Monthly Archives: February 2015

Vue d’ensemble sur “Panorama”

Ma première critique sur Tire Le Coyote. En fait, ma première critique sur ce blog et même… Ma première critique à vie. D’ailleurs, la première fois que la voix et la musique de Tire Le Coyote a percuté mes oreilles, je m’en suis trouvé déstabilisé, voire un peu méfiant. Je crois même m’être passé la réflexion que je n’allais pas donner suite à une seconde écoute. Des textes de très haut niveau et un son peu ordinaire auquel on s’attache vite, finalement… Son premier EP et Le fleuve en huile, disques sur lesquels j’ai pu mettre la main (on ne me surnommera pas « Le Ramasseux » pour rien) sont remplis de perles tant au niveau littéraire que musical. Et je ne me mettrai pas à jaser du chef-d’oeuvre Mitan, j’en aurais trop long à dire… Un de mes classiques à vie. Voilà. On y va !

L’album fait honneur à son auditeur en ouvrant avec une superbe pièce instrumentale garnie de clarinette, instrument qui vient côtoyer pour la première fois la musique de Benoit Pinette, et c’est alors que Ma révolution tranquille commence à tourner, une chanson imagée, authentique et texturée de country-blues-rock comme seul Tire Le Coyote sait les écrire. Les fans assidus s’y trouveront déjà charmés.

L’album se poursuit ensuite, oscillant entre country façon rétro et blues-rock soutenu par son acolyte Shampouing. Ces deux styles apprivoisant l’écriture métaphorique, unique et bien québécoise de l’auteur-compositeur-interprète participent à la création d’un climat particulier et enveloppant, propre à l’artiste. S’enchaînent de remarquables chansons telles que Rapiécer l’avenir, Ma filante ou La fille de Kamouraska.

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Et là, soudainement, sans prévenir, se pointe la chanson Jolie Anne, figurant maintenant parmi mes favorites. Des lignes comme « Ton silence de monastère évoque la bombe atomique, les angoisses du triangle dans un orchestre symphonique », « Laisse-moi mettre de l’espoir dans ta tink à méfiance » ou encore « Y’a aucune douane su’l chemin d’la liberté » démontre qu’en écoutant cette musique, nous avons ici affaire à un artisan des mots et des idées. Un auteur, un vrai. De plus, le tout se voit accompagné d’une guitare simple, mélancolique et efficace ainsi que d’une charmante clarinette qui vient encore une fois, grandement ajouter à l’oeuvre.

Comme si ce n’était pas assez, la piste suivante, Les miracles se vendent à rabais, m’a aussi énormément plu. Six minutes bien investi : De la guitare acoustique folk qui s’alterne avec une autre électrique et solide, un rythme énergique et pour la première fois, il me semble, une prise de partie politique. La route musicale se termine ensuite par une très courte instrumentale qui rappelle la pièce d’introduction, une excellente façon de clore l’album en douceur.

Je termine en souhaitant mes meilleurs vœux d’avenir à cet artiste honorable qui se trace un chemin dans l’univers de la musique francophone à grand coup d’intégrité, d’honnêteté et d’humanité.

LE RAMASSEUX

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Mon Premier Show à la Place des Arts

Une belle fin de semaine de février, un relativement beau temps et un emploi du temps bien charger.  Je m’accorde malgré tout quelques bières et je me met en route vers la Place des Arts, m’étant procuré il y a quelques semaines deux billets pour Couturier dans le cadre des Week-Ends de la Chanson Québécor / Série Découverte.  Pour ajouter au piquant de la soirée, Couturier avait annoncé trois invités qui le rejoindraient sur scène tour à tour au cours de la soirée, soit Jeffrey Piton, Andréanne A.Mallette et Philippe Brach.  C’est, je dois l’avouer, ce dernier qui m’a convaincu  d’acheter mes billets, bien que je ressentais encore une légère déception d’avoir manquer le lancement du nouvel album de Couturier.

Dès notre arrivé sur place, moi et ma copine vivions notre baptême de la Place des Arts et nous nous sommes mis à la recherche de nos deux places dans la petite salle Claude-Léveillée.  Moi qui ne s’attendait pas à une ambiance particulière dut m’adapter, on assisterait là à un spectacle des plus intimes, que demander de mieux?  C’est sans même utiliser de micro qu’on nous introduit un Félix-Antoine, sourire aux lèvres et visiblement plus qu’heureux de se retrouver avec nous.  Il prend le temps de bavarder avec la foule, de raconter quelques anecdotes et de présenter ses artistes invités.  Ceux-ci prennent même place dans la salle, comprenez à quel point on parle d’un show intime!

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Couturier ouvre son spectacle avec une pièce de son premier EP Fuir Le Plancher, Dans Cette Vie, qui personnellement fut la pièce qui m’a fait découvrir  Félix-Antoine Couturier en dehors de Kodiak et OLinea.  S’enchainent ensuite des pièces plutôt récente, et une reprise de Offenbach, Mes Blues Passent Pu Dans Porte, repris à sa manière, lui donnant une touche de renouveau, un regain d’énergie et de jeunesse, très beau moment du spectacle.  J’avais rapidement fait le tour de son récent album Comme Un Seul Homme, sans m’y attarder particulièrement.  De le voir en interprétation Live m’a convaincu assez rapidement!  Couturier a sa manière propre de partager son art, se souciant peu de ce qui est in ou out, il reste lui-même, l’authentique Couturier.  (Je n’en dis pas davantage, je ferrai un rapide review de cet album dans une prochaine publication!)

Je ne connaissais aucunement l’auteur-compositeur-interprète Jeffrey Piton, mais sa performance avec Couturier, durant laquelle ils nous ont livré un plottage entre deux de leurs pièces respectives, m’a énormément surprise.  Jeffrey Piton devrait nous livrer sous peu son premier album en français, signé également sous Slam Disques, j’y prêterai certainement un oeil et vous en reparlerai!  Se fut ensuite le tour à Andréanne A.Mallette de venir nous présenter une pièce de son album Bohèmes, paru l’an dernier.  Chaque passage d’un invité apportait son lot de rires et d’anecdotes, ce qui rendait le spectacle très vivant et apportait plusieurs rires et sourires parmi l’assemblée.

Je ne peux pas cacher que le moment pour lequel j’attendais avec impatience était le moment ou Philippe Brach foulerait la scène à son tour.  J’ai savouré des dizaines et des dizaines de fois son plus récent album, La Foire et L’Ordre, j’avais beaucoup hâte de le voir aller sur scène.  Malgré l’unique pièce qu’il nous interpréta, tout comme les autres invités, le voir partager la scène avec Couturier était très fascinant.  Tout deux possèdent une voix bien différente, un style très distinct mais qui se retrouve à fusionner à  merveille.  Deux chansons de deux artistes mis ensemble pour n’en former qu’une.  Nous avons d’ailleurs eu droit à une nouvelle pièce de Philippe Brach, un léger aperçu de ce qui nous attend sur son prochain album!

Somme toute, ce fut une excellente soirée qui donne foie en la prochaine génération de chanteurs et chanteuses du Québec, une génération fière de présenter du stock en français!  Je vous conseil de vous déplacer aux spectacles de Couturier qui devrait se présenter un peu partout dans les prochains mois.  Il trouvera certainement du temps entre les show de la tournée de Sylvain Cossette, tournée dans laquelle il agira en tant que guitariste.  Et très prochainement je compte bien m’offrir des billets pour Philippe Brach, Andréanne A.Mallette et Jeffrey Piton!

LE FRÈRE

10997335_378465709004945_6235484769825642324_nPlus tard cette semaine, mon retour sur le show des Mohrs au Quaie Des Brumes!

Les conseils de Papa Roach

F.E.A.R. : Fuck Everything And Run?

Lors de son arrivé en studio, c’est avec un gros sharpie à la main que Jacoby Shaddix inscrivit en gros sur le mur du studio F.E.A.R. .  La peur, voilà ce qui motivait le chanteur de Papa Roach a vouloir retourner en studio.  D’après ce que j’en sais, notre petit Jacoby, déjà peu réputé par sa sainteté, aurait passé beaucoup de temps à Las Vegas ces dernières années.  Comme vous devez vous en douter, on ne passe pas son temps à boire le thé, à Las Vegas.   C’est tout de même avec une grande motivation, et le désir de vaincre cette peur, que le groupe décida de travailler avec le duo de production père-fils, Kane et Kevin Churko.  Un choix plus que sensé, Kevin Churko ayant travaillé avec Ozzy Osbourne, Slash, Five Finger Death Punch et même Ringo Starr!  (D’accord, ce dernier n’est pas si impressionnant…)  C’est donc dans un studio situé à Las Vegas, lieu même de tout ses soucis, que Jacoby et ses compatriotes de Papa Roach s’aventurèrent à prouver à nouveau à tous que Papa Roach, c’est pas mort.

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Jacoby avoue avoir longtemps eu en tête la signification Fuck Everything And Run à l’acronyme F.E.A.R. .  Ce n’est que plus tard qu’ils décidèrent plutôt d’utiliser Face Everything And Rise, un choix plutôt judicieux.  La pièce éponyme de l’album réussit rapidement à nous emporter dans la vague.  Si comme moi vous avez gueuler les paroles de Last Resort un nombre incalculable de fois, cet album est pour vous!  Un retour au source?  aucunement.  Un vent de fraîcheur? assurément.

En 2015, le rock est lourd.

Il ne faut pas se mentir, chaque fois que ce genre de groupe sort un album, on se dit que se sera certainement le dernier!  Déjà en 2012, on n’y croyait pas de voir Papa Roach revenir en force avec The Connection.  Et voilà qu’ils sont de retour en 2015.  On ne peut certainement pas les accuser de ne pas vouloir faire rocker à nouveau leurs fans qui semblent rester très fidèles.  F.E.A.R. se trouve être un album très actuel, aux sonorités du temps et aux teintes  électro dont on ne peut se passer aujourd’hui.  En effet, c’est un son très loud qui nous est offert sur cet album, des riffs pesants, une bass qui vient nous claquer au visage, tout pour être satisfait!

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Skeletons, Broken As Me, Falling Apart, des pièces qui arrivent à nous rappeler le bons vieux temps.  Malgré une évolution hallucinante du style du groupe, on ressent toujours cette même énergie qui nous faisait tripper dans le temps de Infest au début des années 2000.  Les pièces qui m’ont fait particulièrement accroché à F.E.A.R. sont sans hésiter Love Me Till It Hurts et Warriors.  (Si vous deviez en écouter deux sur repeat, c’est celle-ci que je vous conseillerais!)

Je ne désire pas entrer davantage sur l’énumération des pistes, car au final, dans son ensemble, c’est un album typique de Papa Roach.  Des refrains accrocheur, une parfaite dose de pop, des moments plutôt calme ou Jacoby arrive à nous faire sortir quelques larmes, et des moments très pesants ou il arrive à tout simplement nous donner envie de tout casser autour de nous!  O.K., j’exagère quelque peu.  Tout ce que j’ai à dire c’est adorez-le, haïssez-le, achetez-le ou downloadez-le, mais ce qui importe le plus, c’est de l’écouter.  Je peux vous garantir que vous trouverez assurément une ou plusieurs pistes qui feront votre bonheur.

LE FRÈRE

L’electro swing de Parov Stelar


maxresdefault Tout découle de l’idée de vouloir surprendre ma soeur en lui offrant un cadeau de Noël dont elle ne s’attendrait guère.  J’ai préparé mon plan quelques semaines en avance, connaissant le penchant musical de ma soeur, l’electro swing, je me mets en quête de lui trouver ce qui serait qualifié du summum de l’electro swing.  J’ai accumulé plusieurs jours de recherche, à parcourir nombreux forums sur le sujet et écouter des dizaines de genre et sous-genre de l’électro-swing.  Les mélomanes du web s’entendaient très bien sur le sujet, chose plutôt rare.  Mon choix s’arrêta donc sur l’autrichien Marcus Füreder, plus connu par son nom de scène Parov Stelar.  Depuis, j’ai du mal à me sortir ce nom de la tête!

Sérieusement, chaque fois qu’on m’avait fait écouter de l’electro swing, jamais ce genre de musique électronique n’avait réussis à me convaincre.  Mais voilà, Parov Stelar fut l’exception, dès la première pièce qui tomba sous mes oreilles, j’eus soudainement envie d’en savoir davantage sur ce genre mystérieux.  Après tout avouons le, on se retrouve plutôt loin de la majorité des choses qu m’on entend un peu partons!  C’est la pièce Baska Brother qui me surpris le plus, le côté entraînant du swing nous fait rapidement donner envie de danser et de se laisser entièrement transporté par la musique.  C’est ensuite que viennent s’entremêler les caractéristiques de l’electro, le meilleur des deux mondes réunis sous une même mélodie.

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Le double album The Princess pourra j’en suis sur vous convertir rapidement à ce genre de musique, du moins se fut le cas pour moi.  L’electro swing offre une sonorité contenant beaucoup de teinte vintage, des mélodies parfois disco, parfois plus pop ou même hip hop.  Le tout toujours accompagné d’une goutte de swing, on en oublie facilement que c’est une musique produite en 2012!  Parov Stelar utilise néanmoins beaucoup de sample du temps où le swing était très populaire, des sample allant même jusqu’aux années trente!  Il est très surprenant de constater à quel point il réussit à faire fusionner toutes ces sonorités très distinctes.

The Vamp, Oh Yeah, Booty Swing et Jimmy’s Gang livrent très bien le genre offert par le DJ Parov Stelar, la manière unique avec laquelle il produit sa musique le fait énormément sortir du lot.  C’est ce genre d’artiste qui me fait beaucoup aimer la musique électronique.  Des artistes tel que Trentemøller, Andy Stott, Disclosure et même Daft Punk, tous offrant d’une manière qui leur est chacun propre, une musique inexplicable, absolument unique.

Enjoy!

LE FRÈRE

À Paradis City en toute honnêteté avec Jean Leloup.

Un peu plus d’une semaine, c’est ce qu’il me fallait pour prendre un peu de recul et pouvoir poser un regard critique sur À Paradis City, le plus récent album de Jean Leloup. Il est de ces artistes qui, avant même d’avoir présenté du nouveau matériel, semblent déjà convaincre leur auditoire de la qualité de la chose. Pour ma part, il va de soi que le Wolf s’immisce dans cette catégorie. Ainsi, je me dois, avant de me prononcer, de mettre de côté mes émotions et de m’imposer un regard comparatif face à cette nouvelle œuvre de cette figure de proue de la chanson québécoise.

Leloup

Avec À Paradis City, il me semble, malgré l’orientation quelque peu mélancolique et nihiliste que peuvent prendre certains textes, particulièrement celui de Willie, que se présente devant nous un Jean Leloup à l’esprit bien plus éclairé que celui qui nous avait présenté Mille excuses Milady en 2009. Ce dernier, qui s’est installé comme un de mes favoris dans l’œuvre de Leloup, m’apparaît malgré tout comme un flot de boucane continue. Sur Mille excuses, l’art contrôle l’artiste tandis que sur Paradis City, l’auteur-compositeur-interprète contrôle son art et l’éclatement psychique qui fait de lui ce qu’il est.

Ce qui est intéressant avec ce dernier disque, c’est que Jean Leloup revient aux sources de sa composition. Il teinte ses textes de sa propre philosophie plus pure qu’elle ne le fut présentée auparavant. Également, il parvient à épurer les arrangements de sorte que l’on puisse se concentrer sur les textes sans pour autant en venir à oublier la musique qui les porte. Nous le savons, par le passé, Leloup, entre autres sous le pseudonyme de Johnny Guitare, était parvenu à nous démontrer quel excellent guitariste il est. Cependant, c’est sans dentelle et sans ornement qu’il concentre cette fois À Paradis City sur la force de ses compositions plutôt que sur les prouesses guitaristiques. Il est aussi important de noter que l’album n’a pas été conçu dans cette optique. Tout d’abord, les chansons avaient été arrangées d’un son plus contemporain, un son électronique. Puis, Leloup l’expliquait en entrevue, c’est à partir de ces arrangements que l’album fut retravaillé avec des musiciens pour en venir à ne garder que le nécessaire des arrangements électroniques. Par le nécessaire j’entends ici cette petite touche qui donne son unicité à l’album, je pense par exemple à la chanson Petit Papillon et à la présence dans celle-ci de claviers qui sonnent comme une voix distortionnée et qui ne peuvent que soutenir à merveille la triste histoire que nous raconte Jean Leloup.

À Paradis City est à mon avis un amalgame de chansons toutes plus appréciables les unes que les autres. Pour ma part, j’ai adoré Les Flamant Roses, mais c’est avec un sourire que j’ai particulièrement arrêté mon attention sur Voyageur. Ceux qui auront assisté au spectacle La Nuit des Confettis en 2013 s’en souviendront peut-être, Leloup agrémentait entre quelques chansons une ligne qui m’était restée longtemps dans la tête après ce spectacle : « Sombre est ta solitude voyageur/ pauvre guerrier sans pleur » Ces vers semblent s’être transformés peu à peu pour s’introduire magnifiquement vers la fin de Paradis City.

Je lève également mon chapeau à l’idée de Leloup d’ajouter à l’intérieur du cahier de textes de son album chacun des accords utilisés pour interpréter toutes les pièces de ce dernier opus. Peut-être cette tentative aura-t-elle déjà fait ses preuves chez d’autres artistes, c’est néanmoins la première fois que je peux en faire la constatation à l’achat d’une copie physique. Qu’il est agréable d’entendre le Wolf dire en entrevue qu’il préfère croire que les gens joueront ses chansons plutôt que de les écouter. S’il en est un qui a compris quelque chose à son art et qui nous l’offre chaque fois avec l’honnêteté d’être celui qu’il est, c’est bien Jean Leloup.

Bonne écoute!

LE PARLEUR

Dans la mire pour 2015.

 

Mes oreilles baignent depuis déjà plusieurs années dans l’océan sonore du rock alternatif, toujours prêtes à plonger dans de nouveaux courants musicaux. Lorsqu’on m’a proposé de prendre part à la traversée de la régate de CORRESPONDANCESblog, j’ai sauté sur l’occasion de mettre à contribution mon bagage de matelot afin de lui permettre de dériver plus profond encore dans les méandres de la musique émergente et de découvrir encore davantage d’Eldorados mélodiques. Voici l’heure pour moi de lever l’ancre et d’embarquer dans l’aventure avec une première chronique, et j’ai décidé, d’emblée, de mettre le cap sur 2015 et ses promesses en musique. De nombreuses sorties d’albums ont déjà été annoncées et laissent présager une année faste pour les mélomanes. Si certains artistes laissent filtrer les détails de leurs projets au compte-goutte, en partageant des tweets cryptés ou des photos mystérieuses, d’autres nous mettent déjà l’eau à la bouche en dévoilant de nouvelles pièces dans leurs spectacles ou sur le web. Les techniques publicitaires n’auront jamais été aussi variées et inventives, et pourtant, l’actualité musicale est tellement foisonnante qu’on en perd rapidement le fil. C’est devant ce brouillard à l’horizon que j’ai choisi de dresser mon phare aujourd’hui, en inventoriant les sorties d’albums que j’attends le plus dans la prochaine année.

 

Radiohead

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Depuis la sortie de The King of Limbs en 2011 et la tournée qui en a découlé, les membres de Radiohead sont restés discrets sur les projets futurs du groupe. Si l’éventualité d’une suite est restée sur la glace, les cinq artistes de la bande n’ont pas pour autant chômé, mettant chacun de l’avant divers projets parallèles. D’abord, le chanteur Thom Yorke s’est entouré du bassiste Flea des Red Hot Chili Peppers et du réalisateur de Radiohead Nigel Godrich pour donner naissance à Atoms For Peace, un projet électro aux rythmes nerveux et disparates, bercés par la voix hypnotique de Yorke. Johnny Greenwood, de son côté, s’est affairé à la réalisation de trames sonores, composant entre autres la partition du film de Paul Thomas Anderson Inherent Vice et une suite à la trame sonore qu’il avait composée pour There Will Be Blood, du même réalisateur. Il a également performé avec divers orchestres tels que le prestigieux London Contemporary Orchestra.

C’est le bassiste Colin Greenwood qui a laissé entrevoir en premier la possibilité d’un neuvième album studio du groupe, en février dernier. «Thom vient juste de rentrer de sa tournée avec Atoms For Peace, et il a un peu de temps. Je suis désolé d’être vague… mais tout ce que je peux vous dire c’est que nous sommes heureux, positifs, et dans l’attente d’une prochaine aventure.» Deux mois plus tard, Le guitariste Johnny Greenwood, lors d’une entrevue avec le magazine britannique NME, annonçait : « nous nous rassemblerons à la fin de l’été et nous nous organiserons. Mais, vous savez, nous avons toujours été un animal qui se déplace lentement. J’imagine que c’est là que nous déciderons ce que nous ferons. » Les promesses se sont concrétisées lorsque le producteur du band a «tweeté» en septembre une photo de Thom Yorke et de Johnny Greenwood en studio, expérimentant avec des synthés modulaires, ce qui laisse présager un retour aux sonorités plus électroniques des Amnesiac et Kid A du début de la décade précédente. Fidèle à son habitude, le groupe demeure avare de commentaires dans les médias et laisse planer le doute complet sur la date de sortie de l’opus. Il serait sage de ne pas s’attendre à une campagne conventionnelle de promotion pour cet album, considérant les antécédents idiosyncratiques du groupe sur le plan marketing. On se souvient qu’ils auront été les premiers à distribuer un album à grande échelle au moyen de la vente à prix volontaire avec In Rainbows en 2007 et qu’ils ont, dans la même veine, mis à profit les cybertechnologies dans les années suivantes en téléversant leurs productions sur leur propre site web.

En attendant plus de détails, les aficionados de la formation mythique peuvent boire à la coupe des tout récents albums solos de Yorke et du batteur Philip Selway, deux parutions très respectables. Tomorrow’s Modern Boxes constitue l’offrande la plus électro de la discographie de Yorke, alors que Selway nous dévoile dans Weatherhouse son talent d’auteur-compositeur avec ses ballades folk organiques et résolument contemplatives.

 

Half Moon Run

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Le groupe indie-folk québécois de l’heure nous a donné un avant-goût de leur «sophomore» lors de sa tournée estivale en jouant plusieurs des pièces qui s’y retrouveront. Le test du deuxième album est reconnu pour être critique dans la carrière d’un artiste et les Montréalais d’adoption en semblent bien conscients, vu le temps et l’application qu’ils mettent à élaborer leur album. Entrés en studio au début de l’automne, ils gardent le silence radio depuis et la date d’accouchement de leur opus demeure matière à spéculation. Les extraits de l’été nous rassurent cependant sur la qualité de ce qu’ils nous livreront.

 

James Blake – Radio Silence

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Si son dernier LP, Overgrown, remonte au printemps 2013, l’année 2014 n’en aura pas été pour autant une d’oisiveté pour James Blake. D’abord, ses apparitions radiophoniques presque mensuelles à la BBC Radio 1 comme DJ maison de l’émission Residency, couplées aux nouveaux singles qu’il a partagé en primeur par le biais du programme, suffisent à contraster avec le titre du troisième album qu’il fera paraître au printemps prochain, Radio Silence. D’autre part, Blake nous a livré en décembre dernier 200 Press, un maxi plus expérimental et abstrait que ses précédents albums, qui confronte les samples R&B et les rythmes dubstep dans une atmosphère saturée. L’artiste nous a révélé que le prochain disque était déjà réalisé à 50% et qu’il serait plus agressif et plus «clubby». Également, on peut s’attendre à la présence du polyvalent Justin Vernon de Bon Iver ainsi qu’à celle du polémique Kanye West sur l’album, sans compter le troisième collaborateur dont Blake tait encore le nom et pour lequel il se dit très enthousiaste.

 

Tame Impala

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Les ambassadeurs australiens du rock psychédélique nous reviendront en force avec une nouvelle offrande en 2015, à en croire les dires de Spinning Top, la société de gestion du groupe. On ne connaît pas encore le moment de publication, mais le claviériste Jay Watson a piqué notre curiosité en avançant que l’album serait moins rock et plus électronique que les précédentes parutions. Une direction artistique qui intrigue, mais qui promet, considérant les projets avec lesquels s’est occupé Kevin Parker, le chanteur de la troupe, depuis l’acclamé Lonerism. Parmi ceux-ci, notons la participation aux formations Pond, Kevin Spacey et Mink Mussel Creek. On a pu l’entendre explorer plusieurs horizons artistiques, allant du space rock au funk, en passant par le dance. Parker a également prêté sa voix sur le single Daffodils du producteur Mark Ronson, deuxième extrait à avoir été divulgué de son opus qui a paru en janvier dernier.

 

PJ Harvey

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Polly Jean Harvey cumule plus de vingt ans dans le monde de la musique et le succès critique qui l’entoure n’a jamais dérougi depuis. L’artiste anglaise demeure la seule double récipiendaire de l’histoire du prestigieux Mercury Prize, avec Stories from the City, Stories from the Sea en 2000 et Let England Shake en 2011. Cette distinction, homologue du prix Polaris canardien, récompense le meilleur album britannique de l’année. La parution d’un album de l’auteur-compositrice est donc un événement très attendu par l’industrie de la musique. PJ Harvey nous ouvre les portes de son univers en nous permettant d’assister en direct à l’enregistrement de son album, dans un studio vitré aménagé à la Somerset House de Londres. L’exposition se veut une fenêtre sur le processus créatif d’enregistrement pour le public, mais pour l’artiste, il s’agit aussi d’une manière de stimuler ce processus, puisque les musiciens contempleront en continu les groupes de visiteurs de l’autre côté du vitrage à la manière d’un film anthropologique.

 

Louis-Jean Cormier (24 mars)

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Depuis la sortie de son premier effort solo, Le treizième étage, la carrière de Louis-Jean a connu un essor remarquable. Si son travail avec Karkwa lui avait un valu le respect des critiques et un succès notable auprès des auditeurs plus alternatifs, son parcours en solitaire le place désormais au rang d’artiste grand public. Les deux dernières années auront été bien remplies pour Cormier, avec le passage à La Voix, la tournée à travers le Québec, les concerts avec l’Orchestre Symphonique de Québec, le triplé de Félix au Gala de l’ADISQ 2013 et Les douze hommes rapaillés. Pour son prochain album, qui arrivera dans les bacs le 24 mars, Louis-Jean devra adresser une nouvelle fois un défi qu’il a relevé avec brio avec son premier disque, celui de rallier les deux solitudes, à savoir de présenter un produit qui saura plaire encore une fois aux larges audiences, sans décevoir aux mélomanes des premières notes de Karkwa.

 

Father John Misty – I Love You, Honey Bear

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Josh Tillman nous balance le 10 février prochain son second album solo, I Love You, Honey Bear. L’ex batteur de la formation folk Fleet Foxes nous prévient que le résultat sonnera plus soul que son précédent effort, Fear Fun, et qu’il sera également plus ambitieux dans les arrangements. Au menu, un mélange éclectique de cordes, de mariachis et de solos de batterie électronique. Tillman a en a surpris plusieurs en livrant son album en streaming il y a quelques semaines, mais sous un format audio MIDI, satire intelligente de la culture de streaming qui a transformé les habitudes de consommation de la musique. Il présente ironiquement SAP, un nouveau système «par lequel des albums populaires sont extraits (anglais sapped) de leurs performances, de leurs voix, de leur atmosphère et d’autres distractions afin que le consommateur puisse décider rapidement et efficacement s’ils aiment une composition musicale ou non».

On a pu l’entendre livrer un premier extrait en performance au programme de fin de soirée Letterman avec un ensemble de cordes complet de 22 personnes. L’amour, le narcissisme, l’ennui et le rire constituent les principaux thèmes abordés par l’opus.

Father John Misty a annoncé une tournée nord-américaine dans les mois à venir et s’arrêtera au Théâtre Corona de Montréal le 16 février prochain.

 

Beach House

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Le lancement d’un nouvel album en 2015 est encore au stade de rumeur, mais le duo dream-pop a offert une nouvelle chanson aux fans de Montréal lors de sa tournée Northern Exposure en 2014, une série de spectacles intimistes dans des villes nordiques du Canada et de l’Alaska, incluant les grands centres, mais également des endroits aussi inusités que Nelson, BC et Thunderbay, ON. La chanteuse Victoria Legrand, dont la grand-mère était québécoise et qui démontre bien son attachement à ses racines lors de ses passages dans la belle province en s’adressant à la foule en français, aurait d’ailleurs discuté avec des fans lors de la tournée et aurait mentionné que la formation était en enregistrement.

 

Mikal Cronin – MCIII (4 mai)

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Fort du succès de MCII, son dernier album applaudi par les journalistes et particulièrement par le polémique média Pitchfork, Mikal Cronin renoue avec les disquaires avec une offrande de 11 pièces qui tombera dans les mains de l’auditeur le 5 mai. L’intégralité des instruments sur les pistes, incluant du cor français, du saxophone, de la trompette et même du tzoura (sorte de luth traditionnel grec) sera jouée, à peu d’exceptions près, par le multi-instrumentiste. Conjointement à l’annonce du nouvel album, Cronin a dévoilé un premier extrait, Made Up My Mind, un morceau assez fidèle aux compositions qu’on lui connaît : une garage pop fédératrice menée par des guitares mélodiques et un piano désinvolte.

 

Le Nautonier