Monthly Archives: March 2015

L’industrie de la musique se meurt! Vraiment?

Je ne doute pas une minute que vous ayez tombé, tout comme moi, sur plusieurs textes traitant de la mort de l’industrie de la musique.  Les ventes de disques sont en chute libre depuis plusieurs années, les lecteurs web tuent le marché, les artistes crèvent de faim et le retour du vinyle présage le pire!  Personnellement, je crache sur tout ces médias qui tentent de nous convaincre du pire.  J’ai même lu cette semaine que les salles de spectacles seraient elles aussi en déficit.  Et pourtant, on a jamais vu les festivals du Québec prendre autant d’ampleur, et les salles offrir des line-up aussi impressionnant!

Pour ceux qui ne sont pas encore au courant, pour la première fois cette année, le streaming a officiellement généré plus de profits que la vente de cd.  Ça veut dire quoi au juste?  Ça veut dire que vendre quelque chose d’imaginaire (i.e. de l’espace mémoire sur nos ipod), c’est beaucoup plus payant que de vendre un disque, dans une pochette, avec un livret et un disquaire qui nous fait quelques sourires.  Il y a longtemps que le cd lui-même s’était fait à l’idée de mourir, lorsque son petit cousin le dvd a commencé à sombrer lentement vers le fond de notre garde-robe, pour laisser place au blu-ray et aux Netflix de ce monde.  Aujourd’hui, même le vinyle est plus in que le cd!  Pour ceux qui diront que les plate-forme de streaming n’offrent que très peu ou pas de profits aux artistes, sachez que le cd n’en offrait pas davantage, sinon moins.

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Cependant, détrompez vous, je ne suis pas un hater du disque compact!  Au contraire, j’ai mon armoire avec au-delà de 350 disques qui ramassent la poussière chez moi, et encore hier je me procurais le dernier de Noel Gallagher en copie physique.  Mais vous savez quoi?  Le jour ou je ne pourrai plus m’en procurer, je me tournerai vers ses plate formes web que je commence déjà à bien apprécier, et je continuerai de tripper à fond sur tout cet art accessible en quelques clics.  Pour moi tout ce qui compte, c’est que les artistes aient une vitrine ou partager leurs musiques, et les fans des lieux ou se rassembler pour en profiter.

Avez-vous regardé ces derniers temps tout les shows disponibles au Québec?  Personnellement j’en deviens fou, la question n’est plus de savoir si mon groupe préféré passe dans le coin, mais plutôt de savoir quel groupe je vais sacrifier car il m’est impossible de tous me les offrir!  Combien de fois ai-je manqué un show parce que c’était sold out.  Combien de fois je me suis levé à 7h du matin pour ne pas manquer la pré-vente du super show tout récemment annoncé, combien de fois j’ai échoué…  Il y a des spectacles, tout les soirs, de tout les genres et pour tout les âges!  Si les salles de spectacles ont du mal a survivre, j’ai beaucoup de mal à le croire qu’ils sont gérés par une personne saine d’esprit!  Et qu’on ne vienne pas me dire qu’il y a tout simplement trop d’offres, parce que pour un mélomane comme moi, c’est le PARADIS!

Les médias s’entêtent à vouloir nous faire avaler que l’industrie se meurt, tout en offrant chaque jour qu’un minimum de musique émergente sur les ondes.  De mon point de vu, si quelque chose est néfaste à l’industrie, se sont les médias eux-mêmes.

LE FRÈRE

Je vous laisse sur ce clip de Queens Of The Stone Age!

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Kings Of Nowhere – The Mohrs @ Quaie des Brumes

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Dans ma dernière publication, je vous ai parlé de cette fin de semaine du mois de février, ou j’ai eu la chance d’aller pour la première fois au Quaie Des Brumes, assister au spectacle du groupe rock canadien The Mohrs.  C’est en première partie d’un autre groupe canadien, The Beaches, que j’ai fait leur connaissance l’an dernier.  Je m’étais promis de retourner les voir à leur prochain passage, c’est maintenant fait!  Et je dois vous dire que je ne regrette aucunement mon déplacement.

Le spectacle tombait parfaitement quelques jours après la sorti de leur premier album, Kings Of Nowhere, j’ai donc eu quelques jours pour me le rentrer dans la tête avant le show.  Accompagné de ma demoiselle, j’ai pris place dans la salle, une bonne MacTavish du Trou Du Diable en main, que demander de mieux?  Dès les premières notes, lorsque j’entrepris de chanter en choeur avec le groupe, je compris que le fan, ce soir là c’était moi.  Jackie Mohr a tout pour donner envie de se lever et de tripper, j’adore cette énergie qu’on retrouve chez The Mohrs, une musique simple et des riffs efficaces, parfois il n’en faut pas davantage!

C’est donc sans prendre de pause que moi et ma copine profitèrent de ce moment en chantant avec ce groupe qui avait joué pas mal sur repeat dans l’appartement cette semaine là!  The Mohrs c’est un rock faisant penser aux Foo Fighters, à Heart ou les Pretenders, tout en gardant une touche personnel, un léger son de garage rock.  Inutile de nier que c’est Jackie Mohr qui lead le groupe, sa motivation se lit sur son visage, guitare en main debout devant son micro, la scène c’est son élément.  Les trois boys qui l’entourent assurent à merveille les back vocals qui prennent tout leur sens une fois en Live.

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Je profite de cette publication pour faire un léger retour sur Kings Of Nowhere, premier album complet du groupe.  C’est le single Better qui ouvre le bal sur cet album qui contient quelques surprises très intéressantes.  J’ai particulièrement apprécié Perfectly Sane et Killer, deux pièces qui représentent exactement le genre du groupe.  Néanmoins, la pièce éponyme Kings Of Nowhere se tient certainement au sommet de ma liste, donnant un sens à tout cet album, son rythme à sauce pop ayant tout pour être entraînant.  The Mohrs nous offre un album osé, un album hors des standards du moment et prêt à venir nous rentrer dedans.  Kings Of Nowhere est parfait pour se changer les idées dans une musique à première vu simpliste mais aux arrangements très intéressants.

J’ai également eu la chance de discuter avec le band après le show, eux-mêmes étant venu nous retrouver à notre table pour faire connaissance.  J’adore ces groupes qui n’essaient pas de se prendre pour quelqu’un d’autre et qui prennent le temps d’être là pour les fans.  The Mohrs c’est ce genre de band, si vous allez vers eux ils vous accueilleront à bras ouverts, et si vous n’y allez pas, c’est eux qui viendront à vous!  Si The Mohrs passe au petit bar miteux de votre coin, je vous conseille fortement d’y aller, quelques bières en main et vous serez rapidement satisfait.  Je vous revient cette semaine sur des critiques d’albums qui ont marqués ces derniers mois.

LE FRÈRE

Jessica Pratt – On Your Own Love Again

En janvier dernier, Jessica Pratt nous livrait son deuxième effort, titré On Your Own Love Again. L’artiste américaine y présente de nouveau un folk honnête et contemplatif dans une formule épurée dont la voix et la guitare tiennent les rênes. L’ensemble est coiffé de délicates touches de synthétiseur en arrière-plan, qui viennent nourrir le caractère onirique et atemporel de l’album.

Dès les premières notes, l’artiste nous confine dans un havre de quiétude et de solitude. Wrong Hand ouvre le bal avec une ligne de guitare hypnotique, itérative sur laquelle la chanteuse perche une mélodie galopante. Le doux picking de Pratt se rapproche de la harpe par sa délicatesse.

C’est sur Game That I Play qu’on voit toute l’habilité de Pratt à reproduire une atmosphère. L’inquiétude et le réconfort s’y côtoient joliment avec une alternance perpétuelle. Le fredonnement qui constelle la pièce fait naître les notes d’angoisse, alors qu’on est bercé lors des paroles par la voix sereine et pincée de la chanteuse. La pièce se conclut sur un passage psychédélique dont le tempo croissant fait honneur à l’étiquette freak folk qu’on acolle parfois à l’artiste.

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Sur Strange Melody, Pratt parvient à bâtir une tension croissante, tension qu’elle entrecoupe de revirements mélodiques évoquant l’espoir. La facilité avec laquelle la mélodie est transformée au cours de la pièce à coup de cassures contribue à lui donner un fort caractère narratif. Même l’harmonie de superposition de voix turlutantes semble avoir quelque chose à raconter. Les paroles sont chargées d’émotion ; des vers comme «Were you coming to me to tell me you’re a man?» ou «But I see that you’re leaving, what can I say?» montrent la force de l’ébranlement qui est retenue dans la voix sereine et confiante de l’artiste.

Le morceau qui enchaîne constitue un moment fort de l’opus. Greycedes est plus entraînante que les pièces précédentes, par son rythme et par la présence de deux guitares. Ces dernières sont légèrement décalées l’une de l’autre et aussi des paroles à leur commencement, ce qui crée un bel effet.

Moon Dude, qui suit, est une pièce plus posée, mais non moins émotive. Pratt y étale toutes les qualités de sa voix, que ce soit son registre étendu, son suave trémolo ou son nasillement délicat. L’auteure parvient encore un fois à nous faire vivre une palette d’émotions tout en demeurant dans le cadre restreint de la douceur et du dépouillement.

La façon dont l’artiste fait fausser sa guitare vers la fin de Jacquelyn in the Background vient dévoiler une autre facette de l’œuvre de Pratt, à savoir son âpreté. L’album est parsemé de ces petits moments d’inharmonie qui lui donnent de la rugosité. On retrouve aussi ce genre d’accroc à l’aube de I’ve Got a Feeling, qui se construit sur une ligne de guitare discordante et sèche. La conclusion de cette piste, comme certains autres passages, n’est pas sans rappeler également les constructions mélodiques de Genesis à ces débuts, comme dans la pièce Supper’s Ready. L’analogie s’arrête là toutefois; l’ambiance et le style qui caractérisent la musique de Pratt se détachent totalement du rock progressif de Peter Gabriel et de ses acolytes.

Back Baby est probablement la pièce la plus accessible du lot. Son climat est en continuité avec le reste des morceaux, mais la guitare y est plus rythmée, la voix plus résolue, la mélodie plus rapide. La pièce définitive est pour moi la principale déception de l’opus. Il s’agit d’une balade d’une minute et demi sans véritable saveur et qui jure avec le climat mélancolique et introspectif précédemment installé.

En conclusion, Jessica Pratt nous démontre sur cet opus qu’elle connaît ses qualités et sait bien les exploiter. Même si les critiques la rapprochent des grandes dames du folk comme Joni Mitchell et Joan Baez ou établissent une parenté entre son univers lyrique et celui du groupe Fleet Foxes, Pratt réussit avec On Your Own Love Again à asseoir les frontières de son propre style. Si le caractère répétitif et uniforme des chansons peut sembler une faiblesse sur cet album, il constitue également sa grande force, puisqu’il lui donne sa cohésion et vient étoffer son atmosphère. Quand on apprend que Pratt a composé les neuf pistes en confinement dans son appartement, simplement outillée de sa guitare, d’un magnétoscope et d’un peu de re-recording, on comprend d’abord le sentiment d’exil et d’introspection qui s’en dégage, mais on constate surtout que la simplicité, par le défi de la restriction, permet parfois de dévoiler encore plus tout le talent de composition et d’interprétation d’une artiste.

Le Nautonier