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Empress Of – Me

Il faut beaucoup d’aplomb pour refuser une bourse d’études dans un sérieux collège de musique afin de se concentrer sur son idéal artistique. C’est ce qu’a fait Lorely Rodriguez (aussi connue comme Empress Of) et à écouter son album, on lui en est reconnaissant. Le web a démontré de nouveau son pouvoir viral en permettant à l’artiste d’obtenir un contrat d’enregistrement après que plusieurs blogs aient partagés ses pièces, contribuant à la faire connaître.

Empress Of nous surprend sur ce premier album avec une pop intelligente et cohésive, dont la production demeure fluide malgré son caractère expérimental. Elle sait exposer le fruit d’une recherche sonore et rythmique sans sacrifier l’accessibilité des morceaux, et c’est sur cette force que repose sa maturité artistique. Malgré les paysages rythmiques froids et mécaniques, la vivacité de la voix parvient à animer l’auditeur et à conférer une certaine gaieté aux compositions, qui autrement seraient bien plus sombres.

Si le raffinement et la propreté de la production rappellent la «future pop» d’AlunaGeorge, l’approche mélodique et le décor ténébreux des chansons évoquent davantage Austra. À son exemple, Empress Of démontre une aisance à créer des mélodies complexes et intriquées qui donnent parfois un caractère incantatoire à ses pièces, mais qui conservent assez de fluidité pour ne pas tomber dans l’irritant. Cette théâtralité se fait particulièrement manifeste sur la piste Water Water. D’autres morceaux ne laissent toutefois paraître aucune trace de cette intrication. Standard, par exemple, est une chanson beaucoup plus relâchée et son dynamisme pourrait en faire un hit pop considérable.

En somme, l’abondance de références sur l’album à d’autres artistes pop émergentes, quoique flatteuses pour son talent, constitue par la même occasion la faiblesse de l’opus. On sent que l’artiste tient un filon, et on entend dans la plupart des pièces quelques échos de cette identité créatrice, mais on a l’impression que la pioche vise parfois un peu en marge du trésor. On espère que l’artiste saura réajuster son tir pour le prochain opus et révéler plus explicitement son individualité musicale.

Il faut tout de même louanger le fait qu’Empress Of ait choisi de produire elle-même son album plutôt que de faire appel à un producteur de renom, une autre preuve flagrante de son audace. Cette force de caractère la rapproche des FKA Twigs et Grimes de ce monde et fera d’elle, à mon avis, une figure féminine prédominante de la pop alternative dans les prochaines années.

Note: 8/10

LE NAUTONIER

À écouter :

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