur la relation entre les deux guitares, la musique de Corridor a tout pour ne jamais passer à la radio, mais n’est-il pas agréable de tomber en décalage quelques fois? Déjantée, leur performance de l’intégrale de l’album Un magicien en toi est davantage parvenue à m’accrocher à sa deuxième moitié. Était-ce par l’accoutumance de mon oreille à ce son hors de l’ordinaire ou parce que la progression de l’album se constitue de manière à laisser un souvenir plus prenant sur leur musique? Dur à dire. Reste cependant que Corridor est un groupe qui fait dans la différence et qu’on aime ça ainsi.

Après une période d’attente très raisonnable, Chocolat entre en scène d’une manière des plus intéressantes. En effet, aucune arrivée officielle du band ne peut créer de surprise quand, quelques minutes avant le spectacle, le groupe est au bar à deux mètres de tout le monde dans la salle vu la taille de celle-ci. Ainsi, un dernier test de son, finissant par se transformer en jam se métamorphose devant nous en l’introduction sans présentation à un spectacle où rien d’autre ne sera important que la musique.

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J’avais déjà fait à plusieurs reprises l’écoute du dernier album de Chocolat. Tss Tss, m’avait laissé sur une émotion très positive. Le rock psych-prog-glauque, sur album ne venait pas s’éloigner de la touche magique de Jimmy Hunt, mais s’affirmait malgré tout comme pourvu d’une grande liberté d’expression sonore. En spectacle, il est clair que cette volonté d’émancipation musicale est assumée à 110% par Hunt et ses comparses. Très souvent instrumentales, les musiques seront construites autour de chacun des musiciens de sorte que l’on puisse sentir émaner de l’ensemble rythmique le plaisir et la cohésion de musiciens honnêtes avec eux-mêmes. Intéressant d’ailleurs de voir Hunt prendre le lead à la guitare lorsque nous sommes pourtant habitués d’écouter Emmanuel Ethier, le guitariste à qui on doit le travail de six cordes sur Maladie d’Amour, nous impressionner avec sa Rickenbacker noire. Ysaël Pépin, c’est le nom d’un bassiste qui, pour se spectacle était tout sauf le cliché du bassiste en retrait. Bien plus que sur l’album l’accent est mis sur la basse à l’avantage du groove et du rythme.

Rapidement, on se met à oublier l’album, on assiste à une sorte de gros jam qui ne s’arrête plus de gagner en intensité. La structure est dans la symbiose musicale entre les membres de Chocolat, si forte que j’en oublie mon verre de bière, tous mes autres sens sont engourdis au profit de mon ouïe qui jubile de plaisir d’entendre un spectacle qui surpasse mes attentes. L’ambiance underground de la musique se prête bien à la renommée Zénob. Corridor et Chocolat ne sont pas les premiers représentants de la contre-culture à y mettre les pieds. À deux reprises, on a droit à une grotesque scène de bodysurf par Jimmy Hunt lui-même, qui supporté par une foule de parterre d’une dizaine de personne, montre qu’il n’en a absolument rien à foutre des grandes salles et de ses deux Félix qu’il a gagné à l’Autre gala de l’Adisq. D’ailleurs, quelle meilleure manière de se balancer des conventions que de partir en tournée avec un groupe comme Chocolat quand il serait de toute évidence possible pour le gentleman rockeur de continuer de mousser les ventes de Maladie d’Amour avec une autre tournée solo.

C’est pour le plaisir d’une musique sans compromis que je vous suggère fortement d’aller assister à une performance de Chocolat s’ils passent par chez vous.

LE PARLEUR

https://www.facebook.com/pages/Chocolat/10242781415?fref=ts

http://chocolatmtl.bandcamp.com/

Daniel Boucher, Toutte est temporaire.

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Six ans se sont maintenant écoulés depuis la parution de l’album Le Soleil est sorti de l’auteur-compositeur-interprète Daniel Boucher. Il faut s’avouer que bien des artistes nous habituent à des sorties d’albums bien régulières. Les projets se succèdent malgré tout pour le Gaspésien d’adoption, on a d’ailleurs pu le voir dans les comédies musicales Dracula et Les filles de Caleb ces dernières années. Il continuait aussi d’enchaîner quelques spectacles malgré l’absence d’album récent. J’avais eu l’occasion d’assister à un spectacle intime au théâtre de l’Anglicane de Lévis il y a deux ans. Aussi intéressants que furent ses projets, je n’en suis pas du moins content d’enfin pouvoir faire l’écoute de son plus récent projet Toutte est temporaire.

J’ai découvert Daniel Boucher il y a de ça bien des années, au temps de Dix Mille Matins, un album qui, malgré mon jeune âge de l’époque, conserve encore aujourd’hui une valeur émotionnelle importante en mon fort intérieur. Ainsi, c’est Dix mille matin qui est parvenu à me donner la piqure pour la musique qui se produit ici en français, trêve de légiférassions, venons en à Toutte est temporaire.

Honnête envers lui-même, Daniel Boucher ne s’est encore une fois pas pressé pour présenter à son public un album qui, tout en se collant solidement au bloc cohésif du reste de son œuvre, ne cherche pas non plus à reproduire la même formule indéfiniment. Générique n’est de toute évidence pas un qualificatif que l’on peut associer au compositeur de la presque légendaire Désise. Dans cette optique de ne pas presser la production d’un nouvel album, le mélodiste arrive à se réinventer dans une musique bien plus minimaliste que celle de l’exotique et psychédélique album La Patente. Malgré tout, certains morceaux conservent la lourdeur que possédaient des morceaux comme Silcone ou encore Ma croûte. Cette lourdeur se teinte particulièrement dans À ma place, un morceau qui tout en nous faisant hocher vigoureusement la tête, nous laisse réfléchir sur un texte qui soulève bien des questionnements. Toutte est temporaire m’a plongé dans une image de moi-même enfermé dans un chalet dépourvu d’électricité en plein hiver.

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On a souvent accordé à Daniel Boucher le prestigieux titre de chansonnier. Au Québec, être un vrai chansonnier, c’est de porter sur ses épaules l’héritage des Félix Leclerc et Gilles Vigneault de ce monde. Depuis les quinze dernières années, il est évident que Daniel Boucher a convaincu le public de ce côté. La chanson Mont-Louis s’inscrit dans cette manière de manier la chanson pour en faire ressortir d’uniques histoires. Mont-Louis va nous remettre à l’esprit que l’amour et ses déboires peuvent encore être présentés avec originalité. On a droit à une ballade décalée de son cadre qui, à mon avis, nous montre que Boucher a appris de ses expériences en comédies musicales. Le morceau Granby s’introduit à nos oreilles dans cette même optique et constitue, à mon avis, une annonce très positive pour le futur de cet artiste déjà respecté qui va, j’en suis sur, rappeler au grand public la grande qualité de son travail sur son prochain album.

Le chanteur et guitariste va utiliser l’échantillonnage sur deux morceaux de Toutte est temporaire : La Langue et le simple Embarques-tu. La Langue réutilise un discours nationaliste d’Yvon Deschamps sur la francophonie. Ce morceau, interprété à la fête de la Saint-Jean-Baptiste du Parc Maisonneuve l’été dernier explicite de manière limpide les allégeances sociopolitiques de Boucher, qui ne s’est jamais caché pour parler de souveraineté. La chanson Embarques-tu utilise l’échantillonnage à la façon plus moderne. À l’aide d’un morceau des Karrick intitulé Je n’ai as de rose pour ta fête, Boucher parvient à recréer une chanson originale qui laisse en bouche un goût de la crème glacée molle présentée sur la pochette de l’album. Embarques-tu, c’est le kitsch et la réutilisation du vintage sonore à son meilleur.

À l’aise comme musicien autant que comme poète, Daniel Boucher a encore une fois su me convaincre de rester accroché à toute son œuvre avec ce nouvel album. Cependant, je reste malgré tout conscient que, comme Le Soleil est sorti, Toutte est temporaire n’est pas un nouveau Dix Mille Matins pour Boucher. Ses deux premiers albums restent ceux que j’utilise pour faire découvrir cet artiste à mon entourage.

Après quelques écoutes, c’est Salon Magique qui s’est avéré comme le meilleur souvenir auditif de Toutte est temporaire. Histoire racontée tout en blues, Salon magique explore l’onirisme et les expériences intérieures avec une musique d’une fluidité de rivière accompagné un texte qui touche autant au psychédélisme qu’à l’absurde.

Pour une quatrième fois, Daniel Boucher est parvenu à me faire réfléchir à l’aide de textes forts qui ne pourraient être écrits par un autre. Les musiques de l’album nous remettent en mémoire que Boucher est un musicien aux multiples talents qui, l’oreille audacieuse toujours à l’écoute des instrumentations, éprouve un grand plaisir à simplement jouer de la guitare. On retire de Toutte est temporaire (l’album comme la chanson), une volonté de vivre le moment présent bien plus en profondeur qu’avec l’éphémère devise yolo.

P.S. Ayant réussi à terminer mon article par yolo, je vous souhaite maintenant une bonne écoute!

LE PARLEUR

La fuite : un premier album pour Simon Lacas.

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La Fuite de l’auteur-compositeur-interprète Simon Lacas est un album que j’attendais par ma curiosité d’en entendre plus de la part d’un artiste émergent qui avait su surprendre aux Francofolies de Montréal, gagnant du prix de l’Étoile montante.

Avant la sortie de La Fuite, j’avais pu faire l’écoute des pièces Lotus et Encore qui m’avaient ensembles montré ce que le son de Lacas semblait bien reconnaissable d’une chanson à l’autre. Pour un artiste émergent, il est, je crois, important de savoir faire preuve de cohésion et le jeune musicien de Terrebonne nous convainc sur ce point.

Aussitôt que l’occasion se présente à moi, je fais donc l’écoute de ce premier album d’un bout à l’autre, casque d’écoute aux oreilles. La Fuite gagne d’ailleurs à être écouté de cette manière. Très introspectif, ce projet est doté d’arrangements léchés qui se transportent d’une oreille à l’autre et qui méritent d’être appréciés dans sa bulle. La première chanson, Érotomanie, nous introduit à l’univers de Lacas en progressant vers une entrée en voix qui donne le ton au reste de l’album : mélancolie et langueur sont au rendez-vous.

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Tout au long de l’écoute, il est possible de déceler des mélodies très bien travaillées qui, à mon avis constituent une des grandes forces de solidité sur La Fuite. Par contre, ces mélodies fort bien amenées aux airs accrocheurs qui dénotent d’une pop de qualité sont agrémentées de cassures musicales psychédéliques, progressives ou rock qui ne vont certainement pas déplaire aux mélomanes. On sent que Simon Lacas est un auteur-compositeur honnête qui n’écrit pas uniquement pour le bon plaisir d’obtenir la reconnaissance du grand public. Il est bon de voir et d’entendre des artistes qui ne font pas de compromis.

Les thématiques reliées aux textes telles que les dépendances, la folie ou l’anxiété ont tout pour tomber dans le cliché, ce n’est cependant pas le cas du tout. Il reste cependant que la naïveté de ceux-ci mène parfois à des tournures un peu disloquées qui, sans en devenir déplaisantes, sauront sans aucun doute prendre de la maturité sur un souhaitable deuxième album.

Il est intéressant d’entendre se mélanger les diverses influences de Lacas qui passent autant par la pop francophone moderne bien québécoise ainsi que par la musique britannique telle qu’on aime tellement l’entendre pour ses qualités mélodiques. Le tout est agrémenté, comme dans Encore, de solos de guitare qui vont replonger l’auditeur dans un rock progressif qui semble sortir d’outre-tombe. Cependant, on vient à quelques moments perdre Lacas dans ces multiples influences qui, à certains moments, sont un peu trop tangibles. On sent que Daniel Bélanger, Radiohead ou encore Karkwa ne sont pas très loin derrière ce qui constitue l’album. On ose espérer que ce travail de synthétisation des influences se poursuivra sur un deuxième album où le son de Lacas, qu’on reconnaît quand même tout au long de La Fuite, mènera l’artiste à assumer davantage sa personnalité musicale qui de toute évidence vaut la peine d’être considérée dans le monde de la culture québécoise.

Les Voix constitue à mon avis, avec Lotus, Encore et la finale Elle, un moment fort de l’album où les arrangements minimalistes prennent une tournure d’une lourdeur extrêmement intéressante à la fin qui dénote justement cette volonté de l’artiste de ne pas faire de compromis.

Je vous laisse donc ici en vous encourageant fortement à écouter La Fuite de Simon Lacas avec attention, car c’est un auteur-compositeur dont nous entendrons certainement parler dans le futur. Du moins, ce serait à l’avantage de l’artiste comme du public, de laisser entrer encore plus de ce type de musique très inspirée dans notre culture populaire. Et il faut avouer qu’il est toujours bon d’entendre un chanteur oser bien à l’aise des notes en voix de tête qui tiennent de flambeau des Thom Yorke et Fiori de ce monde!

LE PARLEUR

http://simonlacas.com/

http://simonlacas.bandcamp.com/releases