Monthly Archives: October 2014

Fred Pellerin : de Peigne et de Misère en Mauricie.

DE PEIGNE ET DE MISERE (Fred Pellerin 2013)

La qualité de son oeuvre est depuis bien des années indiscutable. L’aspect unique de son art recyclant les plus vieilles traditions québécoises et l’imaginaire collectif vient s’imprégner en nous et nous buvons gaiement ses paroles pour décrocher allégrement de notre réalité.

C’est avec de hautes attentes que je savais comblées d’avance que je me rendais, le 29 octobre, à la salle J.A. Thompson pour assister à une des nombreuses représentations du spectacle De peigne et de misère du conteur/poète/musicien Fred Pellerin.

Sans cérémonie, le résident le plus connu de Saint-Élie-de-Caxton s’est avancé sur la scène pour s’asseoir sur une vieille chaise en bois qui constitue, entourée de sa guitare et de son accordéon, tout le matériel dont il a besoin pour nous présenter son spectacle. Dès lors, on pouvait sentir que le public était déjà conquis par un conte qu’il saurait des plus divertissants. Après une brève introduction, le conteur nous pousse déjà la chansonnette avec Au Commencement du Monde, une interprétation d’une pièce de David Portelance. Ce morceau, réapproprié par Pellerin, dresse le ton principal du conte, qui commence à la création elle-même pour se terminer le soir de la fin du monde. Cette fin du monde, le conteur nous l’expose dans le monde clos du Saint-Élie de ses légendes. De toute évidence, Pellerin aime l’hyperbole. C’est d’ailleurs ce qui impressionne chez-lui : l’apport de grandiose aux petites choses qui font du Québec ce qu’il est; la grande histoire des petites histoires.

Comme on peut s’y attendre, la poésie orale de Pellerin nous transporte avec allégresse à l’intérieur de « sous-contes » qui tous se relient au canevas initial. On explore une fois de plus la version imaginaire de ce village où résident les maintenant légendaires personnages tels que le Forgeron Riopelle, le vendeur de bière su’a slide Toussaint Brodeur ou encore, le principal concerner dans De Peigne et de Misère, Méo le coiffeur.

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C’est en jouant brillamment avec les mots et en improvisant à maints moments du spectacle que Fred Pellerin traite de sujets tels que l’amour, la mort, l’environnement ou encore la vie en société et ce, toujours en humour. En fait, il est bien des spectacles d’humour auxquels j’ai assisté qui ne parvenaient pas à soulever autant de rires que ceux que le conteur parvient à recueillir grâce à sa manière certes intelligente et inusitée de jouer avec les mots. Pellerin parvient également à jouer avec les émotions des spectateurs dans un rythme absolument renversant de justesse. Ainsi, on peut rire à un moment, puis écouter sans dire mot à un autre pour ensuite presque pleurer à la fin du spectacle, lorsqu’il introduit la mélancolique Nous Aurons de Richard Desjardins, qu’il interprète à l’accordéon.

Au point final du spectacle, il est inévitable de ne pas s’incliner devant les talents de conteurs de Fred Pellerin. Sa manière de jouer avec la langue impressionne à chaque fois. Cependant, on réalise en spectacle que ses interprétations musicales, insérées à des moments clés de la représentation, nous permettent de reconnaître en Pellerin un musicien de tradition québécoise d’un talent certains. Je vous invite d’ailleurs à écouter ses albums, mais également d’écouter l’album réalisé par Jeannot Lemieux où Fred et Nicolas Pellerin revisitent d’excellents morceaux de la tradition québécoise.

Fred Pellerin parvient à nous faire sentir, à la sortie de la salle de spectacle, fiers de nos origines. Je crois d’ailleurs que c’est l’un des points les plus importants que va nous amener le souvenir d’un spectacle de cet artiste. Tout son art est lié, comme je l’ai mentionné plus haut, aux racines de ce qui nous constitue comme peuple et c’est là, le génie d’un conteur qui a de toute évidence à cœur la fierté nationale et la mémoire collective.

LE PARLEUR

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El Pintor pour Interpol

Sorti en septembre dernier, le cinquième album studio d’Interpol a tout pour nous surprendre.  D’un titre qui prend tout son sens dans une oeuvre bien réalisée du début à la fin, on ne peut définitivement pas passer à côté de ce retour en force.  C’est à mon avis la meilleure réalisation du groupe à ce jour, leur oeuvre la plus travaillée depuis Turn On The Bright Lights en 2002.

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El Pintor, The Painter

L’album s’ouvre sur All The Rage Back Home, qui a le potentiel de devenir un classique immanquable de la bande de New York.  Fidèle à son genre habituel, Interpol offre une vibe très énergique, un rock indie parfait comme on est habitués d’en entendre.  Paul Banks, chanteur et leader du groupe nous offrait en 2012 un album solo des plus impressionnants intitulé tout simplement Banks.  L’énergie dégagée par cet album m’avait rapidement charmé par son originalité déconcertante, une énergie semblable se dégage d’El Pintor.  Chaque pièce a sa place sur ce cinquième album du groupe.  My Desire, Anywhere, Same Town, New Story ou My Blue Supreme, toutes des pièces qui se complètent et qui forment Le Peintre (El Pintor!).  Seulement 10 pièces se retrouvent sur cet album, aucunes d’entre elles n’est de trop, chaque pièce a le potentiel d’offrir quelque chose de nouveau.

El Pintor, Interpol

Il y a effectivement une double signification à ce titre imaginatif du groupe.  Non seulement El Pintor signifie Le Peintre en espagnol, mais c’est également un anagramme du nom Interpol.  L’art de faire autre chose avec ce que l’on possède déjà, c’est un art qui n’est pas toujours simple.  Interpol est l’un de ses groupes qui réussi à se réinventer et à modifier son son pour obtenir autre chose, tout en gardant ses caractéristiques que nous apprécions.

El Pintor, ce n’est pas une révolution du monde de la musique, ce n’est pas non plus un changement de cap de la part du groupe.  El Pintor c’est une nouvelle manière d’interpréter le son de la bande de New Yorkais qui désire visiblement nous faire savoir qu’ils ont encore la cote, qu’ils méritent leur réputation.  Nombreux sont les groupes qui tombent dans l’oubli par la succession d’album tout aussi semblable les uns que les autres.  Interpol démontre ici qu’il est possible de rester fidèle à son public tout en offrant quelque chose de différent.

Pour terminer, je conseil cet album à tout les fans d’Interpol, il saura sans aucun doute satisfaire vos intentions.  Pour les gens qui connaissent peu ou pas le groupe, c’est selon moi le meilleur album pour les découvrir, sans être le meilleur album du groupe, il n’en demeure pas moins le plus représentatif de leur oeuvre qui demeure depuis déjà près de 20 ans.

LE FRÈRE

Temples au Cabaret du Mile-End : Symbiose et Mélodies

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Plusieurs longues semaines d’attente s’étaient maintenant écoulées depuis la date d’achat des billets pour Temples au Cabaret du Mile-End et la soirée fatidique était enfin arrivée. C’est un peu à l’avance, comme à chaque soir de spectacle, que nous avons pu tâter le pouls du Mile-End, mes amis et moi.

Une bonne heure avant l’entrée en scène de la première partie The Districts, on entendait déjà quelques admirateurs de Temples siffloter The Golden Throne devant des portes toujours verrouillées. Il plait toujours de constater cette connexion entre des gens qui ne se connaissent même pas, mais qui savent communier entre eux grâce à ce fabuleux intermédiaire qu’est la musique. Le genre importe peu, l’endroit importe peu. Ce soir là, c’était simplement la musique et le plaisir qui importaient et on pouvait le sentir.

Le Mile-End était assez vide à l’approche du spectacle. Cependant, c’est lorsque The Districts sont montés sur scène qu’on a rapidement pu constater que la salle se remplissait de plus en plus rapidement.

The Districts, c’est un groupe de Lititz en Pennsylvanie qui s’est avéré, pour ma part, une découverte certes positive. La performance qui nous fut offerte par ce groupe émergent était à la fois empreinte d’une énergie mélancolique très bien travaillée par les chansons, que d’une bonne dose d’adrénaline apportée par la présence scénique des musiciens, et plus particulièrement du chanteur. On sent que ce groupe se construit autour de chansons sensibles elles-mêmes élaborées dans un style qui mélange à merveille blues, grunge, folk et shoegaze avec une naïveté qui n’est pas du toute désagréable.

Puis, après une attente plus longue que les minutes elles-mêmes, par cette froide soirée qui berçait les rues de Montréal, c’est sans introduction que sont entrés les quatre britanniques de Temples. En ce 22 octobre, nous étions chanceux, car nous avons eu droit à deux pièces qui ne se trouvent pas sur leur premier album Sun Structures, c’est-à-dire Prisms et Ankh, respectivements B-Sides de Shelter Song ainsi que de Colours to Life. Il est agréable d’aller voir de bons groupes avant que ceux-ci ne soient significativement connus par ici puisque c’est ce qui nous permet d’avoir droit à un spectacle plus intime, mais aussi à des chansons que nous n’aurons peut être plus la chance d’entendre dans le futur, mais ça, personne ne peut le savoir.

Sur scène, les membres de Temples nous exécutent leurs chansons avec un professionnalisme renversant. Il est clair, dès les premiers résonnements de leurs guitares Fender et Grestch, que les musiciens devant nous sont des compositeurs et interprètes d’un talent remarquable. Le leader James Bagshaw honore tout de Sun Structures avec sa voix haut perchée et cristalline. Cependant, je ne pouvais écrire cet article sans glisser un mot sur les harmonies vocales époustouflantes de Thomas Edison Warmsley à la basse et d’Adam Smith, quand à lui claviériste et deuxième guitariste du groupe.

Au-delà de l’aspect accrocheur et bien écrit des chansons, on sent une symbiose musicale se produire entre les membres du groupe qui amènent, chacun à sa manière, une touche unique au son de ce groupe également assez unique. La batterie assez jazzée de Sam Toms vient avec brio se mélanger au travail de basse à la fois rythmé, mélodique et complexe de Thomas Edison Warmsley.

Écouter Temples sur disque et les voir en spectacle nous plonge dans un univers assez similaire, mais il reste cependant qu’en spectacle, on plonge bien plus profondément dans l’onirisme et la spiritualité de cette musique enivrante. Ce que j’ai apprécié avant tout, c’est la lourdeur de ce rock psychédélique que la bande de Bagshaw parvient à mettre de l’avant en live sans pour autant dénaturer quoi que ce soit de leur son très travaillé.

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D’un point de vue davantage esthétique, on sent également une forte cohésion dans le choix des costumes. Véritables personnages, les membres de Temples sont tous vêtus d’une manière très britannique et arborent des vêtements de friperies sortis d’une autre époque, le tout à une sauce extrêmement moderne. De plus, le look androgyne des clairement assumé chez certains membres du groupe, autant dans leurs vêtements que leur aise à porter du maquillage et des bijoux féminins. De ce côté, c’est Adam Smith qui fut le plus intéressant à regarder sur une scène. Son attitude désinvolte presque malaisée nous démontre que c’est avant tout la musique qui siège en maîtresse en lui. Cet excellent musicien est, je vous l’assure, assez fascinant à regarder aller sur une scène.

Le spectacle va donc bon train et nous mène à son point culminant plus rapidement qu’on ne l’aurait souhaité. Après de longues minutes d’attente durant lesquelles Temples se laissent désirer (ils n’avaient pas encore joué leurs hits Shelter Song et Sun Structures), les quatre musiciens finissent par remonter sur scène pour le bon plaisir des spectateurs.

Coup de théâtre et moment clou du spectacle, un joueur de Sitar monte sur la scène pour interpréter avec le groupe la très orientale Sun Structures. Le morceau fut d’ailleurs allongé de bien des mesures pour nous laisser apprécier ce mythique instrument que le rock s’approprie parfois si bien.

La tête pleine de musique, je suis sorti du Cabaret du Mile-End satisfait d’un spectacle qui s’apprécie magnifiquement dans ce genre de petites salles. Je suis d’autant plus content d’avoir été de ceux qui virent Temples ce soir là au Mile-End, car c’est certainement dans une plus grande salle que nous aurons l’occasion de les revoir au Québec.

LE PARLEUR

PS: Je vous laisse ici avec une performance de Prims qui ne provient pas su spectacle du Mile-End.

Echo Champs, une musique immergente

Ça fait quelques jours que j’ai pas pris quelques minutes pour mettre quelque chose en ligne sur Correspondances.  Cependant j’avais hâte de vous partager à nouveau la musique qui me fait tripper!  Les sujets sont par milliers, déjà j’ai promis de parler du nouvel album de Julian Casablancas, je prévois également écrire sur El Pintor, nouveau bijoux d’Interpol!  Mais voilà, je m’attarde plutôt sur un artiste émergent, un étudiant en Arts visuels qui a décidé de transformer sa vision en musique.  Il se fait appeler Echo Champs, et sa musique, je vous avoue que je ne sais pas comment l’appeler!

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Son EP s’intitule Awakening et déjà par la pochette on peut s’attendre à une ambiance relaxante, une connexion avec la nature par une musique tout sauf naturelle.  Awakening c’est à mon avis la mince ligne qui sépare la musique électronique de notre folk tant aimé.  Bien que se soit un son purement électronique, il est amené d’une manière à nous faire oublier qu’il en est ainsi.  Le EP s’ouvre sur la pièce Nawi, une introduction très bien orchestrée qui nous met tout de suite dans une ambiance qui sera tenue les quelques 20 minutes d’Awakening.  Déjà qu’on sentait un son très Jazz sur la première piste, ce son prend toute son ampleur sur Amazon Leaf.  Un petit tour sur la page facebook de l’artiste me permet d’ailleurs de constater qu’il est à la base un batteur de type Jazz, ce qui n’étonne alors pas du tout!  Sons de branches, d’oiseaux, de vent et même parfois d’eau, tout ce qu’il faut pour s’immerger totalement dans cette forêt qu’on nous présente.

Il est très intéressant de voir comment cet artiste transmet sa vision de l’art dans sa musique.  C’est en effet une musique très imagée, et le titre des pièces ne nuisent pas à clarifier cette image.  Hidden Paradise n’en fait pas exception.  Les pièces s’enchaînent très bien à travers cet univers secret que désire nous faire découvrir Echo Champs.  C’est la pièce Anything qui attire particulièrement mon attention.  On sent un grand pas entre celle-ci et la précédente, une ambiance très old school, à la Daft Punk ou Disclosure.  Décidément, j’en aurais pris davantage comme celle-là!

Awakening est un EP très intéressant d’un artiste du Québec, à mi-chemin entre une musique électronique d’ambiance et des beats très Jazz.  De plus, il est disponible gratuitement sur le site personnel d’Echo Champs.  Il est toujours très agréable de découvrir de nouveau nom de chez soi, et par les temps qui courent, de nouveaux sons électroniques se n’est pas ce qu’il manque.  Echo Champs réussit malgré tout à offrir un son différent, qui visera forcément un public différent également.  Un petit pas vers une musique qui a le potentiel de prendre encore beaucoup d’ampleur au sein de l’industrie.  Que l’on aime ou pas cette nouvelle vague électronique, on ne peut pas l’ignorer, et personnellement, j’aime beaucoup ce qu’il en ressort.

LE FRÈRE

Site web d’Echo Champs: http://echochamps.bandcamp.com/releases

Facebook d’Echo Champs: https://www.facebook.com/champsecho?fref=ts

The Tea Party, The Ocean at the End : une voyage sonore qui continue.

Ocean at the End

The Ocean at the End, c’est finalement le titre d’album qui fut choisi par les membres du groupe canadien The Tea Party pour leur album/come back. Ce premier album studio en plus d’une décennie était certes attendu avec une brique et un fanal par nombre de mélomanes.

Des chimistes des sons.

J’ai découvert The Tea Party il y a déjà de ça bien des années, en voiture, vers un centre de ski dans un hiver trop froid, par un mois de février un peu gris. La musique de ce groupe, pour ceux qui ne connaissent pas déjà, a l’impressionnante qualité de nous offrir un rock bien honnête comme le fait si bien Led Zeppelin tout en nous faisant voyager au Maroc, en Égypte ou encore dans plusieurs pays de l’Orient grâce à des explorations musicales bien audacieuses. The Tea Party, c’est un peu mélanger Led Zeppelin à la passion qu’avait George Harisson des Beatles pour le sitar, le tout agrémenté d’un frontman qui s’assume comme un genre de sorcier de la musique moderne. Au final, on en vient à respecter le groupe pour son aspect unique qui assume malgré tout diverses influences assez évidentes.

Ainsi, j’attendais avec impatience la sortie d’Ocean at the End, paru le 8 septembre. La sortie d’une captation live à Sydney en Australie l’an dernier avait d’ailleurs brillamment su m’accrocher à nouveau à ce groupe qui fait voyager mes oreilles à chaque écoute. D’ailleurs, si vous êtes du genre à apprécier le confort de votre salon pour regarder un bon concert à HD, Live in Australia est un achat que vous ne regretterez certainement pas. Venons en donc à The Ocean at the End.

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The Ocean at the End

Les premières notes de The L.o.C nous amènent directement à l’âme de Tea Party, on n’est pas dépaysés avec cette chanson. En fait, on ne l’est pas avec l’album en entier non plus. Dans une autre critique, il aurait pu sembler négatif de commencer à parler disque de cette manière. Par contre, avec The Ocean at the End, je suis plutôt content de voir que The Tea Party est encore une fois parvenu à explorer un son bien unique à lui-même sans pour autant nous donner l’impression d’être un groupe qui travaille les gammes orientales et qui finit par toujours sonner de la même manière.

Les chansons The Black Sea et Cypher nous montrent d’ailleurs ce qu’est la quintessence d’un rock à la sauce Tea Party. Dès la première écoute des trois premières chansons, j’étais donc relativement satisfait de ce que j’entendais. L’album, à sa quatrième chanson nous mène à The Maker, écrite par Daniel Lanois, producteur renommé à ami du groupe, il avait déjà laissé la bande de Jeff Martin interpréter à leur manière The Messenger qui, à mon humble avis, restera dans les mémoires davantage que The Maker. Il reste cependant que la ligne de basse de Stuart Chatwood dans cette pièce est tout sauf déplaisante. Le travail de claviers et de basse sur cet album démontre tout le talent de ce musicien qui, à mon avis, apporte une cohésion indispensable à ce trio qui sonne parfois comme dix.

Après The Maker, on en arrive à Black Roses, une pièce qui laisse une bonne impression dans les couplets et les pré-refrains, mais pour nous mener à un refrain un peu désagréable à la longue. La chanson reste malgré tout fort bien travaillée, comme tout le reste de l’album d’ailleurs, produit par Jeff Martin lui-même.

Je ne continuerai pas à parler chanson par chanson de l’autre moitié l’album, mais je tiens cependant à dire qu’Ocean at the End saura vous réserver quelques bonnes surprises si vous n’êtes pas déjà fan de The Tea Party. Encore une fois, ils parviennent à bien mélanger blues, rock et musique orientale à la perfection. Cependant, c’est pour les fans purs et durs du groupe que la chose peut venir se gâter un peu. On constate un album certes honnête, mais qui, malheureusement, nous pousse davantage à vouloir réécouter The Bazaar, Halcyon Days, Sister Awake, ou The River. Il ne faut par contre pas tomber dans la haine, car il est dur d’imaginer un autre Edges of Twilight pour un groupe qui s’était, avec cet album, tracé une ligne dans la grande histoire de la musique.

Tea party live

Naviguer d’un espace musical à l’autre

Finalement, c’est après maintes et maintes écoutes que je réalise que The Ocean at the End est un album qui s’écoute du début à la fin comme une véritable expérience d’écoute. Sincèrement, l’album gagne sur bien des points à être écouté comme si on se faisait le film de chaque chanson dans notre tête. Il en ressort de magnifiques impressions qui nous font parfois même oublier les moments plus faibles de l’album lorsque ceux-ci sont pris seuls. De cette façon, Water’s on fire, que je détestais, prend tout son sens au moment où elle s’introduit à mes oreilles dans l’album.

D’un point de vue davantage imagé, et c’est là-dessus que je terminerai cet exhaustif article, l’expérience d’écoute qui me fut offerte par The Ocean at the End s’installe dans mon esprit comme le film musical d’une flotte de bateaux qui partirait de l’Espagne pour traverser la Méditerranée jusqu’au Moyen-Orient en passant par eaux calmes et tempêtes ainsi que par naufrages et espérances. La fin de l’écoute de l’album avec Into the Unkwown nous mène finalement à bon port et nous fait comprendre que ce n’est qu’une petite partie du voyage qui se termine avec cet album qui, en fin de compte, se veut assez inspirant et fidèle à ce que peut nous offrir The Tea Party.

LE PARLEUR

We All Get Lighter

Je m’attarde aujourd’hui sur un artiste canadien que j’affectionne particulièrement.  Il s’agit de Raine Maida, que tout le monde connaît sûrement pour son rôle au sein du groupe Our Lady Peace.  Je ne peux pas le nier, j’ai toujours été bien fan de ce groupe, et surtout bien fier de la tournure qu’a pris le band canadien ces dernières années.  Fidèle à leur style et à leur public, j’ai l’impression que le groupe a toujours évolué en même temps que moi, comme si on avait grandi ensemble.  Trop de band ont peur d’évoluer et restent accrochés à de vieilles sonorités. Pourquoi avoir si peur du changement?  Mais bref, aujourd’hui je désire m’attarder sur Raine Maida et non Our Lady Peace!

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En plus d’être un excellent musicien, il est bien de mentionner que Raine Maida est extrêmement impliqué dans la production musicale au Canada.  Il a en effet travaillé avec Avril Lavigne, David cook, Kelly Clarkson, Die Mannequin, Marianas Trench et récemment avec le quatuor féminin Beaches.  C’est malgré tout l’an passé qu’il a sorti son premier album studio, après quelques EP les années précédentes. Il a écrit, enregistré, produit et mixé entièrement l’album lui-même (hormis quelques exceptions et partenariats avec des musiciens).  Pour moi, ça ajoute beaucoup à cet album qui en ressort alors très homogène, comme un seul gros morceau.

Dès le début de l’album particulièrement sur Rising Tide, on ressent beaucoup la même énergie perçue sur les derniers albums de Our Lady Peace.  Le genre de sonorité qu’on retrouvait sur Paper Moon ou bien sur Rabbits.  Sur ce même titre on retrouve d’ailleurs de magnifiques arrangements de vents, pianos et la magnifique voix de Chantal Kreviazuk, la femme de Raine Maida.  Le chanteur canadien n’a jamais caché l’amour qu’il porte envers le Québec, particulièrement envers la ville de Montréal.  C’est justement le titre du premier single de l’album, Montreal, un hymne à la beauté de la ville, très touchant et inspirant.  C’est avec ce genre de parution que je reste très fier de notre musique canadienne, qui rapproche à mon humble avis davantage aux genres anglais qu’à nos voisins américains.

L’album se poursuit sur cette vague, suivant la voix nasillarde et contre ténor du canadien.  Chaque titre s’enchaîne très bien, This Is Gonna Hurt et SOS réussissent à nous maintenir dans la vibe créée par Raine Maida.  Le plus intéressant restera sans doute la participation de Chantal Kreviazuk à plusieurs reprises sur l’album, sa voix se marie parfaitement avec celle de Raine Maida.  C’est sans doute un album qui fait plaisir à tout les fans de Our Lady Peace.  On découvre le chanteur sous un nouveau jour et on sent la qualité de production qu’il a mis sur cet album.  Cependant, ce n’est pas un album facilement accessible, il faut affectionner ce genre artistique, des fois très planant, des fois très énergique.  Comme l’on ressent bien souvent dans ces trips solo d’artistes.

Il est difficile de parler individuellement de chaque piste, car vraisemblablement, les 8 pistes de l’album sont soudées entre elles.  On pourrait croire que l’album est court, mais selon moi, il devait en être ainsi. We All Get Lighter, c’est ce qui représente cet ensemble créé par Raine Maida.  C’est en quelques sortes un voyage au coeur de ce qui fait tripper Maida, un périble au coeur de ses inspirations.

LE FRÈRE

Folk : des racines traditionnelles à la diffusion moderniste.

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Dans les topos précédents, j’ai fait quelques courtes allusions à la diffusion du folk par internet et j’ai à un moment parlé des sessions d’enregistrement qu’on peut visionner directement sur youtube.

Ces sessions sont en effet de plus en plus populaires comme médiums de diffusion d’une musique qui ne demande pas trop d’équipement pour la reproduire. Ainsi, souvent on peut visionner de très talentueux artistes folk interpréter une ou plusieurs de leurs compositions dans la forêt, dans un parc ou encore dans un champ. Parfois, certaines session sont même filmées en plein milieu de la ville et les micros utilisés laissent passer le boucan de la ville. Dans certains cas, on peut se dire que c’est désagréable, mais souvent, le caractère humain de la performance en ressort grandi, ce qui est tout à l’avantage de certaines chansons. L’idée est en fait intéressante lorsque l’équipe de production choisit un endroit qui sied parfaitement à l’artiste.

Il me serait ici impossible de rendre compte de toutes ces sessions filmées, puis diffusées sur internet. Il y a de quoi s’y perdre! Ainsi, il est plutôt intéressant d’aborder le concept en général. De toute évidence, l’idée de base est de permettre aux internautes de découvrir des artistes qui ont peut être parfois un peu de difficulté à s’illustrer hors de leur milieu d’origine. Ici, je pense par exemple à Tom Klose, un auteur-compositeur-interprète allemand d’un talent indéniable qui joue un folk bien senti qui se fait héritage de Bob Dylan. Pour ma part, j’ai découvert Tom Klose grâce aux Berlin Sessions, des sessions d’enregistrement et de tournage qui ne font plus dans l’amateur; on est ici dans la quintessence de ce type de productions. J’utilise ici en exemple Tom Klose, mais grâce à ce canal youtube, j’ai également découvert d’autres groupes ou artistes qui pour certains, font maintenant partie de ma bibliothèque musicale.

Ce qui est aussi agréable à voir, c’est qu’une fois qu’un canal youtube de ce genre gagne en popularité, il utilise cette notoriété pour aller chercher des artistes un peu plus connus. Ceci qui leur permet d’augmenter significativement leur nombre de clics et ensuite permettre à encore plus de gens de découvrir des artistes émergents qui peut-être, sans ces sessions d’enregistrement, ne seraient pas parvenus à percer ailleurs que dans leur pays.

Certains canaux youtube comme celui des Berlin Session ou encore des Cardinal Sessions, étant donné leurs moyens clairement plus significatifs, sont également dotés d’un site web ou on peut aussi lire l’actualité musicale des artistes qui passent sous l’objectif de leurs caméras et on peut y lire des bloggeurs qui s’intéressent aux genres diffusés par chacun des canaux pour lesquels ils écrivent. D’un point de vue qualité, c’est extrêmement encourageant de voir que ce genre de site spécialisé existe, car le tri n’est même pas nécessaire, on saisit rapidement la touche unique de chacun de ces canaux de sessions pour décider de suivre un tel ou tel autre.

Il reste cependant que le meilleur moyen de faire des découvertes et de suivre un canal qui nous ressemble, c’est d’en explorer quelques uns. Je vous laisse donc ici avec quelques liens de performances que j’affectionne particulièrement, vous pourrez ainsi vous faire une idée de la chose. Bonne écoute!

LE PARLEUR

Cardinal Sessions

Enregistrées en Europe, les Cardinal Sessions font pas mal promener l’équipe de tournage puisque les points d’enregistrements sont souvent assez variés. C’est une maison de production qui se veut assez populaire dans ce genre de réalisations. Le folk est bien sur sa spécialité. Les Cardinal Sessions nous offrent de très bons rendus techniques qui nous permettent de coller une ambiance visuelle assez agréable à des musiques qui le sont tout autant.

Ici, vous pouvez écouter et regarder une performance extrêmement sensible de Keaton Henson qui nous interprète 10 am Gare du Nord de manière très épurée sur une magnifique guitare Guild à douze cordes :

Mahogany Sessions

Sur ce canal, on a droit à énormément de variété. Les sessions ne se concentrent pas uniquement sur le folk, mais sur les performances acoustiques en général. Une bonne occasion d’assister à des versions épurées de vos artistes favoris, puisque des gros noms tel que Passenger passent parfois par les Mahogany sessions.

Une de mes découvertes de l’année 2014, Rachel Sermanni. Merci aux Mahogany Sessions qui m’ont permis d’entendre cette auteure-compositrice écossaise qui se veut à la fois une excellente parolière et une guitariste au talent évident :

Berlin Sessions

On a ici droit à des productions allemandes de qualité qui nous montrent que les Allemands sont fiers du folk qui se fait chez eux. On peut aussi visionner des captations live d’artistes qui passent par Berlin. Par contre, c’est vraiment pour découvrir ce qui se fait en Allemagne que je vous suggère ce canal.

Les Berlin Sessions m’ont permis de découvrir énormément d’artistes, j’ai plus tôt parlé de Tom Klose, mais je vous laisse ici le lien vers une performance d’un groupe de folk assez traditionnel, Ewert and the Two Dragons :

 

Gondola Sessions

Un concept à coup sur unique. Chaque performance filmée sur ce canal se veut réalisée dans une cabine de téléphérique. Des artistes d’un peu partout, bien des styles de folk. Je vous laisse ici avec James Bay, qui sait bien mélanger folk, blues et country :

Tabarnakoustic

En terminant, des sessions bien d’ici pour des artistes également d’ici, on ne peut donc pas trop en envier aux Européens, puisqu’on a également notre médium de découvertes musicales de ce genre ici, au Québec!