Half Moon Run – Sun Leads Me On

C’est avec une grande impatience que j’attendais le retour d’Half Moon Run chez les disquaires, après être tombé sous le charme de leur excellent premier album, Dark Eyes, qui leur a valu une enviable reconnaissance internationale et les a propulsés au titre de groupe chouchou du public alternatif québécois. Après leur sensible et aérienne première parution, le groupe adoptif montréalais nous présente cette fois-ci une mouture plus électronique, plus léchée. L’album voit le groupe prendre plusieurs directions musicales, une approche suggérée par le titre Sun Leads Me On, une référence à la vie de tournée éreintante des dernières années, dont les aventures et contraintes ont orienté la composition intermittente de l’album. Sun Leads Me On est aussi, comme l’indique son titre, une œuvre plus lumineuse, plus limpide, qui dégage l’espoir et l’allégresse. Cet affect jovial s’objective d’entrée de jeu sur Warmest Regards, une ballade folk réconfortante. Si ce trait en fait une œuvre plus accessible, il n’en demeure pas moins qu’on s’ennuie de l’aura ténébreuse et mélancolique qui teintait Dark Eyes. Le chagrin a alimenté les chansons les plus poignantes d’Half Moon Run : Nerve et She Wants to Know, pour en nommer quelques-unes. On retrouve avec soulagement cette atmosphère sur It Works Itself Out, une chanson fébrile, bouillonnante, passionnée, frénétique.

La pièce éponyme de l’album est une autre réussite de l’album. Half Moon Run a un talent fou pour bâtir une ambiance, pour développer progressivement une charge émotive dans une chanson jusqu’à un point culminant. C’est ce qui rend ses spectacles aussi envoûtants.

L’hétérogénéité de l’album fait place à certaines pièces plus faibles. Devil May Care, qui s’inscrit dans la lignée des succès indie-folk en vogue comme Mumford and Sons ou The Lumineers, manque de saveur. Cela contraste avec la pièce suivante, The Debt, qui est celle qui s’écarte le plus des assises du groupe. Explorer de nouveaux horizons est un couteau à double tranchant en musique, mais le coup est ici hautement réussi. La trame de synthétiseur, alternée à la voix, forme une boucle mélodique qui exerce un franc hypnotisme sur l’auditeur. La chanson prend des airs symphoniques jusqu’à un point culminant comme seul Half Moon Run sait les déployer. Ce morceau aurait été, à mon humble avis, une parfaite pièce de conclusion pour l’album, mais la dernière piste est plutôt le simple Trust, première pièce de l’album offerte au public au milieu de l’été. C’est la chanson la plus électronique et la plus accrocheuse de l’album, que j’aime particulièrement pour son côté dansant.

En somme, Sun Leads Me On montre l’ampleur du défi de produire un second album après trois années exténuantes de tournée et des attentes titanesques du public. C’est le reflet d’un groupe qui tangue entre, d’une part, le désir de se réinventer, de fuir la répétition de la formule gagnante et, d’autre part, la crainte d’être en rupture avec son passé et de perdre son public. Rares sont les artistes qui parviennent à égaler l’apogée de leur premier album, et même si ce n’est pas le cas ici, Sun Leads Me On est une offrande respectable qui ne peut qu’ancrer le groupe dans le paysage indie-rock canadien.

Note: 8/10

LE NAUTONIER

À écouter :

 

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