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48:13

Il fait déjà quelques mois que Kasabian nous envoyait ses dernières folies, de quoi nous faire danser, sauter, chanter, mais surtout de quoi nous surprendre à coup sur.  C’est depuis le succès mondial de leur premier album éponyme en 2004 que Kasabian s’affirme en tant que futur leader de la britpop au Royaume-Unis, un titre qu’ils pourraient bien détenir aujourd’hui.  Mélangeant le rock alternatif, la pop, le glam rock, le psychédélique, l’électronique et même le hip hop, Kasabian a toujours su démontrer un son propre à eux, une énergie particulièrement entraînante.  Le cinquième album studio du groupe est à nouveau écrit par la plume de Sergio Pizzorno, guitariste et réel cerveau derrière cette machine à succès.  On a l’habitude depuis West Ryder Pauper Lunatic Asylum (2009) à devoir s’incliner devant les subtilités d’arrangements du musicien, qui semble savoir exactement comment Tom Meghan pourra transposer l’énergie proposer une fois sur scène.

Sergio prétend livrer ici le meilleur album de Kasabian en carrière, et que se soit vrai ou non, c’est certainement celui-ci et toute la publicité qui l’entoure qui leur permit de s’épanouir en tant que groupe majeur dans les plus grands festivals du Royaume-Unis l’été dernier.  Qu’on aime ou pas, impossible à le nier, Kasabian rejoint aujourd’hui la cours des grands.  Personnellement j’ai été charmé il y a longtemps déjà par Empire, second album du groupe, et plus récemment ces trois dernières années par l’entièreté de leur oeuvre.  Néanmoins, malgré une attente quasi interminable jusqu’à la sortie de 48:13 au Canada, cinq mois plus tard, c’est avec un regard critique que je m’attaquais à l’écoute de cet album.

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DANCE DANCE DANCE : L’électronique en avant-plan.

L’expansion de la musique électronique des dernières années est un sujet qui s’est glissé dans plusieurs de nos précédents articles.  Difficile de passer à côté, les avancés technologiques ont toujours eu un impact direct sur les nouvelles générations de musiciens et les nouveaux genres qui apparaissent chaque année.  Kasabian avait beaucoup fait parler déjà en 2004 avec l’album Kasabian, dans un contexte ou le indie rock commençait à connaître une expansion phénoménale, qui ne s’arrêta d’ailleurs jamais. Aujourd’hui, peut on encore parler de rock indépendant?

C’est avec une approche très différente que le groupe mise à nouveau sur des synthétiseurs au premier plan pour marche sur les traces de leur premier album 10 ans plus tard.  Un désir de revenir aux sources, de rendre un hommage à l’album qui leur ouvrit la route vers le succès?  Je serais prêt à dire que Kasabian est allé encore plus loin que tout ce qu’ils ont tenté jusqu’à présent.  L’électronique est tout au long de l’album au premier plan, ce qui n’est pas pour déplaire, permettant au groupe de créer précisément l’ambiance désirée, appuyant les riffs de bass de Chris Edwards, ce qui les fait ressortir davantage, notamment dans Bumblebeee, Stevie et Doomsday.  On y retrouve plusieurs avantages, mais également des points négatifs.  Sur certains morceaux, l’ajout de beat électronique semble être abusif, voir inutile.  Sur Explodes par exemple, une pièce que j’ai pris particulièrement d’affection, qui malheureusement se voit à mon avis trop submergé par ces riffs très lourd qui sont apportés par un Sergio plein de bonnes intentions, on en perd l’essence de la pièce.

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48:13 LIVE : Une machine à succès.

Qu’on parle de Bumblebeee, Stevie, Doomsday, Treat ou Clouds, on peut tout de suite voir comment cet album sera transmis sur scène.  Et c’est le cas de l’entièreté de cet album, qui heureusement ne se résume pas qu’à des pistes et beat sans fin.  Malgré que c’est ce quoi on retient particulièrement, il n’en demeure pas moins que Kasabian ne se réinvente pas totalement.  Glass, Clouds, Bow et S.P.S. viennent nous rappeler à quel groupe nous avons à faire.  Des pièces qui rappelleront sans doute leur précédent opus, Velociraptor!.

Je vous conseille de jeter un oeil sur Youtube, le spectacle de Kasabian au Glastonbury, peu de temps après la sortie de 48:13, un spectacle qui vous convaincra sans doute de l’énergie dégagée par le groupe sur scène.  On avait eu droit en 2011 à un show live enregistré au O2 à Londres, un spectacle que je ne me lasse pas de réécouter chaque mois, si ce n’est pas plus souvent. Une version live de la tournée 48:13 sera disponible dans peu de temps au Canada, en espérant une version blu-ray, j’ai plutôt hâte de voir ce qu’il en ressortira.

En 2004 les critique étaient unanimes, Kasabian irait loin, marchant sur les traces de Oasis et de Blur à la recherche du succès.  Ce n’est un secret pour personne, l’ego démesuré de Sergio Pizzorno l’obligeait à ne viser qu’une seule chose, la gloire.  Son arme pour y arriver?  Tom Meighan.  Le chanteur plus que charismatique du groupe a tout pour plaire au public, l’attitude et le style, accompagné d’un guitariste à la coiffure impressionnante.

Succéder à Velociraptor!?  It’s Eez-Eh.

Encore aujourd’hui je suis d’avis que le précédent album du groupe, Velociraptor! (2011), constitue l’oeuvre la plus accomplie du groupe.  Par des pièces tel que Days Are Forgotten, La Fée Verte et Switchblades Smiles, Kasabian avait su offrir quelque chose d’une extrême qualité.  Malgré la grande différence entre 48:13 et son prédécesseur, on y ressent une énergie très similaire sur plusieurs morceaux, et c’est ce qui vient sauver les points négatifs de l’album.  Je crois que le groupe avait besoin d’offrir quelque chose de différent, pour s’ouvrir à de nouveaux horizons.  Je l’ai dit à plusieurs reprises, je respecte énormément ces groupes qui osent prendre des risques plutôt que de s’asseoir sur ce qu’ils ont déjà établi.

Kasabian nous a prouvé qu’il est toujours possible de nous offrir des morceaux d’une grande qualité, des morceaux énergiques avec une touche de psychédélique qui nous fait encore plus aimer le groupe.  En somme, 48:13 est un album qui effectue un excellent récapitulatif de la carrière du groupe, on y reconnaît par-ci par-là des touches qui font penser aux précédents opus, dans une ambiance propre à cet album ci.  Je ne peux pas dire que 48:13 est pour moi un album coup de coeur.  Cependant, après plusieurs écoutes j’en viens à croire qu’il permettra au groupe de s’épanouir encore davantage sur la scène internationale.  Sergio Pizzorno a déjà annoncé que le prochain album était presque écrit entièrement, je ne doute pas qu’il saura nous surprendre encore une fois.

LE FRÈRE

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Dumas, éponyme pour une deuxième fois.

Il y a déjà plus de dix ans que l’auteur-compositeur-interprète Dumas a remporté le prix du festival de la chanson de Granby. Depuis, le Victoriavillois est parvenu à se réinventer à chaque parution dans une signature musicale bien à lui.

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Auparavant, j’avais accordé une attention passagère à Dumas, sans pour autant me plonger dans son œuvre avec la volonté d’approfondir celle-ci. C’est après l’avoir vu en spectacle à la Saint-Jean-Baptiste que je finis par décider de me concentrer un peu plus sur cet artiste déjà depuis longtemps respecté dans le milieu. Convaincu d’avance, je me suis donc procuré il y a quelques semaines, son plus récent album, deuxième parution éponyme pour le chanteur.

Vaudou, c’est ainsi que s’intitule la première pièce de celle album dont la pochette cama à saveur 8bit a tout pour se faire remarquer dans le présentoir à disques. Les musiques qui nous introduisent à ce dernier opus nous montrent que Dumas est en plein dans l’air du temps et parvient à exploiter des sonorités électroniques toutes sauf abusives.

Il va de soi, à l’écoute de l’album, que Dumas, malgré la réputation qu’il a de s’enfermer hermétiquement en studio lorsque vient le temps de réaliser un disque, n’ignore pas ce qui se fait ailleurs qu’au Québec. À mon avis personnel, cet album démontre, d’une autre manière que Jimmy Hunt ou Nevsky, qu’il est possible de faire de la musique en français tout en explorant le style musical qui nous plait. En fait, 2014 en musique au Québec ne peut qu’annoncer cette émancipation que la musique francophone affirmera avec encore plus de force en 2015. Forêt, Hôtel Morphée, Dead Obies, Misteur Valaire et bien d’autres artistes et groupes d’artistes constituent les meilleurs exemples de l’unicité musicale au Québec. Avec plus d’expérience derrière la cravate, Dumas surfe sur cette vague allégrement et cet album s’assume à mon avis comme un album pleinement ancré en 2015 malgré sa date de sortie. Du moins, il ne sortira pas de mes listes de lectures de sitôt.

Enregistré aux Studio B et Studio Victor à Montréal, l’album est fièrement enraciné dans ce milieu culturellement bouillonnant. Néanmoins, c’est dans nulle autre ville que Londres que fut mixé Dumas par Stephen Sedgwick qui a entre autres travaillé avec l’excellent Damon Albarn. à l’écoute de pièce comme Anne Peebles, La nuit (amateur des 80’s, retenez ce titre) ou encore Sa Chambre, on ne peut que confirmer que cet album se devait d’être mixé par un britannique. Les sonorités fortement influencées par la brit-pop officient qu’il est possible de faire une musique bien québécoise tout en pigeant dans un répertoire d’influences international.

Les textes, écrits par Dumas lui-même accompagné d’Alexandre Soublière, vont en concordance avec ce qu’on est habitués d’entendre chez Dumas. Cependant, il me semble, à l’écoute de pièces telle que Silence Radio qu’une nouvelle honnêteté transparaît à travers la voix chanteur qui nous offre quelques lignes léchées toutes en poésie. Autant Dumas a travaillé sa musique de manière minimaliste que les textes peuvent parfois prendre d’étonnantes directions d’une sensibilité renversante qui n’ignorent certes pas certaines traditions de la chanson française.

Au final, c’est donc avec un album tout sauf fermé sur le monde que Dumas repartira en tournée. D’ailleurs, il est de mon impression que grâce à l’attention portée aux claviers sur cette deuxième parution éponyme, certaines chansons se feront très festives lors des spectacles. Bonne écoute, et bonne année 2015!

LE PARLEUR

Quelle est la pertinence d’un nouvel album de Pink Floyd en 2014?

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Petite mise en contexte

On peut déjà les entendre, les puristes comme ceux qu’on nomme les haters, se délecter de la récente sortie du dernier album studio de Pink Floyd, The Endless River, pour lancer sur les réseaux sociaux leurs opinions au sujet de cette parution. Comme j’en avais parlé dans un article précédent, je crois que l’on devait s’attendre à ce genre de commentaires. Les raisons sont simples. D’un côté, on a les puristes qui croient que Pink Floyd n’existait déjà plus après la sortie de Piper at the Gates of Dawn. Sous un autre angle, on retrouve des mélomanes qui, sans renier le reste de l’œuvre de Pink Floyd, ne l’ont jamais tant approfondie et rangent le nouvel opus du groupe dans le même tiroir que les comebacks de groupes tels que Kiss ou Aerosmith qui malheureusement, ne se sont pas tellement renouvelés avec leurs nouveaux albums studio.

Cependant, il ne faut surtout pas oublier que The Endless River reste assez inclassable puisque les enregistrements, particulièrement ceux des claviers, datent des sessions de l’album Division Bell, c’est donc de dire que l’écoute ne peut se faire dans la même optique que celle d’un comeback. De plus, David Gilmour et Nick Mason ont été limpides à ce sujet, il n’y aura pas de tournée pour cet opus. Gilmour a d’ailleurs mentionné qu’il n’avait pas de temps pour ramener Pink Floyd dans sa vie.

The Endless River, est un album en majeure partie instrumental qui se propose à nous comme une expérience d’écoute qui poursuit la ligné de Momentary Lapse of Reason et de Division Bell. De ce fait, il n’est donc pas étonnant d’entendre les fortes influences de cette phase de Pink Floyd lorsqu’on en fait l’écoute. Bien sur, on ne retrouvera pas de chansons légendaires telles que Breathe, Comfortably Numb ou encore Echoes sur cet album, car là n’était pas le but. Nous savons que le claviériste Richard Wright est décédé en 2008. The Endless River, c’est un dernier hommage à ce membre pilier du groupe britannique.

Un brin d’histoire

Pink Floyd, à travers les années, se constitue à mon avis de phase que l’on peut distinguer selon les albums. On retrouve tout d’abord la phase déterminante à l’avenir du groupe, celle qui va définir jusqu’à Wish you Were Here en 1975, l’inspiration principale du groupe. Cette phase, aussi courte fut-elle, c’est celle de Syd Barrett. Elle se forme majoritairement autour des origines jusqu’au départ officiel de Barrett au moment de l’album Saucerful of Secrets sur lequel il n’interprète qu’une seule chanson Jugband Blues dont les paroles signent sont départ.

Ensuite, c’est la période de recherche pour Pink Floyd. Cette recherche sonore nous offrira des albums que j’apprécie particulièrement pour leur importance dans ce qui définira la suite. Ainsi, on peut retrouver dans cette deuxième phase la bande sonore du film More, l’album aux arrangements classiques et audadieux Atom Heart Mother, ou encore le très expérimental Ummagumma. Plus difficiles d’écoute, ces albums représentent malgré tout à mon avis un point tournant important dans la carrière du groupe.

Pink floyd pompei

Puis, on entre dans ce que je nommerai ici la phase de symbiose sonore, celle où les membres de Pink Floyd, et ils l’admettent eux-mêmes, sont sur une longueur d’onde similaire. Chacun fait ce qu’il a à faire du mieux qu’il le peut. Ainsi, Gilmour aux guitares et au chant, assume complètement son importance dans le groupe. Roger Waters se découvre comme un parolier d’exception. Les claviers de Rick Wright gagnent en importance et la batterie de Mason gronde comme jamais auparavant. Cette symbiose parait à prime abord sous le nom de Meddle. C’est cet album qui contient la mythique Echoes, morceau inoubliable qui est encore à ce jour encensé dans le monde culturel. Cette phase comprend également le tournage du fantomatique film Live at Pompeii, un immanquable pour les vrais fans du groupe. Ce moment d’unicité que connaît Pink Floyd prend sa catharsis avec l’album Dark Side of the Moon, dont je n’ai certainement pas besoin de faire l’éloge ici. Je tiens malgré tout à vous rappeler que ce long-jeu à la pochette si efficace est resté au billboard durant les 14 ans qui suivirent ça sortie.

Suite à Dark Side of the Moon, on commence à sentir certains conflits au sein du groupe, qui malgré tout, nous offriront Wish You Were Here, un album qui cautérise la plaie qu’avait laissée ouverte Barrett lors de son départ plusieurs années auparavant. L’album, construit autour de ce membre initial de Pink Floyd se veut, autant dans sa musique que dans ses textes, émotionnellement très rattaché au « diamant fou » que représente Syd pour le quatuor. Suite à la parution de Wish You Were Here, on entre dans la grande épopée de la phase Roger Waters qui nous offrira plus particulièrement les très intéressants Animals et The Wall. Ils restent à ce jour très haut placés sur mes étagères de disques. The Wall devient à cette époque la quintessence de l’album concept. Malgré tout, c’est dans cette phase que s’établiront les plus fortes tensions au sein du groupe. Mason et Gilmour n’ont plus de plaisir à jouer avec Waters, qu’ils considèrent un peu trop tyrannique. L’âge d’or de Pink Floyd s’émoussera donc tranquillement jusqu’à la sortie de The Final Cut, le douzième album du groupe en 1983.

Quatre ans plus tard, Pink Floyd remet ses pendules à l’heure, malheureusement sans Roger Waters pour offrir à son public le très différent Momentary Lapse of Reason. Avec cet album qui redonne une raison d’être au groupe, on entre dans la phase David Gilmour. Cette phase s’ancre profondément dans le son lui-même des albums Momentary Lapse of Reason et Division Bell qui se concentrent majoritairement vers un rock ambiant, certes progressif à sa façon où les voix de Wright et de Gilmour son mises de l’avant tout comme leurs instruments respectifs. À cette mêmme époque, Pink Floyd filme un spectacle au Earl’s Court de Londres ainsi qu’à Venise sur une scène flottante. À nouveau, le monde se focalise un peu plus sur cette musique intemporelle.

Pourquoi The Endless River?

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Vous remarquerez que ce bref résumé historique n’inclut aucune phase associée à Richard Wright en soi. Il est de mon avis que la raison principale de cette exclusion est due au fait que l’importance du claviériste s’est faite sentir autant lord de Piper at the Gates of Dawn que lors de la tournée The Wall, durant laquelle celui-ci n’était, fait plutôt cocasse, pourtant qu’un pigiste. Comme les membres du groupe, les véritables admirateurs de Pink Floyd savent malgré tout reconnaître l’importance capitale de l’apport de Wright au son du groupe. Ses claviers éthérés apportent cette cohésion qui n’aurait peut-être jamais été présente sans le silencieux musicien. Ainsi, sans pour autant venir critiquer The Endless River dans une formule classique, je souhaite simplement mentionner qu’il peut constituer un hommage posthume à l’importance de Wright. Par le grand respect que portent Mason et Gilmour à leur défunt collègue, il était capital de boucler la boucle de manière à comprendre que la phase Richard Wright s’est étendue de 1967 jusqu’à aujourd’hui pour continuer de couler comme une rivière sans fin plus forte que les mots.

« It’s louder than words

This thing that we do »

LE PARLEUR

Temples au Cabaret du Mile-End : Symbiose et Mélodies

Temples mile end

Plusieurs longues semaines d’attente s’étaient maintenant écoulées depuis la date d’achat des billets pour Temples au Cabaret du Mile-End et la soirée fatidique était enfin arrivée. C’est un peu à l’avance, comme à chaque soir de spectacle, que nous avons pu tâter le pouls du Mile-End, mes amis et moi.

Une bonne heure avant l’entrée en scène de la première partie The Districts, on entendait déjà quelques admirateurs de Temples siffloter The Golden Throne devant des portes toujours verrouillées. Il plait toujours de constater cette connexion entre des gens qui ne se connaissent même pas, mais qui savent communier entre eux grâce à ce fabuleux intermédiaire qu’est la musique. Le genre importe peu, l’endroit importe peu. Ce soir là, c’était simplement la musique et le plaisir qui importaient et on pouvait le sentir.

Le Mile-End était assez vide à l’approche du spectacle. Cependant, c’est lorsque The Districts sont montés sur scène qu’on a rapidement pu constater que la salle se remplissait de plus en plus rapidement.

The Districts, c’est un groupe de Lititz en Pennsylvanie qui s’est avéré, pour ma part, une découverte certes positive. La performance qui nous fut offerte par ce groupe émergent était à la fois empreinte d’une énergie mélancolique très bien travaillée par les chansons, que d’une bonne dose d’adrénaline apportée par la présence scénique des musiciens, et plus particulièrement du chanteur. On sent que ce groupe se construit autour de chansons sensibles elles-mêmes élaborées dans un style qui mélange à merveille blues, grunge, folk et shoegaze avec une naïveté qui n’est pas du toute désagréable.

Puis, après une attente plus longue que les minutes elles-mêmes, par cette froide soirée qui berçait les rues de Montréal, c’est sans introduction que sont entrés les quatre britanniques de Temples. En ce 22 octobre, nous étions chanceux, car nous avons eu droit à deux pièces qui ne se trouvent pas sur leur premier album Sun Structures, c’est-à-dire Prisms et Ankh, respectivements B-Sides de Shelter Song ainsi que de Colours to Life. Il est agréable d’aller voir de bons groupes avant que ceux-ci ne soient significativement connus par ici puisque c’est ce qui nous permet d’avoir droit à un spectacle plus intime, mais aussi à des chansons que nous n’aurons peut être plus la chance d’entendre dans le futur, mais ça, personne ne peut le savoir.

Sur scène, les membres de Temples nous exécutent leurs chansons avec un professionnalisme renversant. Il est clair, dès les premiers résonnements de leurs guitares Fender et Grestch, que les musiciens devant nous sont des compositeurs et interprètes d’un talent remarquable. Le leader James Bagshaw honore tout de Sun Structures avec sa voix haut perchée et cristalline. Cependant, je ne pouvais écrire cet article sans glisser un mot sur les harmonies vocales époustouflantes de Thomas Edison Warmsley à la basse et d’Adam Smith, quand à lui claviériste et deuxième guitariste du groupe.

Au-delà de l’aspect accrocheur et bien écrit des chansons, on sent une symbiose musicale se produire entre les membres du groupe qui amènent, chacun à sa manière, une touche unique au son de ce groupe également assez unique. La batterie assez jazzée de Sam Toms vient avec brio se mélanger au travail de basse à la fois rythmé, mélodique et complexe de Thomas Edison Warmsley.

Écouter Temples sur disque et les voir en spectacle nous plonge dans un univers assez similaire, mais il reste cependant qu’en spectacle, on plonge bien plus profondément dans l’onirisme et la spiritualité de cette musique enivrante. Ce que j’ai apprécié avant tout, c’est la lourdeur de ce rock psychédélique que la bande de Bagshaw parvient à mettre de l’avant en live sans pour autant dénaturer quoi que ce soit de leur son très travaillé.

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D’un point de vue davantage esthétique, on sent également une forte cohésion dans le choix des costumes. Véritables personnages, les membres de Temples sont tous vêtus d’une manière très britannique et arborent des vêtements de friperies sortis d’une autre époque, le tout à une sauce extrêmement moderne. De plus, le look androgyne des clairement assumé chez certains membres du groupe, autant dans leurs vêtements que leur aise à porter du maquillage et des bijoux féminins. De ce côté, c’est Adam Smith qui fut le plus intéressant à regarder sur une scène. Son attitude désinvolte presque malaisée nous démontre que c’est avant tout la musique qui siège en maîtresse en lui. Cet excellent musicien est, je vous l’assure, assez fascinant à regarder aller sur une scène.

Le spectacle va donc bon train et nous mène à son point culminant plus rapidement qu’on ne l’aurait souhaité. Après de longues minutes d’attente durant lesquelles Temples se laissent désirer (ils n’avaient pas encore joué leurs hits Shelter Song et Sun Structures), les quatre musiciens finissent par remonter sur scène pour le bon plaisir des spectateurs.

Coup de théâtre et moment clou du spectacle, un joueur de Sitar monte sur la scène pour interpréter avec le groupe la très orientale Sun Structures. Le morceau fut d’ailleurs allongé de bien des mesures pour nous laisser apprécier ce mythique instrument que le rock s’approprie parfois si bien.

La tête pleine de musique, je suis sorti du Cabaret du Mile-End satisfait d’un spectacle qui s’apprécie magnifiquement dans ce genre de petites salles. Je suis d’autant plus content d’avoir été de ceux qui virent Temples ce soir là au Mile-End, car c’est certainement dans une plus grande salle que nous aurons l’occasion de les revoir au Québec.

LE PARLEUR

PS: Je vous laisse ici avec une performance de Prims qui ne provient pas su spectacle du Mile-End.

Le lyrisme idyllique de Nick Drake.

 

Artiste:Nick Drake

Albums:
– Five Leaves Left
– Bryter Layter
– Pink Moon

Pour découvrir l’artiste :
– Northern Sky
– Things Behind The Sun
– Cello Song
– Pink Moon
– Hazey Jane I & II

Nick Drake livre

C’était l’hiver dernier, quand la folie de la fin de session universitaire commençait trop tôt à s’emparer de moi.
Nonchalamment, comme à chaque moment angoissant de ma vie, j’ai décidé d’aller m’acheter un disque, question de me donner une raison pour m’asseoir et faire mes travaux déjà trop procrastinés. C’est quand t’as pas trop d’argent et que tu veux quand même ramener un disque chez toi que tu décides de fouiller dans le bac de CD’s à 5$. Cette journée là, c’est la rétrospective Way to Blue (an Introduction to Nick Drake). Je n’avais alors strictement aucune idée de ce que je tenais entre mes mains, c’est toujours assez amusant de faire un achat à l’aveugle.

Ainsi, je reviens tout bonnement chez moi ma curiosité déjà éveillée par le nom des chansons que je peux lire derrière la pochette : River Man, Things Behind the Sun ou Pink Moon. Étrangement, ces seuls titres de chansons m’appellent énormément, comme si cette musique, mais lorsqu’elle n’est pas jouée, se voulait entourée de bonnes augures.
Aussitôt arrivé, je déballe le disque et l’insère dans le lecteur. À partir du moment où j’appuie sur play, tout s’explique. Dès les premières notes de Cello Song, je comprends avoir à faire avec un folk unique en son genre. Le jeu de guitare de Drake en open tuning à peu près impossible à déchiffrer sort clairement du cœur et de l’âme d’un artiste qui ne se base que sur lui-même pour écrire des musiques et des textes extrêmement prenants.
L’écoute de la compilation se poursuivit dans le calme et l’étonnement. Impossible pour moi à ce moment de faire quoi que ce soit d’autre que de m’asseoir et profiter de ces précieuses mélodies. La musique de Nick Drake vient mélanger à la perfection folk, jazz, blues et musique classique dans une poésie si mélancolique qu’on se surprend à y ressentir toute la tristesse de son auteur.

Cette tristesse je ne faisais que me la supposer, me figurer une émotion qui semblait transparaître dans cette musique qu’est celle de Nick Drake. Par contre, c’est quand j’ai fait quelques recherches un peu plus tard cette journée que j’ai compris que l’œuvre de Nick Drake est une plonge dans l’intimité même de cet artiste d’exception décédé en 1974.
Drake personnifie effectivement la figure du poète maudit dont l’œuvre se veut le reflet d’une profonde détresse intérieure. J’avais alors l’impression de pouvoir comparer sa tragédie à celle de Jim Morisson, de Kurt Cobain, d’André Fortin, etc. Cependant, ce qui vient éloigner Nick Drake de tous ces héros des temps modernes, c’est l’aspect « notoriété ». Contrairement à bien des « artistes déchus » tels que ceux que je viens de nommer plus haut, Nick Drake n’était en fait pas vraiment connu. Du moins, il ne l’était pas de son vivant.

Premièrement, Drake n’est pas arrivé à faire vendre beaucoup de copies de ses trois albums (Five Leaves Left, Bryter Layter et Pink Moon) pour deux raisons majeures. Nick Drake était un homme dépressif et asocial qui refusait de donner des entrevues et qui ne donnait que très peu de spectacles. Ainsi, il ne put s’attirer les faveurs des médias britanniques de l’époque.

Malgré tout, le temps fait parfois bien les choses et la musique de Nick Drake, décédé en 1974 deux ans après la sortie du maintenant mythique Pink Moon a su garder vivante la légende d’un artiste à la carrière éphémère. Il est d’ailleurs aujourd’hui cité par bien des artistes comme une influence majeure, on peut par exemple nommer ici Peter Buck de R.E.M ou encore Robert Smith de The Cure. Il faut parfois savoir faire la part des choses entre la vie et l’œuvre d’un artiste. Par contre, pour Nick Drake je vous suggère fortement d’aller en lire un peu sur l’homme lui-même, car sa musique, comme je l’ai mentionné plus tôt, se veut d’une profonde intimité et constitue une histoire magnifique d’une profonde tristesse.
Pour ma part, la musique intemporelle de Nick Drake reste aujourd’hui accrochée à moi comme une musique confidente qui s’écoute le matin lorsque tout est encore possible. Autant par journée de pluie que de soleil, les chansons de Nick Drake se justifient d’elles-mêmes par le jeu de guitare et la voix de celui qui les a écrites comme des chansons chantres de la nature et du temps qui, et Nick Drake nous le fait très bien comprendre, bouge parfois peut être un peu trop rapidement.

LE PARLEUR